Interview réalisée par Frédéric Sroussi
Tribune Juive : Depuis le début du conflit contre la République islamique d’Iran, trois soldats français ont été tués. Ces trois militaires furent assassinés par des proxys de l’Iran, d’abord au Kurdistan par le groupe terroriste djihadiste irakien pro-Téhéran Ashab al-Kahf puis par le Hezbollah qui est directement le bras armé de l’Iran au Liban. Pourtant Emmanuel Macron ne cesse de dire que ce n’est pas la France qui est visée, et qu’il faut jouer la désescalade.
Quelle réaction vous inspire ces déclarations du Chef de l’État, vous qui avez été pendant 20 ans militaire dans les parachutistes (3e RPIMa) avant d’entrer au service Action de la DGSE ? Je précise que vous étiez d’ailleurs en mission le 23 octobre 1983 au Liban quand les 58 parachutistes français de la base Drakkar furent assassinés lors d’un attentat perpétré par le Djihad islamique, futur Hezbollah, sur ordre de Téhéran.
Pierre Martinet : Cela m’inspire la même chose qu’à tous mes anciens collègues avec qui j’ai des échanges dont des anciens du 3e RPIMa : on a tous la même opinion de notre Chef de l’État, et c’est une opinion exécrable. Pour moi avec ce type de raisonnement on se déleste du problème. On passe à autre chose, on n’a pas le courage d’admettre que oui, les Français sont visés depuis de nombreuses années par l’Iran et ses proxys. Je veux dire à Emmanuel Macron que ceux qui ont tué nos camarades ne sont certainement pas des « combattants » comme il l’a écrit (N.D.L.R; Emmanuel Macron a parlé des « combattants du Hezbollah »), mais des terroristes islamistes du Hezbollah ! Macron et d’autres sont incapables d’admettre que la France est visée, cela permet ainsi de ne rien faire, et surtout on continue à ne pas nommer l’ennemi ! Après tous ces morts au Liban tués par le Hezbollah, on continue à ne pas dire que ce sont des terroristes islamistes. En les appelant les « combattants du Hezbollah », on admet donc que le Hezbollah serait une armée régulière, qu’il y aurait une guerre ; eh bien non ! Ce n’est pas une guerre conventionnelle entre deux armées, il y a d’un côté une armée française légitime qui agit sous le pavillon de la FINUL, et de l’autre il y a un groupe terroriste islamiste qui s’appelle le Hezbollah et qui est dirigé par l’Iran. Ce sont des terroristes et en plus des narcotrafiquants ! De plus, quand j’entends le ministre des Affaires étrangères Barrot nous expliquer qu’il y a une branche politique et une branche armée du Hezbollah, cela a le don de me mettre en colère : il n’y a pas de branche pseudo-politique et de branche armée, il n’y a qu’un seul ensemble : un groupe de terroristes qui s’appelle le Hezbollah !
Le Hezbollah cannibalise le Liban et s’infiltre dans toutes les strates de la société libanaise. Ce mouvement terroriste continue de s’attaquer aux civils du nord d’Israël, et même au-delà avec leurs roquettes qui ne sont pas des roquettes artisanales et leurs drones ! Le but est de faire passer ces terroristes islamistes pour des résistants, des révolutionnaires, etc.
Alors, admettons que le Hezbollah a vu le jour pour faire partir Israël du sud Liban, mais pourquoi alors qu’Israël a quitté le sud Liban depuis 26 ans, le Hezbollah continue-t-il de tirer des roquettes sur Israël ? C’est ça le sujet !
Faisons une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut avec la Seconde guerre mondiale : tous les groupes de résistants français, une fois l’Allemagne chassée de la France, n’ont pas continué à s’attaquer à l’Allemagne ! Faisons-nous l’avocat du diable : si le Hezbollah a vu le jour comme un mouvement de résistance contre la présence d’Israël au Sud Liban, pourquoi une fois parti, Israël est-il toujours attaqué ? Pourquoi continue-t-il à assassiner ? Pourquoi continue-t-il à être alimenté par l’Iran pour commettre des attentats en Israël ?
T.J : Et pas qu’en Israël, le Hezbollah a commis des attentats, y compris kamikazes, contre des cibles juives ou israéliennes en Argentine et en Bulgarie.
