Le plus grand hold-up de la Ve République — sans cambrioleur, sans prison, et sans regrets.
François Hollande n’a pas choisi Christiane Taubira parce qu’elle était juriste. Il l’a choisie parce qu’elle représentait un électorat — antillais, gauche identitaire, bobos post-coloniaux — dont il avait besoin pour gagner. Économiste de formation, sociologue par licence, ethnologue par certificat : Garde des Sceaux par calcul électoral. La place Vendôme comme monnaie d’échange. La justice française comme butin de campagne.
Le résultat ? Quatorze ans de délabrement dont la France n’est toujours pas sortie.
I. La Loi de 2014 : Vider les prisons, remplir les morgues
La loi du 15 août 2014 “relative à l’individualisation des peines” supprime les peines planchers instaurées par Sarkozy, généralise les aménagements de peine, et invente la “contrainte pénale” — peine sans prison pour des délits qui en méritaient une. Les peines planchers visaient à inciter le juge à prononcer une peine minimale en cas de récidive légale. Taubira les efface d’un trait de plume idéologique.
Les chiffres sont implacables. En 2012, 69% seulement des peines d’emprisonnement ferme prononcées dans l’année étaient exécutées dans l’année — autrement dit, près d’un tiers des condamnés ne voyaient jamais la couleur d’une cellule. Après 2014, la tendance s’aggrave : pour les peines prononcées par jugement contradictoire à signifier ou itératif défaut — soit 25% des jugements — le taux d’exécution à six mois tombe à 25%, et ne dépasse pas 44% à un an. (Source : Ministère de la Justice, réponse à question écrite d’Éric Ciotti, Assemblée nationale, 2019.)
Quant à la “contrainte pénale”, censée révolutionner le droit pénal, elle ne représentera que 0,35% des peines prononcées — un fiasco statistique que le ministère lui-même enterrera discrètement deux ans plus tard. (Source : Observatoire International des Prisons, rapport 2016.)
Sous les peines planchers, la durée moyenne des peines en récidive était passée de 9 mois sur la période 2004-2006 à 15,6 mois sur la période 2008-2010, soit une hausse de 73%. Taubira a supprimé ce dispositif. Le message aux récidivistes était désormais limpide : recommencez, on vous rattrapera peut-être, on vous emprisonnera probablement pas. (Source : Assemblée nationale, amendement UDR, 2024.)
II. La Circulaire de 2012 : le Parquet déchaîné
Dès août 2012, Taubira adresse aux procureurs une circulaire de politique pénale qui décourage les poursuites systématiques pour les “petits” délits. Ivresse publique, usage de stupéfiants, incivilités répétées — autant d’infractions qu’on invite subtilement à classer sans suite.
C’est la théorie des “broken windows” inversée : on laisse prospérer le désordre mineur pour se concentrer sur le crime majeur. Sauf que le crime majeur est toujours l’enfant du désordre mineur qu’on a toléré trop longtemps.
III. La recomposition idéologique de la Magistrature
C’est le dommage le plus durable, et le plus invisible. Sous Hollande-Taubira, la culture du Syndicat de la Magistrature — surnommé non sans raison “le syndicat du crime” par l’Express en 1981 — devient doctrine d’État. Le délinquant est victime sociale. Le policier est suspect structurel. La prison est archaïsme bourgeois.
Les magistrats formés dans cet esprit entre 2012 et 2017 ont aujourd’hui 40 ans. Ils sont en poste. Ils jugent. Ils classent. Ils aménagent. La contamination idéologique est générationnelle — elle survivra à tous les gouvernements de droite qui n’ont pas eu le courage de réformer l’École Nationale de la Magistrature.
IV. Le mariage pour tous : le rideau de fumée
Pendant que la justice pénale se décompose, Taubira orchestre le grand spectacle du mariage pour tous — 2013, les manifs, les contre-manifs, la France coupée en deux. Hollande adore : le pays se déchire sur une question sociétale pendant que personne ne regarde ce qui se passe dans les tribunaux correctionnels et les quartiers de Seine-Saint-Denis.
Le prestidigitateur parfait : une main agite le drapeau arc-en-ciel, l’autre signe les circulaires qui désarment la justice.
V. L’héritage empoisonné
Valls a tenté de résister — l’état d’urgence de 2015 après les attentats, quelques velléités de fermeté. Taubira démissionne en janvier 2016 plutôt que de signer la déchéance de nationalité pour les terroristes. Elle part en martyre de la gauche pure. Hollande la laisse partir avec soulagement, pas très courageux pour un président de la République qui aura attendu quatre ans pour se débarrasser d’une ministre qui démolissait sa propre politique pénale.
Mais le mal est fait. Les textes sont dans les codes. Les magistrats sont en poste. La culture est installée. Macron ne touchera à rien — il a besoin des mêmes électorats. Darmanin gesticule. Retailleau parle. Les tribunaux correctionnels, eux, continuent.
EN BREF
François Hollande voulait gagner une élection. Il a recruté Taubira pour capter la gauche identitaire et les Antilles. Il a sacrifié le nucléaire français pour avoir les Verts. Dans les deux cas, le pays a payé l’addition : une justice pénale en miettes, une filière énergétique sabordée au profit d’une idéologie.
Le “quoi qu’il en coûte” de Macron ? Hollande l’avait inventé bien avant lui — sauf que lui, il ne le disait pas. Il le pratiquait en silence, électorat par électorat, institution par institution.
Carrière accomplie. Pays abîmé. Bilan net.
© Paul Germon
