Tribune Juive

Donald Trump, Pas si fou qu’on le suppose… Par Thérèse Zrihen-Dvir

Depuis quelque temps, une impression accablante flotte dans l’air, entrecoupée d’expressions désobligeantes contre Donald Trump, président de la plus grande puissance du monde : il est bafoué, ironisé, ridiculisé, nargué par les Iraniens !! Ses interminables négociations ne font qu’accentuer le dédain de l’Iran qui savoure les rares coups fourrés du jeu de poker politique.

J’ai aussi ouï dire que Donald Trump s’est imbriqué dans une guerre/conflit bien au-dessus de son évaluation/compréhension. Le déploiement de son armada, moyen de dissuasion estimé infaillible, a inspiré les plus sceptiques d’entre-nous, que ça allait barder bientôt.

Je confesse avoir eu beaucoup de mal à définir par la suite, les objectifs réels des tergiversations, atermoiements, vaines menaces de Donald Trump, qui, parfois plafonnent par une quelconque note sarcastique, suivie de sourires sporadiques des « faiseurs des nouvelles ».

C’est alors qu’en mémoire le pas d’amalgame de la trajectoire de la Guerre du Golfe s’affichât…  Beaucoup de choses en commun avec le conflit iranien actuel – sinon ses répercussions et enchaînements.

« George Bush n’entend pas davantage laisser aux mains du dictateur un tiers des réserves pétrolières du monde, car ce serait lui donner le contrôle des économies occidentales et de l’économie japonaise : « Nos emplois, notre mode de vie, notre liberté et la liberté des pays amis de par le monde, déclarait-il le 15 août, souffriront si le contrôle des plus grandes réserves pétrolières tombe dans les mains de Saddam Hussein. » Trois mois plus tard, il exprimait les mêmes craintes : « Nous ne pouvons permettre à Saddam Hussein d’exercer un chantage économique. » Et puis, faut-il attendre que l’Irak détienne l’arme atomique ?

L’URSS de Mikhaïl Gorbatchev tenta d’arrondir les angles. Elle avait gardé des liens étroits avec Bagdad et voulait conserver un peu de son influence au Moyen-Orient. 

Les Français n’ont pas oublié qu’ils ont, eux aussi, soutenu le dictateur irakien et lui ont vendu des armes… mais tout compte fait l’intransigeance de Bagdad les pousse à soutenir Washington. Les Britanniques maintiennent leur attitude d’alliés privilégiés de l’Amérique. Quant aux pays arabes, à l’exception de la Jordanie qui redoute les manifestations pro irakiennes de ses arabo-palestiniens, elle suit l’exemple de l’Égypte. Même la Syrie, traditionnellement cliente de l’Union soviétique, a compris que les temps ont changé et Hafez el-Assad n’oublie pas que les baasistes d’Irak sont les ennemis des baasistes de Damas.

Saddam Hussein continue de déclarer que le Koweït « restera la dix-neuvième province de l’Iraq » et que ladite province deviendra « le théâtre de la grande bataille entre croyants et infidèles » L’option diplomatique cède la place à l’option militaire.

Du 2 août 1990 au 28 février 1991, suite à l’invasion du Koweït par l’Iraq, ce dernier fait face à une coalition de 35 États dirigée par les Etats-Unis. Il y eut deux phases : l’opération Bouclier du désert (Desert Shield), du 2 août 1990 au 17 janvier 1991, au cours de laquelle les troupes se renforcent et défendent l’Arabie saoudite, et l’opération Tempête du désert (Desert Storm), du 17 janvier au 28 février 1991, phase de combat qui commence avec un bombardement aérien et naval, suivi d’un assaut terrestre et qui signe la victoire des forces de la coalition avec la fuite de l’armée irakienne hors du Koweït. La coalition cesse sa progression et déclare un cessez-le-feu de 98 heures après le début de la campagne terrestre. Tout au long de l’offensive, les combats sont limités à l’Irak, au Koweït et à des zones situées le long de la frontière avec l’Arabie saoudite. Coup de griffe, 7 missiles Scuds atteignent le territoire d’Israël et font 12 blessés. Le lendemain, 3 autres missiles frappent de nouveau. Les Israéliens vont-ils intervenir, au risque de détruire l’équilibre fragile de la coalition et de transformer la guerre pour le Koweït en une guerre pour la libération de la Palestine ? C’est l’espoir déclaré de Saddam Hussein et de bon nombre d’arabo-palestiniens qui applaudissent les Scuds à grands cris. C’est aussi la crainte du président Bush qui parvient à convaincre Yitzhak Shamir, le Premier ministre d’Israël, d’être patient, de faire confiance à l’aviation américaine qui promet de détruire les rampes de lancement des Scuds. Les États-Unis envoient en Israël les Patriots – missiles antimissiles.

Les Américains ne souhaitent pas devenir les gendarmes du monde. L’intervention, rapide, soutenue par la communauté internationale, victorieuse, n’a pas ensanglanté l’Amérique.

L’Iraq après sa défaite, devint la proie toute prête à être avalée par son voisin et ennemi iranien, qui, à petits pas, va combler le vacuum occasionné.

Et c’est ce que Donald Trump craint le plus.

Qu’adviendra-t-il à l’Iran s’il est détruit ? Il deviendra la proie toute prête aux voisins arabes sunnites…

La chute de la République islamique créerait un vide sécuritaire important au Moyen-Orient. Bien que cela puisse être perçu comme une victoire stratégique pour certains adversaires de l’Iran, cela risquerait de déstabiliser durablement la région, entraînant un risque élevé de prolifération d’armes et d’instabilité chronique.

Une offensive massive détruirait les infrastructures militaires, énergétiques et industrielles du pays. Une telle situation engendrerait une crise humanitaire majeure, avec des milliers de morts et des millions de personnes déplacées, comme redouté lors des conflits actuels.  Cela de toute façon l’axe de la résistance – au Liban, en Iraq, en Syrie et au Yémen, via le Hezbollah et d’autres groupes alliés, qui serait fortement affaiblie, modifiant radicalement les rapports de force dans ces pays.

La cause palestinienne verra sa fin. Un rapprochement entre Israël, devenu entre-temps une puissance régionale, et ses voisins arabes, est plus propice.

Mais rien n’est certain dans ce fourre-tout moyen-oriental. Les humeurs changent comme celles d’un bébé… et le sang appelle le sang surtout au sein des clans/tribus arabes qui s’enorgueillissent de sanctifier la mort lorsque l’Occidental et le Juif sanctifient la vie.

© Thérèse Zrihen-Dvir

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