Tribune Juive

Sida mental et Syndrome Parasitaire de l’Autruche (SPA) : la preuve par Grasset. Par Julien Brünn

Donc, c’est la mobilisation générale contre le nouveau Grasset depuis que son PDG, Olivier Nora, a été démis de ses fonctions par la direction d’Hachette, propriété – horreur – d’un certain Bolloré. On dirait que tous ceux qui se pressent en défense autour du proscrit sont atteints d’une bollorite carabinée. Elle s’est déjà manifestée en d’autres occasions, mais cette fois-ci, la bollorite atteint le cœur de la gauche : ses intellectuels et satellites.  

Or il y a 40 ans, Louis Pauwels, un journaliste particulièrement « réac » (il dirigeait le Figaro magazine, c’est vous dire), avait osé diagnostiquer, alors que le vrai virus du sida faisait des ravages, un nouveau virus, qu’il a appelé sida mental, lequel infectait à la vitesse grand V (V comme virus) les esprits des étudiants français. À cette époque – 1986, 40 ans pile – ceux-ci ne souffraient pas encore de palestinisme aigu comme aujourd’hui mais d’antisélectionnite tout aussi aiguë. Ils manifestaient en masse (il y eut un mort) contre la loi dite Devaquet qui tentait d’introduire une sélection – petite – à l’entrée à l’université. Tentait seulement, car la loi fut finalement retirée.

On ne vous raconte pas le tollé que cette expression « sida mental » provoqua à gauche et au centre : elle était bien sûr, répétait-on, le signe d’une haine viscérale de la jeunesse : de la sélection, on ne pipa plus mot. C’était donc il y a 40 ans, et depuis personne n’a osé reprendre à son compte ce « concept », si l’on peut dire, de sida mental. Et pourtant, il semble bien exister des phénomènes d’épidémie mentale.  

Un auteur, Gad Saad (un Juif libanais exfiltré par ses parents juste à temps, au début de la guerre civile au Liban, et devenu canadien), a cependant remis l’ouvrage sur le métier. Il a publié, il y a déjà quatre ans, un réjouissant bouquin intitulé « Les nouveaux virus de la pensée » (FYP éditions) qui dit bien ce qu’il veut dire. Sous-titre : « wokisme, cancel culture, racialisme et autres idéologies qui tuent le bon sens ». Son concept à lui, il l’a appelé le Syndrome Parasitaire de l’Autruche : SPA, qu’il a emprunté à Freud. « Ce trouble, explique l’auteur, amène une personne à rejeter des réalités qui sont autrement aussi claires que la gravité. » Et ce « trouble » est communicatif. Le livre a été publié avant le 7 octobre 2023, et donc avant l’épidémie de palestinisme aigu dont nous parlions plus haut. Et bien sûr, avant la crise de Bollorite qui vient de frapper le monde de l’édition.

Fort de ce nouvel outil d’analyse, le psychiatre que je ne suis pas peut affirmer : les auteurs qui protestent bruyamment contre l’éviction d’Olivier Nora de la direction de Grasset sont atteints de SPA. Ils se sont contaminés les uns les autres. La tête dans le sable, ils refusent de voir ce qui pourtant est évident. Et ce qui est évident, c’est qu’il ne s’agit pas d’Olivier Nora ni même de Bolloré, mais de Boualem Sansal. Ils refusent d’entendre ce que Boualem Sansal a dit, une évidence qu’il faut surtout ne pas voir : attention, l’islam gagne. Ou l’islamisme. Ou les deux. À moins que ce ne soit la même chose. C’est de cela qu’il faut parler, et d’urgence. Parler : pas condamner. D’où la nécessité de sortir son journal de prison très vite. Tout le reste est littérature, c’est le cas de le dire, et… Syndrome Parasitaire de l’Autruche.

C’est très mal, dira-t-on, de psychiatriser des adversaires, ou simplement des personnes avec qui on n’est pas d’accord : ça pourrait finir comme en Union soviétique. Oui, c’est très mal. Mais ça fait tellement de bien…

© Julien Brünn

Gad Saad, Les nouveaux virus de la pensée, FYP, 2022.

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