Tribune Juive

Israël : Une alliance discrète aux implications majeures.   Envers et contre tous, L’accord Serbie–Elbit Systems

On ne vous dit pas tout: Les faits

Entre l’indignation de façade, stérile, affichée de certains pays qui, désignent l’état hébreu comme bouc émissaire, la réalité, une fois encore, prend le dessus. Le slogan « le droit international avant tout » a atteint ses limites. Désormais, ce sont les rapports de force et les intérêts bien compris de chaque pays qui priment. Dans les conflits actuels le droit est impuissant, comme le sont tous les états qui clament leur soutien au Liban sous la coupe d’un groupe terroriste affidé de l’Iran. Au Soudan, en Syrie, au Yémen, en République démocratique du Congo, en Libye, en Érythrée, en Iran, on tue, on viole, on affame, on meurt, on déplace. Le gouvernement espagnol , en pointe contre Israël, semble avoir puisé son inspiration dans le règne d’Isabelle la catholique et son illustre inquisiteur Torquemada. Brièvement, L’Espagne de cette époque recherchait l’unification religieuse, la centralisation du pouvoir, et la consolidation du royaume après des siècles de coexistence complexe entre Chrétiens, Musulmans et Juifs dans la péninsule ibérique. Torquemada est ainsi devenu, dans la mémoire européenne, l’une des incarnations les plus sombres du fanatisme politico-religieux. Madrid cherchait un héritier, elle semble l’avoir trouvé. L’Espagne réclame la rupture de l’accord de libre-échange avec Jerusalem, le boycott de l’Eurovision. Le premier ministre espagnol a déjà fait preuve d’imagination en régularisant cinq cent mille clandestins. Voudrait-il obtenir l’excommunication politique et économique d’Israël qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Qui dit mieux ? Mais la réalité dépasse cette nostalgie du passé, n’en déplaise à certains.

Les relations entre l’UE et Jerusalem tanguent. C’est donc dans cet environnement adverse que s’inscrit l’accord Serbie–Elbit Systems : Une nouvelle avancée d’Israel en Europe.

Selon plusieurs enquêtes concordantes, dont celle de Haaretz, l’entreprise ELBIT SYSTEMS premier groupe de défense israélien, selon le SIPRI, aurait conclu un projet industriel stratégique avec la Serbie,

La rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese (la grande amie d’Israel), a accusé certaines entreprises, dont Elbit, de tirer profit de la guerre à Gaza (rapport 2025). Au-delà, la Cour internationale de Justice a ordonné en janvier 2024 à Israël de prévenir ( ?) tout acte relevant du génocide (procédure toujours en cours). Bien entendu, Israël conteste formellement ces accusations.

Par ailleurs :  Plusieurs États et institutions financières (Norvège, Danemark, Espagne) ont restreint ou annulé leurs relations avec Elbit. Quelques exemples :

Lors d’une visite en Serbie en mars, Mme Albanese a décrit ce pays comme « l’un des alliés les plus solides et les plus déterminés d’Israël, sans aucune honte ». En réponse, le ministère serbe des Affaires étrangères a qualifié ses propos d’« inappropriés ».

Avant la guerre de Gaza, en 2009, le gouvernement norvégien a annoncé l’exclusion d’Elbit des investissements du Fonds de pension public, suite à une recommandation du Conseil d’éthique de ce dernier concernant la fourniture par Elbit de systèmes de surveillance pour la construction d’une barrière de séparation en Cisjordanie.

En janvier 2010, Danske Bank a ajouté Elbit à une liste d’entreprises qui, selon elle, n’avaient pas respecté sa politique d’investissement socialement responsable ; deux mois plus tard, un fonds de pension suédois a également boycotté l’entreprise pour son implication dans la construction de la barrière de Cisjordanie, qui, selon un avis consultatif de 2004 de la Cour internationale de Justice, contrevenait au droit international. En 2014, PKA Ltd, l’un des plus importants gestionnaires de fonds de pension du Danemark, annonçait qu’il n’envisageait plus d’investir dans Elbit, invoquant les mêmes raisons. En 2018, la banque britannique HSBC s’est désengagée d’Elbit suite au rachat d’IMI Systems par la société israélienne. HSBC a justifié sa décision par la production de bombes à fragmentation par IMI.

