Tribune Juive

Réponse à « L’Édito » de Frédéric Sroussi. Par Elie Chouraqui

Mais enfin Frédéric Sroussi, cher Fréderic ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qu’est-ce qui vous a pris ?

Alors comme ça, soudain, sous prétexte que certaines déclarations de Luc Ferry vous déplaisent, vous le frappez au cœur. Que dis-je, vous vous délectez de le frapper au cœur. Vous l’insultez. Le raillez. Vous tentez de le ridiculiser !

« Luc Ferry représentant de l’IA » – «  »Luc Ferry philosophe à ses heures perdu » – « Le fait de déclarer comme M. Ferry que l’antisémitisme est inacceptable, mais que Netanyahou de par son comportement n’aide pas à lutter contre ce fléau… relève tout bonnement de… l’antisémitisme ! » 

Et en plus, donc là, dans cette dernière phrase, avec vos mots ampoulés, pompeux, emphatiques, vous affirmez tout simplement que Luc Ferry est antisémite et lui interdisez sous peine d’être détesté d’exprimer une opinion.

Vous agissez comme LFI en sorte !

Mais cher Frédéric Sroussi, que je ne connais pas et n’ai pas hâte de connaitre, vous avez perdu la tête !

Luc Ferry, (c’est bien lui dont vous parlez n’est-ce pas, car vos propos sont si fous que même après avoir écrit une grande partie de cette adresse, j’ai peur de me tromper), vous parlez bien donc du Luc Ferry qui pratiquement tous les dimanches sur LCI et même parfois les autres jours, se met en danger pour défendre les Juifs et Israël ? Du Luc Ferry qui attaque LFI dès qu’un de ses haineux touche un cheveu juif, qui se fend de tribunes contre la république islamiste, contre les premiers ministres espagnol et anglais, qui se dresse -alors qu’il n’a rien à y gagner- dès qu’on attaque les Juifs alors qu’il pourrait se taire comme tous ces veules qui baissent le front devant la déferlante !

Vous parlez bien du Luc Ferry qui refuse la soumission, se bat pour les Juifs pied à pied et crie plus fort encore lorsque les fous de Dieu lui intiment l’ordre de se taire ou quand ils le menacent, se plaçant ainsi au côté des Justes devant les Nations !

Cher Frédéric Sroussi, que j’espère impulsif et non pas stupide ! Oui, on peut être en profond désaccord avec certaines déclarations de Ferry, mais sans pour autant le transformer en antisémite. Employer ce mot terrible, infâme, abject à propos d’un homme qui, depuis des années, combat l’antisémitisme, défend le droit d’Israël à exister et s’expose contre l’islamisme, et je le répète ! alors qu’il n’a rien à y gagner, alors qu’il n’a que des coups à prendre, me paraît non seulement injuste mais dégueulasse.


Cher Frédéric, Luc Ferry (oui, celui que vous qualifiez de « philosophe à ses heures perdu ») appartient à une tradition intellectuelle universaliste française. On peut juger qu’il se trompe lorsqu’il veut comprendre la haine palestinienne ou lorsqu’il critique certains ministres israéliens. Mais essayer de comprendre un mécanisme de haine n’est pas l’excuser. Dire : « Si j’étais un adolescent palestinien, je haïrais Israël » n’est pas dire : « Cette haine est légitime ». C’est tenter d’analyser une tragédie humaine et politique.


Dans notre démocratie, Frédéric, même les amis d’Israël ont le droit d’être inquiets de certaines orientations politiques israéliennes sans être immédiatement exclus du camp des soutiens d’Israël. Sinon, on enferme Israël dans une logique où seuls les applaudissements seraient autorisés.


Cher Frédéric, pardonnez-moi et j’essaie de me pardonner à moi-même car je n’aime pas ce que je ressens, je suis en rage contre vous car en qualifiant d’antisémites des personnes qui ne le sont manifestement pas, on finit par affaiblir la lutte contre les véritables antisémites, ceux qui désignent les Juifs comme ennemis, qui les agressent, qui les isolent ou qui rêvent de leur disparition.

Pourquoi n’écrivez-vous pas sur eux plutôt que de salir leur inverse ?


Cher Frédéric, il nous faut préférer une société où un philosophe peut exprimer des interrogations plutôt qu’une société où chaque nuance devient un procès moral immédiat.


La grandeur du débat intellectuel français, la grandeur de l’âme juive, a toujours été d’autoriser la possibilité du désaccord sans excommunication. C’est cette tradition qu’il faut défendre aujourd’hui. Comprenez-vous ça ?

À la réflexion, je pense qu’il ne vous reste qu’une seule chose à faire. Vous excuser.

© Elie Chouraqui

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