« Anti-Semitism is a virus – and it’s spreading »
Pour éradiquer un virus, il faut de la précision. Il faut identifier l’origine de la menace, les circonstances de son incubation et de sa propagation, ainsi que la vulnérabilité des hôtes spécifiques. Une mauvaise réponse risque d’aggraver les choses.
L’antisémitisme est un virus — comme l’expliquait feu le Grand Rabbin Jonathan Sacks — qui mute avec le temps. À l’origine, c’était un préjugé religieux ; après les Lumières, il s’est mué en haine raciale, alimenté par une version tordue du darwinisme social. On croyait qu’après l’horreur unique de l’Holocauste, ce crime sans précédent dans l’histoire, où l’homme devint loup pour l’homme, le virus avait enfin été vaincu. Mais à notre époque, une nouvelle variante a émergé. L’antisémitisme trouve aujourd’hui son expression la plus virulente dans l’hostilité à l’identité collective juive, à la patrie juive : Israël. Dans les débats sur l’antisémitisme contemporain, il est de coutume de soutenir qu’il n’y a rien d’intrinsèquement antisémite à critiquer Israël. C’est vrai.
Mais ce qui frappe, c’est combien de critiques d’Israël sont antisémites. L’existence même d’Israël est remise en question — c’est ce que signifie l’antisionisme. Aucun autre État sur Terre ne voit son droit à l’existence débattu avec une telle véhémence. Les partitions et redécoupages frontaliers qui ont suivi les deux guerres mondiales ont engendré tensions et conflits ailleurs, certes. Mais personne n’appelle à la fin du Pakistan ou à l’effacement de la Jordanie. Un deux poids deux mesures s’applique — l’un des marqueurs les plus anciens de l’antisémitisme.
Qui plus est, les actions d’Israël, notamment en matière de défense propre, sont jugées à l’aune d’un standard que l’on n’applique à aucune autre nation. Les voisins d’Israël ont cherché à l’étrangler à sa naissance. Ils ont, à diverses époques, hébergé et financé des organisations terroristes vouées à l’élimination de la vie juive communautaire.
Le 7 octobre 2023, le Hamas, financé par l’Iran, a infligé à Israël la plus grave perte de vies juives depuis l’Holocauste. En réponse, Israël a cherché à éradiquer cette menace pour son peuple et sa survie. Ce conflit a été brutal, et de nombreux innocents sont morts. Mais il existe un contraste entre Israël et ses ennemis, et d’ailleurs ses détracteurs. Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont cherché, certes imparfaitement, à minimiser les victimes civiles. Le Hamas, lui, a œuvré à les maximiser. Un travail minutieux de Lord Roberts de Belgravia pour une commission de la Chambre des Lords a montré comment Israël, engagé dans le difficile travail de contre-insurrection urbaine, a réussi à limiter les pertes civiles en deçà de ce que l’on a observé dans d’autres conflits similaires, y compris ceux dans lesquels des troupes britanniques ou américaines étaient engagées. Mais cette retenue, qui implique nécessairement un risque plus grand pour les propres soldats d’Israël, n’a valu à Israël aucune compréhension supplémentaire. Au contraire, l’accusation selon laquelle il commet un génocide n’a cessé de croître en véhémence et en volume.
Deux courants antisémites sont à l’œuvre ici. Le premier est l’exigence que les Juifs vivent selon des conditions fixées par d’autres : ils peuvent obtenir de la sympathie en tant que victimes, mais jamais de la compréhension, encore moins du soutien, lorsqu’ils font valoir leur droit à l’autodéfense.
Le second est le désir d’aller plus loin encore et d’effacer toute sympathie historique pour les épreuves du peuple juif en les assimilant à leurs anciens oppresseurs — les nouveaux nazis, les génocidaires de notre temps. Le conflit à Gaza a suscité une inquiétude compréhensible à travers le monde et un désir de paix. Chaque âme qui souffre nous touche au cœur. Mais ce qui a été frappant — dans nos rues, sur les réseaux sociaux, à travers tout l’Occident — c’est la façon dont les manifestations contre ce conflit sont devenues, si rapidement et si complètement, des véhicules de préjugés. Les appels à « mondialiser l’intifada » retentissent dans les marches pro-palestiniennes, accompagnés d’images conçues pour attiser la haine des Juifs — individuellement et collectivement. Les marches, et les mèmes, sont devenus les vecteurs par lesquels le virus s’est propagé.
Une société saine devrait avoir un système immunitaire politique suffisamment robuste pour repousser ce danger. Mais le nôtre a été affaibli avec le temps. La pensée radicale de gauche, et notamment l’influence durable d’écrivains comme Frantz Fanon et Edward Said, a induit en Occident un ensemble de croyances particulièrement vulnérables à l’antisémitisme moderne. Le colonialisme est le mal suprême, le privilège et le succès sont la preuve de l’injustice, le néolibéralisme est un mensonge qui masque l’exploitation.
Le succès d’Israël, contre toute attente, en tant qu’État pluraliste, démocratique, régi par le droit et l’économie de marché libre, constitue un cinglant démenti pour ceux qui veulent faire honte à l’Occident et à ses valeurs. Qu’Israël soit une terre formée par des demandeurs d’asile et des réfugiés, qu’il ne dispose de presque aucune ressource naturelle, et qu’il surpasse en croissance, en liberté et en opportunités tous les États de Tanger à Téhéran, constitue une réfutation puissante de la vision du monde de la gauche post-coloniale. Aussi son succès est-il attribué à la méchanceté, à l’exploitation et à l’oppression.
Ainsi un autre trope antisémite est-il déterré de la tombe où il aurait dû rester : le malheur des autres est imputable à la rapacité des Juifs. Ce sentiment — que vos malheurs s’expliquent par le succès des Juifs — a été utilisé comme une arme par les populistes du passé. Et il a été réactivé au XXIe siècle par des islamistes cherchant un bouc émissaire pour les malheurs du monde musulman, des gauchistes radicaux cherchant un visage de vilain à qui imputer la cupidité néolibérale, une extrême droite cherchant une intelligence directrice derrière leur théorie du « Grand Remplacement », et des complotistes de tous bords en quête d’une main cachée à blâmer.
Face à cette haine, à ces idéologies et à cette perversité, se dresser constitue le devoir démocratique de chacun d’entre nous et le combat de principe de notre temps. »
Source: The Spectator
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