Les tensions et les crises dans le détroit d’Ormuz et dans le golfe Persique, loin de constituer une pression sur le régime iranien, lui fournissent au contraire un carburant pour renforcer sa cohésion interne. Elles lui permettent également d’intensifier la répression et de transformer les rues en véritables garnisons militaires.
Selon l’analyse inspirée des travaux de Max Weber, les régimes qui ne tirent pas leur légitimité des élections et qui souffrent, de ce fait, d’une faible performance économique — comme en témoigne l’extension de la pauvreté à plus des deux tiers de la population — tendent à produire non pas de la richesse, mais un « état d’urgence ». Dans ce contexte, la crise se substitue à la légitimité. L’existence d’un ennemi permanent devient une condition de la cohésion interne. Par ailleurs, ces régimes recourent aux tensions extérieures pour détourner l’attention de leurs crises internes.
Si la capacité de résilience du régime face aux bombardements et aux attaques militaires a pu dépasser certaines prévisions, sa résistance face à la contestation populaire demeure extrêmement fragile. En témoignent la répression sanglante des manifestations de janvier, marquée par la mort de dizaines de milliers de civils non armés, ainsi que l’exposition de leurs corps à travers les villes du pays.
Les négociations du dimanche 12 avril ont montré que le régime n’est ni capable ni disposé à renoncer à sa stratégie, fondée sur trois piliers : le programme nucléaire, le développement de missiles et le recours à des forces supplétives — une stratégie conçue pour produire et entretenir les crises. Dans ces conditions, la paix apparaît plus dangereuse pour le régime que la guerre. En réalité, il est difficile de trouver un moment de son existence qui ne soit pas marqué par la guerre ou la crise.
Gholamreza Ghasemian, un religieux proche du bureau du Guide suprême, a explicitement averti dans un discours prononcé le 8 avril 2026 que toute diminution de la présence sécuritaire dans les rues pourrait conduire à une « sédition ». Il a déclaré : « Nous ne sommes optimistes sur rien, même pas sur ces deux semaines du cessez le feu Si les rues et les espaces publics se vident (des forces du régime), l’ennemi en profitera et la “sedition” des “Monafeghin” commencera et évoluera progressivement vers une autre phase. » Le terme « Monafeghin » (« hypocrites ») est une appellation péjorative utilisée par le régime pour désigner l’Organisation des Moudjahidine du peuple, considérée comme son principal adversaire.
La guerre actuelle s’est produite alors que le régime faisait face à un soulèvement majeur. Elle a interrompu la dynamique de ce mouvement, empêchant son évolution vers un changement structurel. Certes, le guide suprême Ali Khamenei, avant sa morte le 28 février au premier jour de la guerre actuelle, a temporairement repris le contrôle des rues par une répression violente. Toutefois, deux jours avant le déclenchement de la guerre, des unités de la résistance iranienne ont mené une attaque contre un complexe hautement sécurisé lié à Khamenei, infligeant des pertes significatives aux forces du régime — une opération sur laquelle celui-ci est resté silencieux. Ce silence reflète-t-il la crainte du régime face à ces forces et ne révèle-t-il pas sa vulnérabilité ?
Si cette guerre a conduit à l’élimination de nombreux commandants militaires ainsi que de responsables sécuritaires et politiques, affaiblissant ainsi le régime, elle ne saurait pour autant entraîner sa chute par des moyens purement militaires.
Dans cette perspective, le peuple iranien et les forces de résistance apparaissent comme des acteurs centraux pour tout changement en Iran et pour l’établissement d’une paix durable au Moyen-Orient.
© Hamid Enayat
