Il est des moments où le débat autour d’Israël devient si inflammable que chacun finit par soupçonner l’autre d’arrière-pensées.
Je tiens donc à rappeler une ligne simple, qui est celle de Tribune juive depuis toujours : critiquer un dirigeant israélien n’est pas en soi de l’antisémitisme. Heureusement. Israël est une démocratie vivante, traversée de débats souvent d’une extrême dureté, y compris en Israël même.
J’ai moi-même récemment publié un texte très critique à l’égard d’Itamar Ben Gvir, parce que l’amour d’un pays n’interdit ni l’inquiétude ni le désaccord.
Tribune juive a-t-il vraiment besoin de dire ici que Non, Luc Ferry ne peut nullement être soupçonné d’antisémitisme, lui qui au contraire fait partie de ces intellectuels français sincèrement attachés à Israël, à la lutte contre l’antisémitisme et à la communauté juive. Mais voilà: Lui, comme d’autres qui se reconnaitront, nous « manquent » lorsque publiquement, de plateaux télé en studios radio, ils répètent ad nauseam leurs griefs à l’encontre de Netanyahou, en ces temps inédits, en ces temps indicibles, au lieu que de remettre à plus tard l’étalage de ces désaccords -légitimes en démocratie-, mais si nuisibles à Israël aujourd’hui.
Nous vivons une époque où le débat autour de l’Etat hébreu est devenu si électrique, si chargé symboliquement, que certains propos, certaines analogies, certaines formulations peuvent heurter profondément, y compris lorsqu’elles ne procèdent d’aucune intention hostile aux Juifs.
C’est précisément cette tension que le texte publié par Frédéric Sroussi cherchait — parfois de manière abrupte — à interroger.
L’inverse est également vrai : il existe aujourd’hui, dans une partie du débat occidental, une manière de parler d’Israël qui déborde parfois la critique politique classique pour glisser vers une fixation, une essentialisation ou une délégitimation dont les Juifs du monde entier ressentent profondément les effets.
C’est cette zone grise, complexe, douloureuse, que certains de nos auteurs tentent d’explorer, avec leur sensibilité, leur colère ou leurs inquiétudes.
Tribune juive n’est ni un organe d’anathème ni un tribunal idéologique. C’est un espace où s’expriment des sensibilités différentes, réunies par une même conviction : le refus de la haine antijuive et l’attachement au droit d’Israël à exister, à se défendre et à demeurer une démocratie. Dans cette période d’extrême tension, la responsabilité de chacun est immense : préserver la possibilité du désaccord sans basculer dans une trop facile caricature morale.
© Sarah Cattan
