Tribune Juive

Le procès cinématographique de la Collaboration. Par Sydney Touati

« Les rayons et les ombres« 

Le procès de la Collaboration, du stalinisme et du pacifisme n’a jamais eu vraiment lieu. Le cinéma tente de combler cette lacune. Il fallait faire preuve de courage et d’audace pour mettre les pieds dans ce « plat » que les Français n’ont toujours pas digéré.

« Les rayons et les ombres« , un film de Xavier Giannoli, braque le projecteur sur Jean Luchaire, un journaliste condamné à mort et exécuté en 1946. Sa fille Corinne, dont il est très proche, est condamnée à 10 ans d’indignité nationale. Traumatisé par la guerre de 14-18, Luchaire, plutôt à gauche, est un ami d’Otto Abetz, avec lequel il partage un idéal de paix et de concorde entre l’Allemagne et la France.

Avec Abetz nommé ambassadeur de l’Allemagne nazie de 1940 à 1944,  le journaliste français devient la pièce maîtresse de la « Collaboration » prônée par le régime de Vichy. Son pacifisme-ultra le conduit à approuver Munich. Il est chargé de mission par Laval, a la haute main sur la totalité de la presse de Zone Nord. Le 22 juillet 44, on le retrouve au côté de Déat et Darnand avec lesquels il appelle à une lutte intransigeante contre la Résistance.

Le film retrace le parcours dramatique de ces deux amis évoluant du « pacifisme » au nazisme. Leur histoire entre très curieusement en résonnance avec notre époque.  

Luchaire appartient à l’espèce des faibles, des lâches, sans structure psychique solide, sans morale, ambitieux aimant le luxe et l’argent. C’est un arriviste sans scrupule mais conscient des graves transgressions qu’il commet. Suivant son intérêt immédiat, il tombe sous l’emprise du jeune Otto Abetz, déterminé à défendre la cause du IIIème Reich, par la séduction et la corruption. L’argent volé aux Juifs coule à flots. Le journaliste raté est un père aimant, possessif,  qui, ayant perdu tout repère moral, sombre dans les pires désordres, entraînant sa fille dans son inexorable chute. 

Ce film peut être vu comme une allégorie de l’histoire de la France contemporaine. Celle du couple de Jean Luchaire et sa fille renvoie à celle de Pétain et des Français… à celle de Vichy dirigé par un maréchal de France ambitieux, usant de sa gloire passée,  se faisant passer à l’heure de la défaite  pour le père protecteur des Français. Tous sombrent dans la faillite morale préalable à la criminalité la plus abjecte. Lorsqu’un pays chasse et persécute ses Juifs, il ouvre la porte à la violence extrême, celle du paganisme et de l’idolâtrie.

Au cœur de ce basculement, l’enchainement de l’horreur avec la diabolisation des Juifs, leur exclusion, le vol de leurs biens et au final, leur extermination.

Aujourd’hui semble poursuivre l’œuvre d’hier. L’U.E. déguise sa haine des Juifs sous celle d’Israël… et continue de se vider de ses Juifs… pour devenir Judenrein. En 1880, les Juifs d’Europe représentaient 90% des Juifs du monde. Actuellement, ils ne représentent plus que 9% des Juifs du monde, même pourcentage que celui qui existait au Moyen âge.  

Le traumatisme provoqué par la période de la Collaboration est toujours vivace. Les Français d’aujourd’hui ne se sentent-il pas abandonnés, trahis par une classe dirigeante qui, comme celle de Vichy,  a perdu ses repères moraux, se laissant porter par le vent mauvais du pacifisme, de l’anti-américanisme, de l’antisémitisme-anti-sionisme-anti-israélisme… invariants structurels d’une politique immobile pour ne pas dire inerte ? Comme hier, il vient un moment fatal où l’antisémitisme de gauche rejoint, (prend la place ?) celui de l’extrême droite raciste. Cela donne les Jean Luchaire, Laval, Marcel Déat, René Bousquet, Jacques Doriot… tous issus de la gauche… et leurs héritiers Jean-Luc Mélenchon, Thomas Portes, Rima Hassan… Jeremy Corbyn…

Ce film donne à penser, nous invitant à réfléchir sur cette période qui, à bien des égards, demeure obscure, énigmatique, mais dont nous sommes tributaires dès lors que 80% du personnel politique de la France actuelle  en est issu. 

Le film est servi par des acteurs remarquables, notamment par Jean Dujardin, Nastia Golubeva et une mise en scène rigoureuse.   

A voir…

© Sydney Touati

Avocat, essayiste, Sydney Touati s’intéresse aux transformations contemporaines du droit public, du droit international et à leurs effets sur les États démocratiques. Dernière publication: « De Voltaire à Badinter. Un essai sur la transformation du droit en France »

Quitter la version mobile