Tribune Juive

Bourdon. Par Jacques Frojmovics

Bourdon

Comment ne pas l’avoir.

Pour certains, c’est un mal au cœur.

Pour d’autres, c’est plus bas que ça.

Les tripes.

Les kishkes.

Farcies dans un bon tcholent — rien de tel.

Pour les connaisseurs avertis, s’entend.

Mais bon.

Depuis le 6 octobre, on déguste…

pas vraiment comme on aurait aimé.

Non, je ne suis pas pleurnichard.

Quoique, franchement, il y aurait de quoi.

Merci, sans façon.

Mais le bourdon, pour moi, c’est surtout le battant.

Celui qui cogne, qui oscille, qui revient.

Je le compare — à qui veut bien l’entendre —

à l’aller-retour de nos tsoures

à travers notre longue histoire.

Les tsoures, pour les non-ashkénazes :

nos déboires.

En nettement pire.

Bon, explique, Yankele,

parce que là, ça devient plus obscur

que le sheol, la géhenne… enfin, vous voyez.

Ce que je veux dire, très simplement :

après la pluie, le beau temps.

Le seul hic,

c’est que chez nous,

l’amplitude du balancier…

personne ne la connaît.

Déjà au début du siècle passé,

à Vienne — capitale de l’intelligentsia —

Lueger se fait élire

sur un programme ouvertement antisémite.

Pas terrible pour nouzôtres.

Et flanqué d’un adjoint… juif.

Déjà à l’époque,

être “un bon juif”,

ça pouvait prendre des chemins… particuliers.

Puis le bourdon repart dans l’autre sens.

Et revient.

Toujours plus fort.

Toujours plus mal.

Et puis les Sixties.

Mai 68.

Tous ensemble — juifs et gentils —

regardent un horizon rose, égalitaire,

nie wieder…

Alors maintenant,

nouvel épisode.

Dans l’autre sens, les amis.

Ça passera.

Mais quand ?

© Jacques Frojmovics


Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …

Pour aller plus loin:

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