Le vice-président J. D. Vance doit mener les négociations à Islamabad pour le compte des Etats-Unis
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Donald Trump a chargé son vice-président de trouver un terrain d’entente avec les Iraniens à Islamabad. L’occasion pour J. D. Vance de rebâtir sa réputation de héraut de « l’Amérique d’abord », opposé aux interventions extérieures.
A peine revenu de Budapest où il a fait campagne pour Viktor Orban, J. D. Vance a quitté Washington vendredi matin pour rejoindre le Pakistan. Le vice-président est à la tête de la délégation américaine envoyée à Islamabad pour tenter de parvenir à une paix durable entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël, avant la fin de la trêve de quinze jours annoncée mardi.
« Comme l’a déclaré le président des Etats-Unis, si les Iraniens sont prêts à négocier de bonne foi, nous sommes tout à fait disposés à leur tendre la main », a-t-il déclaré avant d’embarquer à bord d’Air Force Two. « S’ils tentent de se moquer de nous, ils verront que notre équipe de négociation n’est pas si réceptive que ça », a-t-il mis en garde.
Fracture de l’électorat Maga
J. D. Vance s’était pourtant fait discret depuis le début du conflit. Le vice-président américain a construit son identité politique sur son opposition aux interventions extérieures, corollaire à ses yeux de la doctrine « America First » incarnée par Donald Trump. Il était l’un des rares proches du président à l’avoir mis en garde, en vain, face aux risques d’embourbement en Iran et de fracture de son électorat.
Il a désormais l’occasion de devenir l’homme qui aura ramené la paix au Moyen-Orient, s’il parvient à combler le gouffre entre les demandes américaines et les exigences de Téhéran. Le temps presse. La flambée des prix à la pompe pèse sur la popularité des républicains, et même sur Truth Social, le réseau personnel et ultra-partisan du président, les condamnations fusent. Sa menace de mort sur la civilisation iranienne a laissé des traces.
Le cessez-le-feu est fragile, la liberté de circulation n’a pas été rétablie dans le détroit d’Ormuz et les tensions restent vives dans le golfe Persique et au Liban. L’Iran réclame la fin des sanctions, le retrait des troupes américaines de la région et des réparations pour les dommages causés par les bombardements américano-israéliens. Les Etats-Unis veulent mettre la main sur l’uranium enrichi iranien pour s’assurer que le régime des mollahs ne puisse pas développer d’arme nucléaire.
La présence de J. D. Vance à Islamabad reflète l’importance de ces négociations pour la Maison-Blanche, pressée de s’extirper du conflit sans perdre la face. Le vice-président sera accompagné des envoyés spéciaux de Donald Trump, son gendre Jared Kushner et l’ancien promoteur immobilier Steve Witkoff. Ces derniers avaient mené des discussions en amont du déclenchement de l’opération « Epic Fury », prétendant donner une chance à la diplomatie, ce qui risque de laisser des traces face aux Iraniens.
De « troll » à diplomate
Le vice-président a joué un rôle clé ces dernières semaines pour arriver à une trêve avec l’Iran, d’après CNN. Il aurait multiplié les contacts avec le Pakistan, notamment son ministre de la Défense, pour maintenir un canal ouvert avec Téhéran. Le voisin de l’Iran s’est prêté à des contorsions inédites pour aider les Américains à parvenir à un cessez-le-feu. Le message du Premier ministre pakistanais appelant à une trêve mardi soir, deux heures avant l’expiration de l’ultimatum de Donald Trump, avait été validé par la Maison-Blanche avant publication, a confirmé le « New York Times ».
Le vice-président a tout intérêt à ce que les négociations réussissent. Un succès à Islamabad lui donnerait une nouvelle dimension, un atout de poids en vue de la présidentielle de 2028 alors que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio lui a fait de l’ombre ces derniers mois.
Le défi n’en reste pas moins de taille pour J. D. Vance, appelé à mettre un terme à une guerre qu’il ne voulait pas. Il se retrouve projeté à la tête de négociations qui s’annoncent extrêmement difficiles et potentiellement techniques, alors qu’il s’est jusqu’à présent surtout fait connaître pour son habileté à « troller » vulgairement les opposants du président.
Avant de rentrer de Budapest, il a ainsi questionné avec sarcasme l’intellect du président du Parlement iranien, qui avait critiqué des manquements à l’accord de cessez-le-feu. « Je me demande vraiment s’il comprend bien l’anglais, car certaines choses qu’il a dites n’avaient franchement aucun sens », a-t-il glissé aux journalistes qui l’accompagnaient en Hongrie.
Bastien Bouchaud (Bureau de New York)
