Il est arabe.
Chrétien.
Israélien.
Et diplomate de l’État hébreu.
Autant dire une anomalie pour ceux, ploéthore, qui préfèrent les récits simples aux réalités complexes.
George Deek, ancien ambassadeur d’Israël en Azerbaïdjan, vient d’être nommé envoyé spécial auprès du monde chrétien. Dans une vidéo largement relayée, il affirme vouloir renforcer les liens entre Israël et les communautés chrétiennes du monde entier.
Mais une phrase surtout retient l’attention : « En Israël, les chrétiens ne font pas que survivre. Ils vivent ».
Dans le Moyen-Orient contemporain, cette phrase est tout sauf anodine. Car pendant que l’Occident scrute obsessionnellement Israël, les communautés chrétiennes ont disparu ou se sont effondrées dans une grande partie du monde arabe et musulman : Irak, Syrie, Liban, Gaza, certaines régions d’Égypte…
Les Druzes, les Yazidis et d’autres minorités ont eux aussi payé un prix terrible aux fanatismes religieux et aux logiques identitaires totalitaires.
George Deek ne nie pas les tensions existant en Israël. Elles existent. Des agressions contre des prêtres, des crachats de religieux extrémistes, des actes de vandalisme ont eu lieu et doivent être condamnés sans ambiguïté.
Mais son propos est ailleurs. Il rappelle une réalité rarement mise en récit : dans un Moyen-Orient où tant de minorités ont été réduites au silence, Israël demeure l’un des rares endroits où un Arabe chrétien peut devenir diplomate de l’État, parler librement, représenter son pays et défendre publiquement sa vision du monde.
Et peut-être est-ce précisément cela qui dérange. Car cette existence-même fracture certains schémas idéologiques devenus mécaniques : colonisateur contre colonisé, Juif contre Arabe, oppresseur contre opprimé.
George Deek introduit du réel dans une époque qui préfère souvent les slogans. Lorsqu’il affirme : « Quand la haine commence avec les Juifs, elle ne s’arrête jamais avec les Juifs, il parle des sociétés incapables de protéger leurs minorités.
Et lorsqu’il ajoute qu’ »un Moyen-Orient sans place pour un État juif est un Moyen-Orient sans place pour ceux qui sont différents », il pose une question vertigineuse : que reste-t-il des pluralismes lorsque disparaît l’idée même qu’une minorité puisse survivre souverainement au milieu d’un environnement qui la rejette ?
La question dépasse Israël. Elle concerne notre époque entière.
© Sarah Cattan
