Tribune Juive

Nul ciel ne nous lave de nous-mêmes. Par Nataneli Lizee

Nul ciel ne nous lave de nous-mêmes.

L’univers roule au loin ses astres et ses soirs,

ses silences sans fond, ses matins de laine

ses splendeurs sans mémoire ;

il n’a ni main pour nos colères,

ni bouche ouverte à nos aveux,

ni linge clair pour nos misères

que nous portons comme des feux.

Ni le voisin, ni le soleil,

ni D.ieu, ni ses apôtres, ni ses saints,

ne viendront répondre à notre place

de nos peurs, de nos refus,

de nos jalousies sourdes,

de nos dénis cousus de nuit,

de ces rancunes que l’on borde

comme un enfant dans son ennui.

Nous appelons le ciel

quand il faudrait descendre en nous.

Nous accusons le monde

pour n’avoir pas à soutenir

ce regard froid, ce regard doux,

ce miroir nu de la conscience

où tremble enfin notre semblance.

Car la colère nous appartient.

La rancune nous appartient.

Le venin que l’on nomme blessure,

le fiel que l’on farde en chagrin,

cette plainte à la voix trop pure

qui nous absout avant demain,

tout cela vient de notre main.

Il est aisé d’être victime,

aisé de dresser sa douleur

comme un petit trône sublime

au milieu même de son cœur.

Plus âpre est l’heure où l’on dépose

les vieux griefs, les grands manteaux,

où l’on cesse d’orner sa cause

du velours commode des mots.

La paix ne tombe pas.

Elle se conquiert.

Elle se taille au vif,

dans l’orgueil que l’on défait,

dans la plainte que l’on déserte,

dans l’ombre que l’on reconnaît,

dans cette probité déserte

qui ne flatte ni ne promet.

Alors, peut-être, quelque chose se lave.

Non par l’univers.

Non par les saints.

Non par la clémence des astres.

Mais par cette rude clarté,

pauvre, souveraine, tenace :

nul ne nous délivre de nous-mêmes

tant que nous refusons,

face à face,

de regarder en nous la vérité.

Nataneli

Perso – Île Rousse

Nataneli Lizee est journaliste et Correspondante de Presse

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