Tribune Juive

Cessez-le-feu ? Par Guy Millière

J’attendais, avant d’écrire un autre article, que le délai fixé par l’ultimatum de Donald Trump soit écoulé.

Je dois dire que je ne m’attendais pas à l’annonce d’un cessez-le-feu mutuel de quinze jours, et je dois ajouter que cette annonce me laisse très sceptique.

Trump a dit lundi que les dix points proposés par le régime résiduel des Gardiens de la Révolution n’étaient pas satisfaisants et, si on les lit, c’est le moins qu’on puisse dire. Le régime résiduel demandait un accord le garantissant contre toute attaque future, une fin permanente de la guerre, une fin des frappes d’Israël contre le Hezbollah, la levée de toutes les sanctions, la réouverture du détroit d’Ormuz moyennant un péage de deux millions de dollars par navire accordé au régime (la moitié de la somme étant donnée par le régime à l’émirat d’Oman), un versement de fonds pour la reconstruction des dommages infligés au régime par Israël et les États-Unis, et le versement au régime d’une compensation financière par Israël et les États-Unis. À mes yeux aucun de ces points n’est acceptable. Aujourd’hui Trump dit qu’il faut en discuter !

Ou bien il a obtenu une modification de ces points et un changement radical de la part du régime résiduel, ou bien c’est incompréhensible, et cela passera pour un renoncement de la part de Trump, ce qui sera très dommageable, voire catastrophique, pour sa crédibilité. Et cela aura des conséquences politiques lourdes. Si je me trompe et si Trump a obtenu une reddition, je reconnaîtrai que je me suis trompé.

Trump a dit que le cessez-le-feu est conditionnel et dépend de l’ouverture immédiate et sans danger du détroit d’Ormuz par le régime. Au moment où j’écris, cette ouverture n’a pas eu lieu, et je crains qu’elle n’ait pas lieu. Si je me trompe là encore (on le saura très vite), je reconnaîtrai là encore que je me suis trompé.

Un arrêt de la guerre ne me paraîtrait acceptable qu’après la défaite du régime résiduel, et je dois le dire, suite à la démonstration de force et d’héroïsme inhérente au sauvetage du deuxième membre de l’équipage du F15 abattu, cette défaite semblait tout à fait possible. Quand on est en train de gagner une guerre, on n’accepte pas un cessez-le-feu avec l’ennemi, sauf si celui-ci capitule et le montre concrètement.

Il se peut que les membres du régime résiduel aient eu peur et aient dit céder, mais ces membres sont des menteurs et des fanatiques, et la confiance qu’il est possible de leur accorder est inférieure à zéro. Et il me paraît impensable que Trump puisse leur accorder la moindre confiance. En supplément, accorder un délai de quinze jours ? Si le régime résiduel est prêt à une reddition, il ne faut pas quinze jours pour qu’il le dise et que la reddition se concrétise.

Le cessez-le-feu de deux semaines a été demandé par le Pakistan, pays islamique lié à la Chine, et c’est le Pakistan qui a officiellement demandé à ses « frères iraniens » d’ouvrir le détroit d’Ormuz, comme un geste de bonne volonté » ! Le régime résiduel a répondu à ses « frères » pakistanais, pas à Donald Trump ! Et le communiqué du régime résiduel dit que l’ouverture du détroit se fera « en coordination » avec les forces armées iraniennes !

Ce qui semble se profiler est une survie du régime résiduel, et une continuation de l’oppression pesant sur le peuple iranien qui se soldera par la continuation d’exécutions sommaires (des exécutions ont lieu en ce moment), et ce sera une trahison du peuple iranien.

Ce qui se profilera si ce que je viens d’écrire se vérifie (j’espère me tromper, oui) sera une reconstruction d’une dictature militaire de type totalitaire en Iran, et cette dictature se reconstruira avec l’appui de la Russie et de la Chine. Les destructions seront effacées. Et la dictature ne renoncera à rien.

Tôt ou tard, la menace pesant sur Israël se remettra en place, d’ailleurs elle n’a pas cessé, et ce cessez-le-feu ne semble pas jusqu’à nouvel ordre concerner le Hezbollah et les milices Houthi, qui jusqu’à nouvel ordre, et sauf erreur de ma part, n’ont pas dit accepter un cessez-le-feu.

Tôt ou tard, le régime cherchera à se doter d’une arme atomique (Trump aurait-il obtenu quoi que ce soit du régime sur ce point ? Des assurances verbales de menteurs seraient inutiles) et si les démocrates reviennent au pouvoir à Washington, le régime pourrait y parvenir, ce qui serait une catastrophe planétaire.

Les émirats du Golfe, si les choses se passent ainsi, resteront menacés et pourraient avoir intérêt à se rapprocher de la Chine. Les pays arabes se tournent en général vers la puissance dominante.

Trump avait l’occasion de marquer l’histoire. Je crains qu’il soit en train de passer à côté de cette occasion.

J’espère faire preuve d’un pessimisme excessif, me tromper sur tout, oui, et retrouver très vite des raisons d’être optimiste grâce à des nouvelles montrant que Trump est parvenu à arracher une reddition du régime résiduel. Pour l’heure, je reste pessimiste.

Cessez-le-feu ? Vraiment ?

Et dans trois semaines, Trump devrait obtenir l’autorisation du Congrès pour continuer la guerre si elle devait continuer.

Avoir très largement détruit le régime, l’avoir conduit à être résiduel, et renoncer à le faire tomber ? Avoir déployé la force déployée par les États-Unis dans la région pour la retirer ensuite en n’ayant quasiment rien obtenu ? Vraiment ?

Suis-je trop pessimiste ?

© Guy Millière pour Dreuz.com Guy Millière

https://www.dreuz.com/2026/04/cessez-le-feu-326857.html

Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il a été professeur à l’Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il a été président de l’Institut Turgot, un think tank  libéral à Paris et a collaboré à de nombreux think tanks aux Etats-Unis  . Il a été expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France et  visiting Professor à la California State University, Long Beach. Il a été traducteur et adaptateur en langue française pour le site DanielPipes.org, éditorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, upjf.org, membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman, rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992 Il a participé aux travaux de l’American Entreprise Institute et de l’Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de France. Il a participé à l’édition d’ouvrages libéraux contemporains comme La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia, puis dans la collection « Au service de la liberté » qu’il a créée aux éditions Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992,  vice-président de l’Institut de l’Europe libre. Il fait partie du comité directeur de l’Alliance France-Israël. Il est Distinguished Senior Fellow au Gatestone Institute, New York, et Senior Fellow a l’American Freedom Alliance, Los Angeles. Il est l’auteur de plus de cinquante livre et de milliers d’articles en français et en anglais.

Quitter la version mobile