
Nul ciel ne nous lave de nous-mêmes.
L’univers roule au loin ses astres et ses soirs,
ses silences sans fond, ses matins de laine
ses splendeurs sans mémoire ;
il n’a ni main pour nos colères,
ni bouche ouverte à nos aveux,
ni linge clair pour nos misères
que nous portons comme des feux.
Ni le voisin, ni le soleil,
ni D.ieu, ni ses apôtres, ni ses saints,
ne viendront répondre à notre place
de nos peurs, de nos refus,
de nos jalousies sourdes,
de nos dénis cousus de nuit,
de ces rancunes que l’on borde
comme un enfant dans son ennui.
Nous appelons le ciel
quand il faudrait descendre en nous.
Nous accusons le monde
pour n’avoir pas à soutenir
ce regard froid, ce regard doux,
ce miroir nu de la conscience
où tremble enfin notre semblance.
Car la colère nous appartient.
La rancune nous appartient.
Le venin que l’on nomme blessure,
le fiel que l’on farde en chagrin,
cette plainte à la voix trop pure
qui nous absout avant demain,
tout cela vient de notre main.
Il est aisé d’être victime,
aisé de dresser sa douleur
comme un petit trône sublime
au milieu même de son cœur.
Plus âpre est l’heure où l’on dépose
les vieux griefs, les grands manteaux,
où l’on cesse d’orner sa cause
du velours commode des mots.
La paix ne tombe pas.
Elle se conquiert.
Elle se taille au vif,
dans l’orgueil que l’on défait,
dans la plainte que l’on déserte,
dans l’ombre que l’on reconnaît,
dans cette probité déserte
qui ne flatte ni ne promet.
Alors, peut-être, quelque chose se lave.
Non par l’univers.
Non par les saints.
Non par la clémence des astres.
Mais par cette rude clarté,
pauvre, souveraine, tenace :
nul ne nous délivre de nous-mêmes
tant que nous refusons,
face à face,
de regarder en nous la vérité.
Nataneli Lizee est journaliste et Correspondante de Presse
