
Faut-il parler de cela ? La politique à l’ère du conte de fées? Faut-il vraiment parler de cela ?
De l’ idylle prêtée à Jordan Bardella avec Princesse Maria Carolina de Bourbon-des Deux Siciles. D’une photographie qui a fait des centaines de milliers de vues sur les RS. D’un récit amplifié à l’extrême à peine il était esquissé.D’un frisson médiatique sans enjeu … apparent.
A priori, non. Ce n’est pas de la politique. Juste une anecdote. Une anecdote fabriquée pour devenir autre chose. Voire un « coup » politique. ( C’est le jeu après tout )
Et pourtant, il faut en parler, Non pour ce que c’est. Mais pour ce que cela dit. Car ce qui se joue ici, -peut-être une romance-, est une mise en scène, une scénographie du pouvoir à l’ère de l’image, une manière de raconter la politique autrement, via un récit simple, porteur de désir pour nos Perrette en leur demeure et autres amateurs de bluette.
Mais la scène dit davantage encore: un homme politique-une princesse. L’ascension et le raffinement. La République et l’aristocratie. Le populaire et le symbolique.
Tout est là et tout fonctionne. Un type de narration loin d’être anodin. Qui participe d’un mouvement plus profond, transformant des figures politiques en personnages. Figures auxquelles on s’attache ou que l’on rejette, comme dans une fiction, la politique devenant lisible comme un conte, avec ses codes, ses archétypes, ses projections.
Et, surtout, avec son pouvoir d’adoucissement. Car que produit une telle image, sinon qu’elle humanise, adoucit, familiarise, détourne en déplaçant le regard.
Ça y est: le sujet est devenu politique, non pas dans l’idylle elle-même, mais dans l’esthétisation qu’elle permet. Dans cette normalisation douce, cette inscription dans un imaginaire presque romanesque, où les aspérités disparaissent derrière les images.
Bardella-Maria Carolina: c’est désormais une séquence centrale à l’époque où les images circulent plus vite que les idées, voire les remplacent.
Alors fallait-il parler de cela ? Oui. À condition de ne pas s’y tromper. C’est juste une histoire de notre époque. La politique à l’ère du conte de fées. Un immigré italien, un gars de banlieue avec une princesse. La preuve que tout est possible?
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