Il s’agit bien de Voyager. Pas le verbe — le satellite. Celui qu’on a lancé il y a près de quarante ans, prévu pour durer quelques années tout au plus, et qui file encore, imperturbable, quelque part dans les espaces interstellaires.
Quand il le décide, l’homme est capable d’un génie lumineux — bâtisseur autant que destructeur.
J’ai lu dans une gazette digitale que ce petit engin sera encore là quand nous, habitants provisoires de cette petite sphère hospitalière, aurons disparu depuis belle lurette.
Plouitch. Plus rien. Nada. Nichts. Shoum davar.
Et c’est souvent en marchant le long de la mer du Nord, face à l’horizon, entre la ligne d’eau et le sable à marée basse, que cette idée d’éternité me saisit.
Voyager, lui, poursuivra sa route dans l’infini de l’espace-temps — à moins qu’il ne soit happé par un trou noir ou réduit en cendres pour avoir frôlé d’un peu trop près une étoile.
Mais nous ?
Nous sommes, d’une certaine manière, tout aussi éternels.
Je m’explique. Avant notre naissance : aucune conscience. Après notre mort : aucune non plus.
Notre vie n’est qu’une parenthèse de conscience — étroite, fragile — enchâssée dans le temps et l’espace.
Avant ? L’éternité.
Après ? L’éternité.
Au fond, la parenthèse est brève. L’éternité, elle, ne l’est pas.
Chouette, non ?
Nous sommes éternels.
© Jacques Frojmovics