Dans une lecture purement militaire : pour la Serbie il s’agit bien d’un saut qualitatif à un changement d’échelle. Cet accord marque un tournant pour ses forces armées, notamment le passage d’une industrie semi-autonome, à intégrer dans un écosystème de pointe, avec un accès à des technologies clés : ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance)

Dans les Balkans, la Serbie devient un hub potentiel de production de drones militaires ce qui lui donne un avantage stratégique face à ses voisins du Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine et Des États membres de l’OTAN dans la région et dans une logique de guerre moderne, ces drones correspondent aux doctrines actuelles observées :

Trois objectifs pour la Serbie

  1. Accès technologique rapide
    1. Contourner les limites industrielles nationales
  2. Positionnement diplomatique
    1. Rapprochement indirect avec les États-Unis via Israël
  3. Stabilité interne du régime
    1. Renforcement du pouvoir du président Aleksandar Vučić

Pour Israël : une logique de dispersion stratégique

Jerusalem veut devenir auto suffisant militairement chaque fois qu’il le pourra. Un récent contrat très important conclu avec le gouvernement, va dans ce sens. Car il faut impérativement sécuriser les chaînes d’approvisionnement et donc aussi externaliser une partie de la production hors zone de conflit, pour réduire la vulnérabilité possible aux frappes ou perturbations régionales

Israël doit progresser dans son ancrage en Europe malgré les obstacles actuels, afin de bénéficier d’un accès indirect au marché européen. Ce faisant, réussir à contourner certaines restrictions politiques. Ce qui ne peut s’envisager qu’en disposant de la supériorité technologique et de son contrôle.

Sous réserve d’une lecture stratégique approfondie, cet accord révèle la fragmentation du marché des armements et qu’en dépit des controverses, les sanctions ou les boycotts occidentaux restent partiels et incohérents. Pendant ce temps, des pays comme la Serbie deviennent des plateformes alternatives. Ce qui se traduit par une reconfiguration du marché de l’armement qui progresse à la mesure des multiples conflits en cours.

On assiste à L’émergence de « hubs militaires périphériques » – La Serbie illustre cette tendance :

C’est un Pays non aligné strictement, avec une position géographique stratégique, sa capacité à coopérer avec des blocs opposés. Les pays du Golfe pratiquent régulièrement cet exercice, en nouant des relations aussi bien avec les États Unis et la Chine. C’est un modèle comparable à la , Turquie, aux monarchies du Golfe

La normalisation du drone comme arme centrale confirmée par les conflits en cours

Ce projet confirme une mutation profonde :

Avec des conséquences lourdes :

L’abaissement très important du seuil d’entrée dans la guerre

La multiplication des acteurs capables de projeter de la force, dont les organisations terroristes

Une dissociation croissante entre droit et pratique

Malgré les accusations internationales, les procédures judiciaires en cours, les coopérations militaires continuent, voire s’intensifient. Ce qui confirment les implications où le droit international reste subordonné aux intérêts stratégiques, où les États arbitrent – en fonction de leur sécurité – leur choix de la technologie, leurs alliances. Ce qui n’est pas sans risques :  sa réputation, lorsque l’image de la Serbie est associée à Gaza, affronter des pressions diplomatiques, devenir une cible potentielle aux cyber-attaques voire physiques, vulnérabilité en cas d’escalade régionale. Risques en matière de politique intérieure, d’opinion publique.

Conclusion

Cet accord, peu médiatisé, est en réalité hautement structurant et significatif :

Il met en lumière le changement de paradigmes tant en matière de guerre moderne que concernant les alliances militaires ou économiques. Manifestement l’Union Européenne, qui multiplie les déclarations sur ce terrain, n’a pas intégré ce changement violent et majeur. A date, l’UE n’a pas défini SA doctrine commune au sujet des drones armés. L’Ukraine devient d’ailleurs une référence en la matière. Économiquement, tous les européens en paient déjà le prix au quotidien, sans être consultés. Le retard au plan réarmement est colossal et absorbera pendant des années des budgets considérables.

Ce qui, militairement propulsera la Serbie dans le cercle des producteurs avancés de drones et politiquement renforcera un axe discret Belgrade–Jerusalem avec un arrière-plan américain

Stratégiquement : l’accord illustre la recomposition du marché mondial de l’armement et la centralité du drone. Tandis qu’en filigrane, il confirme une tendance lourde :
les considérations géopolitiques et technologiques priment désormais largement sur les controverses juridiques ou morales. La diplomatie qui prévalait encore, après la deuxième guerre mondiale, n’a plus cours.  Chaque état veut désormais défendre ses propres intérêts. Le formule de Lord Palmerston conserve toute son actualité « les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

Ainsi va notre monde,

© Francis Moritz

Quitter la version mobile