Tribune Juive

Heureux anniversaire Nataneli. Par Tribune juive

Merci à tous pour votre présence, vos appels, vos messages, cette chaleur venue jusqu’à moi avec tant de grâce, ce 29 avril.

Cinquante ans. Un demi-siècle.

Il faudrait sans doute y mettre quelque gravité. Non par lassitude, mais par lucidité. Avec les années, on apprend surtout cela : nous savons peu, nous maîtrisons moins encore, et la vie se charge bien vite de rabattre nos certitudes. On croit perdre, puis l’on découvre que l’on a appris. On croit comprendre enfin, puis le vide repasse, avec son vieux sourire. Et pourtant l’on continue. On avance comme on peut, entre les ombres et les lueurs, avec cette étrange obstination qui nous tient debout.

Je crois savoir, aujourd’hui, que je ne sais pas grand-chose. C’est peut-être cela, la seule sagesse qui me soit venue. Vivre, c’est consentir à marcher dans l’absurde sans en posséder la clef ; c’est accepter que nos divertissements comblent parfois le vide sans jamais l’abolir ; c’est sourire encore, malgré la faille, malgré le vertige, malgré cette petite musique sombre qui accompagne les jours.

Heureuse désabusée, je me laisse pourtant encore surprendre par les promesses du destin, dont je connais les ruses et les détours. Et puis, ne dit-on pas que les promesses n’engagent jamais que ceux qui y croient ? J’y crois encore, par éclairs, par fièvre, par faiblesse peut-être ; comme on demeure au bord d’une lumière dont on sait qu’elle vacille. Je suis assez lucide, au fond, pour aimer encore m’égarer dans la douceur des naïvetés.

Oui, malgré tout. Malgré l’âge, malgré les ombres, malgré les fruits gâtés de certaines saisons, je sens en moi la même faim vive, la même envie farouche de mordre au fruit des jours. Qu’il soit tendre ou rêche, vermeil ou meurtri, gorgé de sucre ou chargé d’amertume, je veux encore en goûter la chair, le suc, le sel, la morsure. Je veux ce qui brûle. Je veux ce qui tremble. Je veux même ce qui blesse, parce que cela aussi nous rappelle que nous sommes vivants.

Il y a dans la vie une cruauté certaine, une vanité souvent, un vertige constant ; mais il y a aussi cette obscure splendeur de l’élan, cette obstination de l’âme qui, même lasse, réclame encore sa part. C’est peut-être là notre pauvre grandeur : continuer, aimer, sentir, rire parfois au bord du gouffre, et porter à nos lèvres ce que les saisons consentent à nous laisser, même lorsque le fruit est trop vert, trop mûr, trop âpre, ou déjà blessé.

Alors oui, cinquante ans.

Moins d’illusions, peut-être.

Davantage de lucidité, sûrement.

Mais toujours cette faim intacte d’aimer, de sentir, de comprendre un peu, et de boire jusqu’à la lie la douceur mêlée des jours.

Car vivre, au fond, n’est peut-être rien d’autre que cela : accepter de ne pas tout comprendre, accueillir la grâce autant que l’épreuve, apprendre même de ce qui nous échappe, et garder, malgré les ans, malgré les heurts, malgré les fruits trop durs ou déjà meurtris, le désir intact de goûter encore ce que la vie nous tend.

© Nataneli Lizee

Nataneli Lizee est journaliste et Correspondante de Presse

 Image d’Elie Rosenthal 

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