Au nom des miens et de mon glorieux ancêtre Sinaï schiffer :
Réponse à Frédéric Sroussi
Sur l’absurde et injuste procès d’intention fait à Luc Ferry pour un supposé antisémitisme
Il est des êtres, au sein de la nature humaine, chez qui la navrante limite de l’intelligence confine hélas parfois – le paradoxe n’est qu’apparent – à l’incommensurable étendue de leur bêtise. C’est d’ailleurs là une des meilleures preuves qui soit, pour la philosophie proprement dite, sinon pour la science elle-même, de l’existence de l’infini !
Pis : il en est même, au sein de ces piètres représentants de l’ignorance érigée malencontreusement en étendard, qui, pour corser cette lamentable affaire, réussissent encore plus l’improbable exploit – l’oxymore est ici, carrément, de mise – de se faire connaître par un discours, à défaut de véritable pensée, dont la cécité du propos reflète à merveille – est-ce là, cette fois, un paradoxe ou un oxymore, ou plutôt les deux à la fois ? – l’arrogance, sinon la malveillance, de son auteur. C’est ici le double cas, précisément, de Frédéric Sroussi, triste sire qui, dans un édito, publié ce 26 mai 2026 à la une de « tribune juive », a eu l’énorme mais surtout infamante prétention de taxer ce grand ami des juifs et d’israël qu’est Luc Ferry, l’un des esprits en outre les plus brillants au sein de l’intelligentsia française d’aujourd’hui, d’ « antisémite » pour certaines de ses déclarations tenues lors de l’un de ses fameux entretiens hebdomadaires, accordé ici deux jours auparavant, dimanche 24 mai, sur lci.
Rétablir les faits : la vérité d’une pensee en même temps que l’honneur d’un grand ami des juifs et d’israël
Ainsi, notamment, de cette réflexion de Ferry donc : « Si j’étais un Palestinien de 15 ans, je haïrais les Juifs et Israël ».
Certes la forme de cette phrase, si elle s’avère rapportée hors contexte – ce qu’il ne faut jamais faire, au risque, sinon, de tomber alors dans une outrancière surinterprétation, voire dans la caricature – peut-elle paraître brutale (je n’emploierais pas ici, à dessein, le mot « maladroit »). Je ne me serais d’ailleurs jamais moi-même exprimé, sachant le degré éminemment radioactif d’un sujet aussi sensible à l’heure actuelle, de cette manière. Mais il n’empêche que, sur le fond, ce même Luc Ferry, a raison tant, au vu de la douloureuse situation du peuple palestinien dans la Bande de Gaza – peuple que je ne confonds évidemment pas ici avec les terroristes islamistes du hamas, qui perpétrèrent, le 7 octobre 2023, le plus innommable et sanguinaire massacre, de nature génocidaire, à l’encontre des Juifs d’Israël et d’ailleurs – il n’a fait là qu’énoncer objectivement, et sans certes jamais l’approuver le moins du monde, une indéniable réalité, comme l’ont d’ailleurs fait également d’autres incontestables et tout aussi grands amis des juifs comme d’israël, dont parmi eux, à seuls titres d’exemples, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Daniel Cohn-Bendit, Michel Onfray, Pierre-André Taguieff, Robert Redeker, Marek Halter, Bernard-Henri Lévy, Renée Fregosi ou Manuel Valls.
Voici donc, à toutes fins utiles et pour rétablir ici une bonne fois pour toutes la vérité concernant (j’en suis bien conscient) cet épineux sujet, ce qu’a voulu dire très exactement – il me l’a textuellement écrit dans un de nos nombreux échanges – mon très cher, vieil et fraternel ami Luc Ferry, dont j’entends donc bien ici, moi qui le connais depuis tant d’années, sauver modestement l’honneur auprès de la communauté juive en son ensemble (quoique il n’en ait certes pas vraiment besoin tant, en ce très complexe dossier, hautement inflammable, ses innombrables écrits, faits et gestes, témoignent irréfutablement, parfois même au péril de sa propre vie, en sa faveur, y compris lorsqu’il fut ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse) : « Je n’ai évidemment jamais dit que le jeune palestinien avait raison. Je disais qu’il fallait tenir compte du fait qu’il avait été élevé toute sa vie dans la haine d’israël et qu’on ne pouvait pas faire comme si ça n’avait pas d’effet. Je reprenais le thème selon lequel ils ont reçu l’antisémitisme dans le biberon. »
Le sens de la nuance et les subtilités d’un discours
Ainsi est-ce donc ce rare mais précieux sens de la nuance que les limites de l’intelligence de Frédéric Sroussi n’ont manifestement pas compris, hélas pour lui, dans son injuste et infamante diatribe contre luc ferry, esprit visiblement trop subtil, en l’occurrence, pour ce type de manichéisme, particulièrement étriqué, aussi stupide philosophiquement que contreproductif politiquement.
