« La peur est mauvaise conseillère », dit le proverbe. Une maxime que reprenaient déjà Platon, Montaigne, Rousseau ou Spinoza, chacun à sa manière. Et c’est notre petite-fille qui nous l’a rappelée, à sa façon, lors de notre dernier séjour en Israël. Alors que les missiles iraniens et Houthis pleuvaient, et que nous nous précipitions vers l’abri, elle répétait, comme un mantra : « Je n’ai pas peur ». La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Et souvent, « même pas peur » cache une trouille bien réelle.
Je ne vais pas entrer ici dans un débat sur qui a raison ou tort. Mais parlons franchement. Aujourd’hui, les Israéliens sont perçus par beaucoup comme des bouchers, des génocidaires, des barbares. On les insulte à l’envi. Et pourtant, pas si longtemps encore, on les qualifiait d’intelligents, d’éthiques, de fins stratèges. L’image a changé. Radicalement.
En Israël, certains vous diront : « Les Arabes ne comprennent que la force. » Mais ils ne diront pas qu’ils ont peur. Ils préfèrent répéter inlassablement : « Ils veulent nous détruire. » Ce ne sont pas des rumeurs. Et pendant ce temps, ici, dans les rues de certaines villes d’Europe, on scande sans gêne : « From the river to the sea… »
Alors oui, pour ceux qui n’ont pas connu la Shoah mais des générations de pogroms, sans État, sans armée, sans protection, cette peur-là est ancrée, quotidienne, persistante. Elle ne nous quitte pas, même ici, en diaspora.
Et pourtant, malgré tout, la peur reste une mauvaise conseillère. Mais ce n’est pas depuis les fauteuils profonds, entre un bon cigare et un verre d’armagnac, qu’on peut en parler avec justesse. Là où l’on refait le monde, avec des indignations bien ordonnées et des « y’a qu’à » sans conséquences.
Là-bas, en Israël, la peur n’a rien de théorique. Elle est tapie dans le ventre, elle fore chaque jour un peu plus profond. On n’en parle pas. Parce que parler de sa peur, ça fait encore plus peur.
