L’ONU est à l’origine d’une loi que chaque état doit, habituellement, observer, sauf avec les exceptions.
C’est d’abord un principe : La responsabilité de protéger : un principe universel face au réel des puissances
Un principe né des échecs du XXe siècle
Adoptée en 2005 par l’ONU après les massacres du Rwanda et de Srebrenica, la doctrine de la Responsabilité de protéger (R2P) repose sur une idée simple : lorsqu’un État ne protège pas sa population — ou pire, la persécute — la communauté internationale doit intervenir. Ça c’est le principe énoncé. Jusque-là, tous les pays sont d’accord.
Ce principe vise quatre crimes majeurs :
- génocide
- crimes contre l’humanité
- crimes de guerre
- nettoyage ethnique
Sur le plan théorique, il marque une rupture. Il limite la souveraineté absolue des États. En pratique, son application reste conditionnée par la politique et pas par la morale, contrairement à ce que certains en Europe et ailleurs veulent laisser croire, par cynisme..
Le cas Iranien est exemplaire. La situation décrite perdure depuis 47 ans. Aucune intervention entrant dans le champ diplomatique n’a permis de libérer les populations, que ce soit en Iran ou au Liban. Qui veut traiter avec des terroristes qui provoquent des morts dans votre pays ? Aucun pays n’a bougé. Demain le régime voudrait d’approprier le détroit d’Hormuz, eaux internationales, Que dira t on ? On ne nous avait pas prévenus ?
Une doctrine structurée mais conditionnelle
La R2P repose sur trois piliers :
- Responsabilité de l’État
- Chaque État doit protéger sa population.
- Assistance internationale
- La communauté internationale peut aider les États.
- Intervention en dernier recours
- Si l’État échoue ou devient persécuteur ( Iran, Afghanistan) :
- sanctions
- pressions diplomatiques
- aide humanitaire
- intervention militaire
Mais cette dernière nécessite une autorisation du Conseil de sécurité. C’est à ce stade que l’ONU devient impuissante.
C’est le point de bascule. C’est à ce stade que commence l’instrumentation.
Le verrou du Conseil de sécurité
Cinq États disposent d’un droit de veto :
- États-Unis
- Russie
- Chine
- France
- Royaume-Uni
Conséquence directe :
| Situation | Résultat |
| Accord entre grandes puissances | Intervention |
| Opposition d’un seul membre | Blocage |
Cas concrets :
- Rwanda → aucune intervention
- Syrie → veto Russie/Chine
- Myanmar → veto Chine
- Gaza → blocages politiques
- Ukraine → veto Russie
À l’inverse :
- Libye (2011) → intervention autorisée ; mais qui a débouché sur le chaos qui règne encore à l’heure actuelle.
Le droit dépend du rapport de force.
Nous y voilà. Comme la Finul, force très théorique « d’interposition » entre Hezbollah et Israël, impuissance et complaisance fréquemment.
On a la bouche pleine du « droit international » tout en sachant qu’on n’a aucun moyen de l’exercer. Il s’agit donc d’une illusion grave, durable, empreinte de cynisme.
Un droit sans moyens d’exécution
L’ONU ne dispose pas :
- d’armée ,
- de police
- de pouvoir coercitif global
Elle dépend des États.
La R2P est donc :
- un principe juridique
- un principe moral. Ces deux principes restent des principes, balayés par les États membres du Conseil de sécurité, qui ne fonctionnent que par des rapports de force. On est loin du droit international.
- mais pas un mécanisme automatique
L’instrumentalisation du droit international
Le droit international n’est pas absent. Il est utilisé.
Un usage à géométrie variable
Les principes sont mobilisés selon les intérêts :
- invoqués pour intervenir
- ignorés lorsqu’ils contraignent
- bloqués lorsqu’ils dérangent
Exemples :
- Libye → droit mobilisé
- Syrie → droit paralysé
- Irak (2003) → droit contourné
- Ukraine → droit affirmé sans capacité d’imposition
Le droit devient un langage politique, cynisme des forts.
Le double standard structurel
| Situation | Application du droit |
| Pays faible | Forte pression |
| Pays stratégique | Application sélective |
| Alliés | Protection implicite |
| Adversaires | Invocation maximale |
Le droit n’est pas universel dans son application. Il est conditionnel.
Les états sont d’autant plus impuissants et incapables d’appliquer ces principes qu’ils invoquent avec force le droit international pour justifier leur immobilisme et leur cynisme dans des situations qui durent depuis des décennies. Concernant le Liban, certains font remonter les liens historiques avec ce pays aux croisades, d’autres à l’accord Sykes Picot du 16 mai 1916 ; en faisant d’oublier l’attentat du Drakkar le 23 octobre 1983 réalisé par le Hezbollah.
Qui a empêché les Khmers rouges au Cambodge, petit pays, sans ressources, de provoquer plus de cinq millions de morts ?
Qui est intervenu au Soudan pour empêcher plus de trois cent mille morts dejà comptabilisés, et on continue ?
Qui a pu empêcher en Afghanistan, les Talibans de renvoyer les femmes au moyen Age ?