C’est dire si Sroussi, pour se prétendre à la hauteur de ce genre de polémique et autres arguties entre intellectuels sérieux, honnêtes et cultivés, devrait retourner, pour mieux en comprendre la profondeur des vertus et en saisir la portée des bienfaits, à l’école de l’apprentissage du véritable débat d’idées, sans lequel il n’est pas de démocratie, ni son nécessaire corollaire moral qu’est la tolérance, qui vaille !
Davantage : je suis certain qu’en prenant ici la plume pour défendre Luc Ferry, mon frère d’âme, contre l’injure (cette « insulte au bon sens » que stigmatise hannah arendt dans le premier tome, intitulé « sur l’antisémitisme » précisément de ses magistrales « origines du totalitarisme ») que Frédéric Sroussi lui a ainsi infligée, toute honte bue, en son misérable papier – papier chiffon, devrais-je dire – je ne fais là que me faire humblement le porte-parole, également, de mon illustre aïeul, Sinaï Schiffer (https://de.wikipedia.org/wiki/sinai_schiffer), grand rabbin, homme de loi et glorieux humaniste, au tournant des xixe et xxe siècles, de la docte et féconde mitteleuropa (entre Vienne, Prague et Budapest), théoricien du droit moderne juif et, à ce titre, prestigieux animateur, en ce riche temps-là, de la vie intellectuelle en sa plus haute et noble expression puisque se rendaient alors régulièrement chez lui, pour en savourer pleinement, pénétrer et méditer toute la sagesse de l’enseignement, quelques-uns des esprits et artistes les plus éclairés ou érudits, au sein desquels émergent notamment, Sigmund Freud, Albert Einstein, Stefan Zweig, Joseph Roth, Gustav Mahler, Franz Werfel, Ludwig Wittgenstein, Franz Kafka et, last but not least, à la même époque historique et dans le même espace géo-culturel, le fondateur en personne du sionisme, Theodor Herzl, à qui l’on doit, au côté de l’immense David Ben Gourion, la création en 1948, après cet abominable crime, unique dans les annales de l’(in)humanité, que fut la shoah, de notre bien-aimé état d’Israël, que, par ailleurs, Luc Ferry, comme mes chers et autres amis que sont Manuel Valls, Michel Onfray, Pascal Bruckner, Robert Redeker, Renée Fregosi, Alain Vircondelet ou Hassen Chalghoumi (Président de la Conférence des Imams de France, mais surtout infatigable homme de paix), qui, à l’instar de Luc Ferry, ne sont pourtant pas juifs eux non plus, chérissent tout autant que moi. C’est là un bien précieux, qui n’a pas de prix, pour la protection des Juifs, la sauvegarde de leur histoire plurimillénaire et l’existence même d’Israël !
Ainsi, en guise de conclusion, est-ce avec détermination que je me joints ici à cet autre bel esprit qu’est mon complice, lui aussi, Elie Chouraqui, dans sa cinglante mais magnifique réponse, ce mercredi 27 mai 2026, à Frédéric Sroussi pour lui demander de présenter, toutes affaires cessantes, ses excuses à Luc Ferry, qui, par son œuvre comme par sa pensée dans son incessante et longue défense des Juifs comme d’Israël, ne mérite certes pas, bien au contraire, tant d’animosité, sinon d’incompréhension, voire de malveillance.
© Daniel Salvatore Schiffer
Daniel (Salvatore) Schiffer : philosophe, professeur, écrivain, auteur d’une cinquantaine de livres, dont « La philosophie d’Emmanuel Levinas – métaphysique, esthétique, éthique » et « Philosophie du dandysme – une esthétique de l’âme et du corps ; Nietzsche, Kierkegaard, Baudelaire, Wilde » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (Gallimard-Folio biographies), directeur de plusieurs ouvrages collectifs, dont « Penser Salman Rushdie » et « Repenser le rôle de l’intellectuel » (Editions de l’Aube-Fondation Jean Jaurès), « L’humain au centre du monde – pour un humanisme des temps présents et à venir » (Editions du Cerf) et « Critique de la déraison antisémite – un enjeu de civilisation, un combat pour la paix » (Editions intervalles, livre dédié à Boualem Sansal).