P.M : Le but du Hezbollah, comme celui du Hamas et des Houthis, est en fait la destruction d’Israël.
L’État français est aujourd’hui complètement en faillite internationale, sécuritaire et idéologique. La France est donc prise entre le marteau chiite et l’enclume sunnite. La France n’a plus aucun poids au Moyen-Orient. La France n’a même pas été conviée au premier dialogue pour instaurer la paix entre Israël et le Liban, réunion qui s’est déroulée à Washington entre les ambassadeurs des deux pays.
Alors, quand Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, ose prétendre que s’il existe des négociations entre Libanais et Israéliens, ce serait « grâce à la France », là, je me marre…
De plus, il faut arrêter de dire qu’Israël a déclaré la guerre au Liban. Il n’y a pas de conflit entre Israël et le Liban. Israël veut juste détruire un groupe terroriste islamiste chiite qui s’appelle le Hezbollah.
Le Liban aujourd’hui devrait être allié avec Israël pour l’aider à se débarrasser du Hezbollah, ainsi que la France qui depuis les années 1980 forme l’armée libanaise et lui donne du matériel pour rien du tout ! Pour zéro résultat ! On ne peut pas juste former, il faut aller au contact et détruire le Hezbollah.
On est capable de les détruire en formant une force internationale.
T.J : Donc imaginons que vous soyez au pouvoir, auriez-vous cherché à détruire le Hezbollah dès l’attaque du Drakkar en 1983 ? N’oublions pas que le cerveau de cet attentat (ainsi que celui du baraquement des Marines) était Imad Mughniyeh, un chiite libanais travaillant pour l’Iran qui deviendra le « Chef d’état-major » du Hezbollah, mais qui commença sa longue carrière terroriste dans les rangs du Fatah de Yasser Arafat, et en particulier dans la Force 17, la garde prétorienne du chef de l’OLP, ainsi que l’unité spéciale qui commettait des attentats à l’étranger. Mughniyeh fut heureusement éliminé en 2008 par le Mossad dans la banlieue de Damas, alors qu’il était sous la protection des services de Bachar el-Assad.
P.M : Après l’attaque contre la base kurde où se trouvaient nos soldats, et qui fit un mort dans nos rangs, j’aurais fait en sorte que la France exerce son droit de représailles. Vous tuez un Français, vous serez détruit ! Si j’étais aux manettes de la France, j’aurais fait identifier, localiser et éliminer les coupables. J’aurais envoyé quatre avions Rafale pour exploser le camp des terroristes qui ont perpétré cette attaque. On en a les moyens !
Puis, pour nos deux soldats tués par le Hezbollah au Liban, le lendemain, j’aurais fait détruire des camps du Hezbollah.
T.J : On sait que les terroristes du Hezbollah ne sont rien d’autres que les Pasdarans iraniens avec une carte d’identité libanaise. C’est donc l’Iran qui est derrière ces attentats contre les troupes françaises, or la France de Macron n’a même jugé digne ne serait-ce que de convoquer l’ambassadeur d’Iran en France, et encore moins de fermer l’ambassade de Téhéran à Paris, alors qu’elle est l’antenne des services secrets iraniens en France.
P.M : On aurait dû fermer l’ambassade depuis longtemps ! Mais, je pense qu’au-delà de la géopolitique internationale, c’est une affaire de personnes, et à la tête de l’État nous avons un lâche. Macron est juste bon à faire de grands discours, oui, pour ça il est bon…
Je vais vous dire quelque chose : récemment, j’ai dîné avec un dignitaire africain, je ne vous dirai pas qui, ni de quel pays il est, mais, c’est un dignitaire d’un gouvernement africain. Je lui ai demandé ce qu’il pensait d’Emmanuel Macron dans sa relation avec l’Afrique ; il m’a répondu que Macron a voulu se séparer de l’Afrique dès qu’il est arrivé au pouvoir. Il a fermé plein de postes, mais s’apercevant qu’il avait fait une connerie, il essaye maintenant de rattraper le coup, mais, en fait il est nul. Voilà comment est vu notre Président à l’étranger…
Macron est mauvais, il ne connaît pas l’Afrique par exemple. Il prend les gens de haut, il a un complexe de supériorité, mais en fait c’est un peureux. Il craint la rue arabe française.
