Tribune Juive

Raphaël Nisand a vu  « L’Abandon », le film sur les 11 derniers jours de Samuel Paty 

Ce film qui vient de sortir sur le tragique assassinat de Samuel Paty n’est pas un documentaire.

Il peut bien sûr être critiqué et commenté mais le voir est nécessaire.

Le film retrace de façon presque clinique la longue série d’abandons qui a conduit d’un cours d’EMC , d’éducation morale et civique en classe de 4ème illustrant la liberté d’expression à l’exécution d’une fatwa , une sorte de décret religieux condamnant à mort le professeur abandonné en 11 jours seulement.

Abandonné, le professeur l’a été lorsqu’il lui a été reproché par certains de ses collègues d’avoir autorisé les élèves éventuellement choqués à ne pas regarder les caricatures de Mahomet alors qu’elles faisaient l’objet d’un cours en classe.

Abandonné, le collège de Conflans Sainte Honorine où il enseignait.
L’administration du collège pourtant solidaire de l’enseignant n’a pas eu le soutien de l’administration départementale et nationale de l’éducation nationale.

Pas de renfort sur place, pas de tentative de médiation active et surtout aucune force de police n’a été déployée aux alentours du collège qui recevait des menaces de mort.

Abandonné, le collège parce qu’il n’a pas reçu le soutien juridique qui aurait pu clore l’incident.
On voit le père plaignant ainsi que l’activiste islamiste fiché S qui l’a pris en main, entrer pendant les heures de cours sans invitation dans le collège et exiger d’être reçus sur le champ.
Ce simple fait constitue le délit d’intrusion dans un établissement scolaire.

Si la principale avait connu cette infraction elle aurait pu demander à la police d’intervenir, de chercher ces individus , voire de les faire placer en garde à vue.

Au lieu de cela les deux ont été reçus , ont menacé la principale , exigé des sanctions contre l’enseignant et c’est le père qui a déposé une plainte avec sa fille.
Une plainte avec des motifs totalement farfelus mais qui a valu à Samuel Paty d’être convoqué comme mis en cause au commissariat en urgence.

L’éducation nationale aurait dû évidemment déléguer un avocat à ses côtés pour cette audition, ce qu’elle n’a pas fait.

Du coup Samuel Paty sans notion juridique particulière a protesté de son innocence et il a déposé une plainte pour diffamation alors qu’en réalité il n’était pas victime de diffamation mais d’une dénonciation calomnieuse ce qui est beaucoup plus grave.

On comprend avec le film que le manque de réaction de l’éducation nationale a entrainé l’inertie de la police.

Les signaux avant-coureurs de la tragédie se multipliaient.
Les deux hommes ont publié des vidéos en forme de fatwa truffées de mensonges dont le principal était que la jeune fille soi-disant outragée par le cours n’était pas en classe ce jour-là.

Le nom de l’enseignant était évidemment livré en pâture dans ces vidéos.

Depuis cette affaire une nouvelle loi permet de condamner le fait d’identifier avec les noms prénoms et adresse sur Internet une personne en vue de lui nuire, c’est ce qu’on a appelé le doxxing.


La plateforme Pharos a été prévenue mais elle est également restée inerte.

Les vidéos ont été relayées des milliers de fois, une mosquée a même fait l’objet d’une fermeture administrative suite aux faits, avant d’avoir l’autorisation de rouvrir.

Le terroriste a vu une de ces vidéos et, influencé par les vidéos de l’état islamique, il s’est mué en combattant du djihad et s’en est pris à Samuel Paty en le décapitant dans les environs du collège.

Fier de son acte, pensant avoir vengé le prophète, il a attaqué les forces de police arrivées sur place et il a été abattu. 

Cette histoire est tragique d’abord pour Samuel Paty qui a perdu la vie pour avoir osé faire son travail, terrible pour les professeurs qui ont recensé un 2ème mort, Dominique Bernard, assassiné en 2023 dans son lycée.

Elle est terrible pour la famille et les proches de Samuel Paty qui ressentent fortement ce sentiment d’abandon.

Elle est terrible pour les enseignements puisqu’évidemment après que le Président de la République a promis que la France ne renoncerait pas à l’enseignement des caricatures, elles ont été au contraire abandonnées.

La leçon qu’apporte ce film c’est que la France demeure aujourd’hui désemparée devant la montée de l’islamisme.

Les leçons n’ont pas été tirées et c’est en cela que le film « L’Abandon » peut alerter l’opinion.

On voit au fil des jours cet enseignant pacifique devoir s’armer comme il peut avec un marteau dans son sac , ressentir la montée du danger mais aussi son abandon complet par presque tous.

Comme il serait bon que ce film serve d’électrochoc.

© Raphaël Nisand

Chroniqueur Radio Judaïca

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