Tribune Juive

Un inquiétant nouveau chef du Mossad… Par Frédéric Sroussi

La décision doit revenir en dernier lieu au Premier ministre, mais il serait bon pour calmer le jeu – et alors que nous sommes en période de guerre – que Benyamin Netanyahou annule la nomination du général Gofman à la tête du Mossad (malgré ses immenses qualités de combattant), et cherche un autre candidat qui rassurerait l’institution, et surtout le pays.

Frédéric Sroussi

Un débat et des disputes sur fond de batailles judiciaires ont lieu depuis que le Premier Ministre Benyamin Netanyahou a nommé comme directeur du Mossad son aide de camp personnel, le Général Roman Gofman. 

L’insupportable et illégitime procureur général du gouvernement Gali Baharav-Miara veut depuis bloquer la nomination de R. Gofman, et tente de convaincre la junte judiciaire au pouvoir en Israël – la Cour Suprême du pays -d’accepter de prendre en compte les pétitions d’organismes anti-gouvernementaux pour faire échouer cette nomination. 

Que les choses soient claires ! Les juges n’ont absolument pas à se mêler de la désignation d’un directeur du Mossad ! 

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a bien raison de rappeler que, selon la loi, seul le Premier ministre est habilité à faire ce choix ! Les juges idéologisés (à gauche, cela va de soi) doivent rester à leur place, et ne jamais se mêler des affaires de sécurité du pays (c’est pourtant ce qu’ils ne cessent de faire). 

Mais, après cette déclaration liminaire exposée, il n’en reste pas moins vrai que la nomination du général Gofman à la tête des meilleurs services de renseignement du monde pose de réels problèmes. J’en vois deux (alors que les juges n’en pointent qu’un seul). Évidemment, ce que recherchent certains juges – en s’opposant au Premier ministre – ne relève pas de l’intérêt national d’Israël, mais de considérations politiques; Je fonderai donc mon exposé uniquement sur le plan de la sécurité de l’État juif.

Rappelons tout d’abord que le général Gofman a reçu l’approbation de la majorité requise des magistrats afin d’être nommé à ce poste si sensible. Rappelons aussi que le général Roman Gofman est un héros du 7 octobre, parti seul avec son fusil d’assaut à la poursuite des terroristes du Hamas, il fut même blessé au combat en ce jour funeste (ce ne sont pas les généraux à pochette des plateaux de LCI ou BFMTV qui auraient osé réaliser ce genre d’exploit…). Mais, il apparaîtrait que M. Gofman aurait impliqué un mineur israélien de 17 ans dans une opération militaire clandestine qui aurait mal tourné, et qui aurait entraîné l’arrestation dudit mineur par le Shabak (le service de sécurité intérieure de l’État hébreu)…Cette affaire est très confuse puisque les autorités militaires ont dégagé M. Gofman de toute responsabilité. L’actuel chef d’état-major Eyal Zamir a même loué les qualités de guerrier de Roman Gofman, et l’actuel patron du Mossad a quant à lui vanté ses mérites impressionnants dans le domaine du commandement, avant de se rétracter tous ensemble en disant qu’ils n’avaient pas vraiment connaissance du dossier…

Le problème est que le mal est fait, car le jeune mineur à l’époque a fait de la prison après avoir été accusé à tort d’espionnage sans que le général Gofman ne vienne à la rescousse de son « agent » (selon ses dires). 

Que cela soit réel ou pas, comment les agents du Mossad pourront-ils maintenant avoir confiance en leur chef, si ces derniers estiment à tort ou à raison que le général Gofman a déjà abandonné un homme (mineur qui plus est !) sur le « champ de bataille » ?

Il existe aussi un autre fait qui pose question concernant le général Gofman, c’est sa vision stratégique qui paraît pour le moins baroque… En effet, le site Ynetnews (12/09/25) – reprenant les informations du site Chomrim – rapporte que Gofman a publié en 2019 un travail théorique concernant la possibilité de contrer l’extrême dangerosité nucléaire de la République islamique d’Iran. Ce travail académique suscite, à la lecture du média israélien, un étonnement, voire une réelle inquiétude quant à la santé mentale du général Gofman….

Pour contrer la menace nucléaire iranienne, Gofman aurait donc proposé qu’Israël vende… des têtes nucléaires à l’Égypte, à l’Arabie Saoudite et à la Turquie afin d’encercler l’Iran et de créer ainsi une « balance stratégique multipolaire ». 

Face à la menace de prolifération constituée par cette démarche israélienne, chaque grande puissance (États-Unis, Russie et Chine) deviendrait le parrain nucléaire d’un de ces trois pays musulmans…

J’avoue que j’admire toujours la créativité et l’audace stratégique, mais là, je ne comprends pas à quel moment nous avons perdu le général Gofman.

Livrer des têtes nucléaires – même sous contrôle – à trois pays ennemis (ou en en guerre froide avec Israël) relève de la démence la plus totale. 

Le fait de croire que les trois grandes puissances que sont les USA, la Russie et la Chine puissent suivre (comment ?) Israël dans cette voie, et la difficulté matérielle à réaliser d’un point de vue pratique ce genre de « transfert » relève plus de l’aventure psychédélique que de la créativité stratégique même débridée.

Alors, je sais, hélas, que chaque nomination dans le secteur sécuritaire relève plus de la politique que d’une réelle vision sécuritaire, mais en tout état de cause, l’arrivée à la tête du Mossad du général Gofman est déjà entachée par les polémiques entourant ce dernier, et les mauvais départs sont rarement rattrapables. 

La décision doit revenir en dernier lieu au Premier ministre, mais il serait bon pour calmer le jeu – et alors que nous sommes en période de guerre – que Benyamin Netanyahou annule la nomination du général Gofman à la tête du Mossad (malgré ses immenses qualités de combattant), et cherche un autre candidat qui rassurerait l’institution, et surtout le pays.

© Frédéric Sroussi 

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