Quand l’Onu et les grands pays sont-ils intervenus pour mettre fin aux pendaisons, tortures, emprisonnements en Iran ; là ségrégation dont les femmes sont victimes à Kaboul ?
Le rôle décisif du veto
Un seul État peut :
- bloquer une intervention
- empêcher une résolution
- neutraliser la R2P
Le droit est subordonné à la décision politique.
Depuis 47 ans le régime des Mollahs impose une dictature sanguinaire à un peuple de 90 millions.
Qui a proposé d’intervenir pour que ce peuple soit enfin libéré ?
Effets systémiques
- Affaiblissement de la crédibilité du droit
- Retour central de la puissance
- Usage du droit comme outil de communication et de pression
Le problème n’est pas l’absence de droit, mais l’absence de capacité à l’imposer.
Des applications partielles et hybrides
Dans la majorité des cas, la R2P est indirecte :
| Pays | Action |
| Côte d’Ivoire | ONU + France |
| Mali | intervention française puis ONU |
| Centrafrique | intervention + ONU |
| Irak (2014) | frappes contre Daech |
| Syrie | sanctions |
| Myanmar | enquêtes |
| Ukraine | aide militaire |
La logique de protection existe, mais le cadre juridique est largement fragmenté.
Trois modèles d’intervention
| Type | Légalité ONU | Exemple |
| Mandat complet | Oui | Libye |
| Appui partiel | Semi | Mali. La France a quitté le pays depuis. |
| Sans ONU | Non | Kosovo, Irak 2003 |
Le Kosovo introduit une notion clé : “illégal mais légitime”.
Quand les grandes puissances convergent
Accords rares, mais explicables. Ici on change de vocabulaire, action légitime
Cas typiques :
- Koweït (1991) → stabilité pétrolière
- Afghanistan (2001) → lutte contre le terrorisme, puis départ de tous les pays occidentaux.
- Libye (2011) → régime isolé
- Somalie (piraterie) → commerce mondial
La règle réelle
| Situation | Décision |
| Aucun intérêt majeur | Action |
| Intérêt d’une puissance | Veto |
| Conflit de puissances | Blocage |
| Intérêt commun | Intervention |
Qui mobilise réellement la R2P ?
Acteurs constants :
- États-Unis
- France
- Royaume-Uni
- OTAN
Exemples :
- Libye → application officielle
- Irak (2014) → protection des Yézidis persécutés
- Mali → stabilisation Depart de la France
- Centrafrique → protection civils
- Kosovo → justification morale
Conclusion :
Seuls les États capables d’intervenir utilisent ce principe.
Iran et Afghanistan : les limites structurelles
Afghanistan
- intervention 2001 : légitime défense
- argument humanitaire présent
- pas une R2P formelle
Aujourd’hui :
aucune intervention malgré la situation interne. Les droits de l’homme et de la femme sont bafoués et ignorés.
Iran
Actions limitées :
- sanctions
- résolutions
- pressions diplomatiques, depuis 47 ans, nos pays occidentaux mettent en avant l’action diplomatique, aucun résultat, le conflit actuel en est la dramatique démonstration. La tentative de nationalisation du détroit d‘Hormuz , en clair des eaux internationales (application du droit et du traité qui le regit) est une démonstration de plus. Désormais nous sommes et serons en permanence face au déni du droit remplacé par le rapport de force. Aujourd’hui Hormuz demain, Bab el Mandeb, après demain Malacca en Asie , des autoroutes à péages ?
Liban
L’effondrement du pays est provoqué par la présence du Hezbollah organisation terroriste, affidé du régime de Téhéran, La corruption du pays est telle, que le désarmement de cette milice, voté par l’Onu, ne peut intervenir par les seules forces libanaises beaucoup trop faibles. Ce qu’on savait des le départ. Le Hezbollah qui n’a jamais cessé de tirer sur le nord d’Israel a déclenché une guerre tres active à la demande de Téhéran. après l’engagement des États Unis et Israel. L’état hébreu doit se débarrasser de cette menace permanente pour le nord du pays, sous les tirs de roquettes. L’opération est en cours, c’est Israel seul, qui doit régler cette situation alors que les grands amis de toujours du Liban n’ont rien pu faire depuis des années. Sinon l’état du pays serait différent.
Pourquoi :
- puissance militaire
- enjeu stratégique majeur
- soutien Russie/Chine /Iran
Règle implicite du système
| Type de pays | Intervention R2P |
| Pays faible | Possible |
| Pays isolé | Probable |
| Pays stratégique | Rare |
| Protégé par grande puissance | Impossible |
Conclusion
La Responsabilité de protéger existe.
Mais elle fonctionne uniquement dans un cas précis : lorsque les intérêts des grandes puissances convergent avec l’objectif moral.
Sinon :
- blocage
- contournement
- ou inaction
La R2P n’est pas un mécanisme automatique.
C’est :
- un cadre juridique
- un principe moral
- un outil politique
Et dans l’ordre réel du monde : la puissance décide quand le droit s’applique. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris ou accepté, le droit ce n’est pas la morale. Une fois de plus se confirme la déclaration bien connue de feu Lord Palmerston au Communes, reprise par Churchill et le général De Gaulle : les états n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.