C’est pour ça qu’il n’est pas allé à la marche contre l’antisémitisme, c’est pour ça qu’après avoir dit qu’il fallait créer une coalition contre le Hamas, il s’est dégonflé. Si j’avais été Président en 2023, j’aurais organisé cette coalition, et je me serais foutu de la rue arabe française, cela aurait été l’occasion de la mettre au pas la rue arabe française ! Cela aurait été l’occasion de lui dire : soit vous êtes avec la France, soit vous êtes contre la France. Vous ne pouvez pas vous trouver en France pour le bon côté de la chose et, en même temps, vomir sur la France et lever le drapeau palestinien en permanence, ce n’est pas comme ça que cela doit fonctionner !
Mais, si vous attaquez le Hezbollah, alors vous serez vu comme l’allié d’Israël, et cela est insupportable à tous les propalestiniens.
Si on veut la paix dans la région du Moyen-Orient on devrait détruire le régime iranien, mais si on fait cela, alors il faudra s’attendre à avoir des manifestations dans les rues d’une partie des musulmans de France, mais aussi de la gauche française, LFI et toute sa clique.
Avec quelqu’un de fort à la tête de l’État, cette situation pourrait pourtant se régler.
T.J : Le paradoxe est que la France qui est le pays qui a le plus répété que ce n’était pas sa guerre (contre l’Iran et ses proxys) est celui qui est le plus attaqué par la République islamique d’Iran !
P.M : Évidemment, c’est parce que ces terroristes s’attaquent aux lâches, et nous sommes des lâches.
D’ailleurs, Macron n’était même pas aux obsèques des militaires tués par l’Iran et ses proxys ! On m’a même rapporté que le Chef d’état-major des armées n’était lui aussi même pas présent ! Le chef d’état-major de l’Armée de terre y était, mais pas le chef d’état-major des armées !
Ils ont le « trouillomètre » à zéro. On ne peut pas dire que la France n’est pas visée ! Il y avait le drapeau français sur l’écusson que portaient les soldats français de la FINUL qui ont été tués par le Hezbollah !
D’ailleurs, ces soldats français qui étaient présents au Liban n’étaient pas en action de combat, mais en action de paix : tirer sur un casque bleu, c’est comme tuer un médecin qui vient sauver quelqu’un !
T.J : D’ailleurs, pour moi, ces soldats français de la FINUL ne sont pas tombés dans une embuscade comme cela est dit officiellement, mais ont été victimes d’un attentat ! Ces soldats français morts au Liban en 2026 s’ajoutent à ceux assassinés déjà par l’Iran lors de l’attaque du Drakkar en 1983.
P.M : Je suis d’accord, c’est un attentat.
T.J : Justement, vous qui étiez au Liban en 1983, vous qui avez passé une semaine dramatique à sortir les corps de vos frères d’armes du poste Drakkar, ne ressentez-vous pas, toute proportion gardée, un air de déjà-vu ?
P.M : Bien sûr. Dire qu’ils sont tombés dans une embuscade cela permet de normaliser ce qui s’est passé. Cela devient une action de guerre. Dans l’armée, il existe une action de combat qui s’appelle l’embuscade. C’est codifié dans une armée conventionnelle qui a le droit de faire la guerre. Ici, ce n’est pas le cas, c’est un attentat contre des soldats français.
La France a beau s’aplatir devant les terroristes, elle se fera quand même tirer dessus effectivement.
C’est une honte ! Des enfants français se font tirer dessus, et il n’y a aucune riposte de la part du gouvernement français !
On accepte en tant que soldat de mourir pour la patrie, mais que le chef de l’État ne fasse rien pour expliquer à ceux qui tuent des Français qu’ils vont le payer, non pas pour se venger, mais pour que cela cesse, c’est inacceptable.
La France doit imposer sa volonté face à ses ennemis ! Dès l’instant où nous sommes attaqués, nous devons riposter contre ceux qui nous ont frappés ! Si on ne fait rien, ça va se reproduire.
Moi-même, je suis tombé dans une embuscade au Liban le 27 décembre 1983 avec mes deux camarades Charlie et Dominique. Nous avons essuyé des tirs de RPG et de fusils d’assaut. Nous avons répliqué puis nous sommes allés au contact pour retrouver les terroristes…
Après ça, un officier supérieur de l’époque est venu me voir et m’a dit qu’on ne ferait plus de sommations, car le fameux « droit international » nous obligeait à faire des sommations si on était attaqués : « Vous tirez d’abord et vous ferez les sommations après » nous a-t-il dit !
