« Si j’étais un Palestinien de quinze ans, je haïrais les Juifs et Israël »
« Si (les ministres israéliens) Smotrich et Ben Gvir n’étaient pas Juifs, ils seraient nazis »
« (Concernant l’antisémitisme) Netanyahou n’aide pas, c’est quand même un type insupportable »
« (Concernant la haine d’Israël) Il ne faut pas non plus être paranoïaque, ce n’est pas l’antisémitisme de toujours comme beaucoup de Juifs le disent »
À la lecture de ces énoncés sur les Juifs et Israël, il est difficile de croire que nous avons affaire ici aux propos d’une personne se présentant comme « soutien d’Israël et de la communauté juive ».
Ces phrases ont été prononcées sur la chaîne LCI par Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, philosophe à ses heures perdues, commentateur de la vie politique et représentant de commerce de l’IA.
On dit que chaque antisémite a son « bon Juif », on pourrait dire maintenant en écoutant M. Ferry (et d’autres) que chaque philosémite a son « mauvais Juif ».
Le fait de déclarer comme M. Ferry que l’antisémitisme est inacceptable, mais que Netanyahou de par son comportement n’aide pas à lutter contre ce fléau, voire le conforte, relève tout bonnement de… l’antisémitisme !
Nous savons tous que l’antisémite blâme les Juifs d’être la cause de la détestation dont ils sont l’objet (projection).
« Netanyahou » est devenu le signifiant du signifié « Juif ». L’antisémitisme nous apparaît être de l’ordre du pulsionnel (pulsion de mort), et ici le signifiant « Netanyahou » qui devient le signifié « Juif » fait office de Vorstellungsrepräsentanz, c’est-à-dire de représentation de la manifestation de la pulsion (d’agressivité à l’égard des Juifs). Le nom « Netanyahou » est la forme cryptique du mot « Juif » (tout comme le mot « sioniste » ! ), un schibboleth inversé où le mot de passe serait volontairement éventé pour être à la fois reconnu et caché : unité du voilement/dévoilement comme dans le concept heideggérien d’alètheia.
Je ne hais pas les Juifs, je hais Netanyahou, mais quand même, Netanyahou est juif, donc les Juifs sont haïssables puisqu’ils ont « produit » Netanyahou qui en est malgré tout l’émanation (Repräsentanz). C’est cette espèce de syllogisme qui se trouve en œuvre dans le genre de propos énoncés par Luc Ferry. D’autant que pour M. Ferry les Juifs sont « paranoïaques » : le fait de haïr Israël, donc l’État juif, de manière obsessionnelle et infondée relèverait d’une maladie mentale des Juifs toujours prompts à voir le mal… Vieux poncif antisémite !
Alors, Luc Ferry devra bien choisir son camp, car sa façon de parler des Juifs à la manière des antisémites tout en disant qu’il défendra toujours les Juifs et Israël relève d’un confusionnisme intellectuel et émotionnel qu’il lui faudra bien résoudre.
En attendant, avec des amis comme ça…
© Frédéric Sroussi
