Tribune Juive

Iran : Dix exécutions politiques en une semaine dans l’ombre de la guerre. Par Massoumeh Raouf

11 avril 2026

Alors que le régime iranien instrumentalise les tensions régionales pour instaurer un état d’urgence permanent, une vague d’exécutions politiques frappe à nouveau le pays.  En l’espace d’une semaine, dix opposants ont été envoyés à la potence. Cette stratégie de la terreur, face à laquelle les chancelleries occidentales restent tragiquement silencieuses, vise à briser l’élan du soulèvement de janvier 2026 en éliminant les cadres de l’opposition et la jeunesse insurgée.

Depuis la fin du mois de mars, le système judiciaire des mollahs a accéléré sa cadence meurtrière. Depuis le 30 mars, dix prisonniers politiques, membres de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) ou jeunes insurgés du soulèvement de janvier 2026, ont été exécutés en secret après des simulacres de procès présidés par le juge d’instruction Abolghasem Salavati.

Une semaine de sang : La chronologie de l’hécatombe

L’offensive macabre a débuté le lundi 30 mars avec l’exécution de Mohammad Taghavi, 58 ans, et Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar, 59 ans. Ces deux cadres dévoués de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) étaient des rescapés du massacre des prisonniers politiques de 1988 ; ils avaient passé des décennies à résister derrière les barreaux avant d’être à nouveau arrêtés pour leur rôle dans l’organisation des unités de résistance. Dès le lendemain, le 31 mars, la potence frappait à nouveau à la prison de Ghezel Hesar : Pouya Ghobadi, ingénieur électricien de 33 ans originaire de Sanqar, et son compagnon de lutte Babak Alipour, 33 ans, originaire de Racht (Gilan), étaient pendus après avoir enduré des années de torture et d’isolement cellulaire.

L’exécution de Babak Alipour s’est déroulée dans un contexte de persécution familiale absolue. Depuis le 26 janvier dernier, sa mère de 63 ans,— figure active de la campagne « Mardis contre l’exécution » — ainsi que sa sœur Maryam et son frère Rouzbeh, ont été arrêtés et incarcérés. Cette stratégie de « prise d’otages familiale » illustre la volonté barbare du régime de briser non seulement le résistant, mais tout son ancrage familial.

Le 2 avril, le régime franchissait un nouveau seuil de cruauté avec l’exécution d’Amirhossein Hatami. À peine âgé de 18 ans, ce jeune manifestant du soulèvement de janvier 2026, arrêté par les renseignements des pasdarans, est devenu le symbole d’une génération sacrifiée. Accusé de « Moharebeh » (guerre contre Dieu) pour avoir prétendument attaqué un site militaire, son exécution illustre la panique d’un pouvoir qui assassine sa propre jeunesse. Deux jours plus tard, le samedi 4 avril, l’exécution des ingénieurs Vahid Bani Amerian et Abolhassan Montazer marquait un tournant politique majeur. Bani Amerian, 34 ans, brillant diplômé d’un master en management et ingénieur électricien, était une figure de l’élite académique engagée ; arrêté à plusieurs reprises depuis 2017, il avait déjà passé six ans en détention. À ses côtés, Abolhassan Montazer, 67 ans, ingénieur architecte et ancien prisonnier politique sous le Chah, incarnait la mémoire de la résistance avec plus de 11 ans passés dans les geôles des mollahs. En les accusant d’avoir dirigé des unités opérationnelles et fabriqué des lanceurs explosifs, le régime avoue son incapacité à contenir une opposition structurée au cœur même de la capitale.

Cette vague de barbarie s’est poursuivie les dimanche 5 et lundi 6 avril. Après les exécutions de Mohammad-Amin Biglari (19 ans) et Shahin Vahedparast (30 ans), le régime a envoyé à la potence Ali Fahim, un autre jeune insurgé de janvier 2026, cruellement torturé depuis son arrestation. Condamnés par le juge d’instruction Salavati pour avoir tenté de s’emparer d’arsenaux militaires lors des récentes révoltes de janvier, leur mise à mort témoigne du désespoir d’une théocratie aux abois. Face à une jeunesse radicalisée qui ne craint plus de répondre à la violence d’État par la force de la liberté, le régime n’a plus que la corde pour seul argument de survie.

La « Guerre de diversion » : Le dernier rempart d’un régime aux abois

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a fermement dénoncé ces actes, et a exigé l’arrêt immédiat de toutes les pendaisons. De son côté, Amnesty International a alerté sur le caractère secret et arbitraire de ces exécutions, menées après des aveux extorqués sous la torture et des procès manifestement iniques, tout en soulignant que sept autres prisonniers politiques restent en danger de mort imminent. Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur l’Iran, a également exprimé sa vive inquiétude, notant que le régime utilise le contexte de la guerre et les coupures d’Internet pour masquer ses atrocités.

Cette intensification des exécutions est une manœuvre politique délibérée. En agitant le spectre d’un conflit extérieur, Khamenei cherche à transformer l’Iran en une zone de non-droit où toute contestation est assimilée à une trahison en temps de guerre. C’est la même logique cynique qui avait conduit au massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988.

Face à cette barbarie, Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a condamné ces exécutions qu’elle qualifie de « crimes contre l’humanité ». Dans son message officiel, elle a déclaré : « L’inaction face à la machine de torture et de mise à mort de la dictature religieuse est une violation flagrante des principes des Nations unies et des valeurs dont se réclame l’Union européenne. » Elle a exhorté la communauté internationale à briser son silence : « Il est temps pour l’ONU et les instances internationales de prendre des mesures immédiates pour arrêter ces exécutions. Les relations avec ce régime doivent être conditionnées à l’arrêt de la peine de mort et à la fin de la répression. »

© Massoumeh RAOUF

Écrivain – « Évasion de la prison d’Iran ». Editions Balland – « Un petit prince au pays des mollahs ». Editions S-Active (livre BD) – « O mères d’Iran ». Editions Intervalles​ –

Membre de la Société des Gens de Lettres (SGDL)

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