Tribune Juive

Hormuz est notre problème. Par Francis Moritz

Détroits sous tension : “leur” péage, notre crise mondiale

Un équilibre invisible qui tient le monde

Vouloir prétendre que ce qui se passe dans le détroit d’Hormuz n’est pas « notre guerre « témoigne du manque de lucidité et de courage de tous les dirigeants qui se refusent à regarder la réalité en face.  Rien n’a été fait pour neutraliser ce régime depuis 47 ans et le jour où les États Unis interviennent, on fait un caprice.  Non seulement on est resté passifs mais comme on n’a pas été prévenu, on détourne le regard. C’est devenu une habitude quand on ne veut pas ou on ne peut pas prendre de responsabilités. 

On se paie de mots

Vouloir consolider la paix et la stabilité après que les États Unis auraient réussi à conclure une paix relève du fantasme. La France avait eu son heure de gloire, en essayant de laver plus blanc que blanc. On voit où elle en est arrivée aujourd’hui, les caisses sont plus vides que vides. Il sera trop tard. C’est maintenant que l’heure a sonné. Prétendre ne pas avoir à intervenir est une faute grave. Ce qui suit donnera un aperçu du prix à payer si et quand les canons se seront tus.

Au cas où nous aurions la mémoire courte

Le siècle précédent avait aussi eu sa crise de courage et de lucidité. Quand Daladier et Chamberlain revinrent de Munich , après leur rencontre avec le Fuhrer le 29 septembre 1938, ils furent accueillis en héros. Ils avaient sauvé la paix. On connaît la suite : la guerre est déclarée le 3 septembre 1939 !

Comment tout ça fonctionne

Le fonctionnement du commerce mondial repose sur un principe aussi simple qu’essentiel : la liberté de circulation maritime. Ce principe est consacré par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay en 1982, qui établit que dans les détroits utilisés pour la navigation internationale, le passage doit être libre, continu et non entravé.

Le cadre juridique

Ce cadre juridique n’est pas une abstraction. Il constitue la condition même de la mondialisation contemporaine. Plus de 80 % des échanges mondiaux en volume transitent par voie maritime. Or ces flux ne circulent pas sur une mer ouverte et homogène : ils passent par une série de goulets d’étranglement — les détroits — qui concentrent l’essentiel des routes stratégiques.

Autrement dit, quelques dizaines de kilomètres d’eau suffisent à faire tenir — ou à déséquilibrer — l’ensemble du système économique mondial.

Les détroits : des points de passage vitaux et concentrés

Une vingtaine de détroits majeurs structurent les flux globaux. Ils relient les grands bassins maritimes et constituent des passages obligés.

Moyen-Orient et Afrique

Europe et Méditerranée

Asie – cœur du commerce mondial

Amériques et zones polaires

👉 Au total :

L’hypothèse : la tentation du péage

Imaginons un instant une rupture du cadre actuel.

Chaque État riverain considérerait que :

« Ce détroit longe mon territoire, il constitue une ressource nationale, j’en contrôle l’accès et j’en fixe le prix ».

Ce raisonnement introduirait une transformation majeure :
le passage maritime ne serait plus un droit, mais un service tarifé.

Une taxation en chaîne et cumulative

Dans ce scénario, chaque navire traverserait successivement plusieurs détroits payants.

Prenons une hypothèse basse :

Un navire franchissant :

👉 Coût supplémentaire :
150 000 dollars minimum par trajet

Dans les détroits multi-étatiques (Malacca, Bab el-Mandeb), les taxes pourraient se cumuler :

👉 Un même passage pourrait donner lieu à 3 ou 4 péages distincts

Une inflation globale immédiate

Les conséquences seraient mécaniques :

Transport maritime

Énergie

Biens de consommation

👉 Le péage maritime devient une taxe mondiale diffuse

Le chaos juridique et politique

Dans les détroits partagés, une question simple devient insoluble :

👉 Résultat :

Le détroit cesse d’être un passage neutre.
Il devient un espace de confrontation permanente.

L’effet domino : la fin d’un ordre maritime

Le risque majeur réside dans la contagion.

Si un État impose un péage :

👉 On passe d’un système global cohérent à une fragmentation des routes maritimes

Le choc énergétique et stratégique

Certains détroits sont irremplaçables.

Toute perturbation, même limitée, entraînerait :

👉 L’énergie devient un levier de pression indirect.

Les grands oubliés : les pays enclavés

Il existe dans le monde 44 États sans accès à la mer.

Ces pays dépendent :

Le droit international leur reconnaît un droit d’accès à la mer. Mais ce droit suppose une condition essentielle :
la liberté effective des routes maritimes.

Une double peine structurelle

Dans un monde de détroits payants :

Pour un pays côtier :

Pour un pays enclavé :

Il doit :

👉 Résultat :

Certains pays pourraient tout simplement être exclus du commerce mondial.

Le scénario catastrophe

1. Décision initiale

Un État impose un péage stratégique.

2. Réaction en chaîne

D’autres États suivent pour ne pas perdre de revenus.

3. Inflation mondiale

Transport, énergie, matières premières augmentent.

4. Désorganisation logistique

5. Militarisation

6. Fragmentation

7. Crise systémique

Une bombe à fragmentation mondiale

Ce phénomène fonctionnerait comme :

une bombe à fragmentation économique et géopolitique

Chaque détroit deviendrait :

Les effets seraient :

Une logique d’épidémie globale

La comparaison avec une pandémie est éclairante.

Comme une épidémie :

Les routes commerciales deviendraient les vecteurs de diffusion de la crise.

👉 La mondialisation, conçue pour fluidifier les échanges, deviendrait un accélérateur de désordre.

Conclusion – Une illusion de souveraineté

Transformer les détroits en péages pourrait apparaître comme un acte de souveraineté.

En réalité, ce serait :

Les détroits ne sont pas des ressources locales.
Ce sont des infrastructures globales.

Le jour où ils cessent d’être ouverts, le monde cesse d’être fluide.

Et la question change de nature :

Hormuz, Malacca, Gibraltar ne sont plus des enjeux régionaux.
Ils deviennent une crise globale.

Ce jour-là, il n’y aurait plus de “problème local”.
Il n’y aurait qu’une réalité : ce serait le problème de tous. Mais beaucoup trop tard. Au lieu d’avoir un seul foyer de conflit, ce sera devenu un chaos généralisé.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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