La diplomatie avec des terroristes, ça ne fonctionne pas !
Quand je vois des généraux et des politiciens sur les plateaux de télévision qui nous disent qu’on doit négocier, je dis : « Négocier quoi ? On ne négocie pas avec des terroristes !»
Je dois répéter que la France est pro-arabe. Après les attentats de 1995 qui ont été perpétrés en France par le GIA, l’État français est venu en aide à l’autorité palestinienne (AP) en formant les services de sécurité de l’AP en France même. Le fait est que suite à cette décision la France n’a plus été frappée par les attentats du GIA…
C’est comme au temps du nazisme, tout le monde disait qu’Hitler allait s’arrếter après les Sudètes, qu’il n’envahirait pas la Pologne, etc. On a vu ce qui s’est passé ensuite…
T.J : D’ailleurs, dans L’Étrange défaite de Marc Bloch, on peut lire les critiques acerbes que le grand historien et résistant assène au commandement de l’armée française . On ne cesse d’entendre des généraux français sur les plateaux de Télévision qui disent, tel le général Richoux sur la chaîne LCI concernant l’attentat contre les soldats français de la FINUL que « ce ne sont pas des soldats français qui ont été visés, mais des soldats de la FINUL ». Pourtant ils sont bien morts pour la France, et pas pour les Nations-Unies que je sache !
Justement, en parlant des ces généraux qui encombrent les plateaux de LCI ou de BFMTV, je sais que vous avez été – à juste titre – particulièrement outré par les propos d’un ancien général, Michel Yakovleff qui a osé dire sur LCI concernant la mort du soldat Florian Montoriot lors de l’attentat perpétré par le Hezbollah contre la FINUL, que cette mort ne représentait selon lui qu’un «micro-événement». Comment réagit l’ancien para et multiple fois médaillé militaire que vous êtes à ces propos ?
P.M : Je ressens deux sentiments : premièrement, je suis révolté quand j’entends ça, d’autant plus que cela me rappelle un souvenir très douloureux : le 4 janvier 1997, l’adjudant Gérard Giraldo et le capitaine Patrick Devos ont été abattus à Bangui en Centrafrique , lors d’une mission de médiation entre des mutins centrafricains. L’adjudant Giraldo était arrivé au 3e RPIMa en même temps que moi, et ensuite il est devenu mon beau-frère parce qu’il a épousé ma sœur. Pourquoi je parle de ça ? Eh bien, parce que je me mets à la place de ce frère d’armes qui a été tué et de sa famille. Comment un militaire, un général peut-il dire que la mort d’un soldat français en mission ne serait qu’un « micro-événement » ?!
Le général Yakovleff est un fou furieux de dire ça ! C’est honteux qu’un militaire français ose dire ça, c’est même honteux de dire ça en tant qu’humain ! Que cela sorte de la bouche d’un militaire qui, il faut le dire, a eu une carrière assez exceptionnelle, c’est révoltant ! Il n’a pas le droit de parler comme ça ! Même s’il déteste Israël, car il déteste Israël et les États-Unis, car il déteste les États-Unis, il n’a pas le droit de parler comme ça !
Pour moi, toutes les années de service du général Yakovleff sont nulles et non avenues ! On ne crache pas sur un soldat qui a été tué en mission ! Si j’avais été sur le plateau de LCI, j’aurais craché à la figure de ce type !
L’attentat contre les soldats français de la FINUL n’est pas un «micro-événement», c’est même un événement majeur ! On ne tue pas un soldat de la paix, on ne tue pas un Français qui est venu aider la population libanaise. Cette attaque insensée prouve au contraire que la France en étant visée fait partie de facto de l’équation de ce conflit moyen-oriental.
Je suis triste de voir un général de deuxième section se déshonorer sur un plateau de télévision pour faire du buzz.
T.J : Oui, on l’appelle le « général punchline »…
P.M : Ouai, c’est super, : « Je suis le général punchline »…
Si je rencontre ce gars dans un repas de vétérans, je lui dirai que pour moi, il n’est qu’un pauvre type, avec tout le respect que j’ai pour son grade…
Pierre Martinet, merci …
Entretien réalisé par Frédéric Sroussi
