Le réalisateur oscarisé du Fils de Saul affirme qu’un tel film « ne figurerait peut-être même plus aujourd’hui sur la liste des Oscars »
Lorsque des voix marginales dénoncent un malaise, on les soupçonne volontiers d’exagération, d’obsession ou de victimisation.
Lorsque ce malaise est nommé par l’un des plus grands cinéastes contemporains, célébré à Cannes et oscarisé pour un film sur Auschwitz, il devient soudain plus difficile de détourner les yeux.
« Il y a une orgie d’antisémitisme, une orgie absolue, éhontée d’antisémitisme, qui submerge l’Occident ».
Les mots sont de László Nemes, auteur du « Fils de Saul », ce chef-d’œuvre bouleversant qui plongeait le spectateur dans l’enfer d’un Sonderkommando à Auschwitz. Palme du Grand Prix à Cannes. Oscar du meilleur film étranger. Consécration mondiale.
Et pourtant, aujourd’hui, Nemes affirme que son propre film « ne figurerait même pas sur la liste restreinte des Oscars ».
Pourquoi ?
Parce que, dit-il, « tout ce qui est juif » est désormais devenu suspect dans une partie du monde culturel occidental.
Cette phrase devrait faire l’effet d’une déflagration.
Car Nemes n’est ni un agitateur identitaire, ni un polémiste professionnel, ni une figure extérieure au système qu’il critique. Il est précisément l’un de ses enfants les plus prestigieux. Son cri n’est pas celui d’un homme placé à la marge. C’est celui d’un artiste mondialement reconnu qui voit soudain son propre univers culturel devenir méconnaissable.
Et comment ne pas penser alors au parcours du « Croquemidor » de Francis Renaud ?
Si les proportions, les trajectoires, les notoriétés ne sont pas comparables, quelque chose relie ces deux histoires : cette sensation diffuse, poisseuse, de voir certaines œuvres juives devenir culturellement embarrassantes avant même d’être regardées.
« Le Croquemidor » n’a pas été interdit.
Il a été tenu à distance.
Refus d’aides. Refus de diffusion. Refus de sélection dans plusieurs circuits culturels et audiovisuels. Non dans le fracas d’une censure assumée, mais dans quelque chose de bien plus contemporain : le contournement feutré. L’évitement prudent. Le silence sans signature.
Comme si certaines mémoires devaient désormais rester discrètes.
Comme si certains récits juifs étaient devenus risqués.
Comme si notre époque supportait encore les Juifs morts… à condition qu’ils ne parlent pas trop fort depuis leur tombe.
Or c’est précisément cela que disent aujourd’hui, chacun à leur manière, Francis Renaud et László Nemes : le problème n’est pas seulement politique. Il devient culturel. Atmosphérique. Presque réflexe.
Il ne s’agit même plus toujours d’hostilité déclarée. Il s’agit parfois d’un inconfort. D’une gêne. D’un recul instinctif devant tout ce qui recentre la souffrance juive dans un espace public désormais saturé d’autres récits, d’autres hiérarchies émotionnelles, d’autres obsessions idéologiques.
Alors les œuvres ne sont pas frontalement combattues: e »lles deviennent simplement celles dont il devient prudent de s’éloigner.
Et c’est peut-être cela, le plus inquiétant.
Car une civilisation commence rarement par interdire brutalement les récits juifs: elle commence plutôt par d’abord les rendre encombrants. Fatigants. Inopportuns. Puis elle fabrique autour d’eux une zone de silence, de malaise ou de suspicion morale.
L’Europe a déjà connu cela. Et entendre aujourd’hui un cinéaste comme László Nemes prononcer publiquement les mots « orgie d’antisémitisme » devrait provoquer partout un électrochoc.
Au lieu de cela, beaucoup détourneront les yeux. Comme toujours. Comme ces gens-là.
Le célèbre réalisateur juif hongrois László Nemes vient de lâcher une bombe de vérité à Cannes : « Il y a une orgie d’antisémitisme, une orgie absolue, éhontée d’antisémitisme, qui submerge l’Occident. »
— Cynthia Roxane Angel⚜️🎗️🇮🇱 קינטיה רוקסנה אנג'ל (@CynthiaRoxane) May 23, 2026
Son chef-d’œuvre de 2015, *Le Fils de Saul* — un film déchirant sur un… https://t.co/JeRiWcrSjB
Sarah Cattan Et Francis Renaud
