Tribune Juive

Comment la France en est venue à vendre son électricité à perte et à ruiner un atout stratégique. Par Paul Germon

Pendant des décennies, la France disposait d’un avantage absolument unique en Europe : elle produisait environ 75 % de son électricité grâce au nucléaire. Cela signifiait trois choses très simples pour le citoyen :

Autrement dit, la France avait fait de l’énergie un instrument de souveraineté.

C’est cet atout que des décisions politiques récentes ont progressivement détruit.

Comprendre simplement le « prix marginal » : le cœur du problème

Imaginons une situation concrète.

Pour alimenter un pays en électricité, plusieurs types de centrales sont mobilisées :

En Europe, le prix de l’électricité est fixé d’une manière très particulière : on ne prend pas le coût moyen de production, mais le coût de la dernière centrale nécessaire pour satisfaire la demande. C’est ce qu’on appelle le “prix marginal”.

Prenons une image simple :

Même ceux qui produisent à 50.

Ce système, conçu pour organiser un marché unique, a une conséquence majeure : il efface les avantages des pays qui produisent à bas coût.

Ainsi, la France produit son électricité nucléaire à coût relativement faible, mais elle la vend au prix du gaz, beaucoup plus élevé. Elle ne bénéficie donc plus de son propre avantage industriel.

Pourquoi nous vendons à perte : le mécanisme ARENH

À ce premier mécanisme s’en ajoute un second, encore plus déstabilisant.

EDF est obligée de vendre une partie de son électricité nucléaire à des fournisseurs concurrents à un prix fixé administrativement, longtemps bloqué autour de 42 € le mégawattheure.

Concrètement :

Lorsque les prix montent fortement, EDF est contrainte de continuer à vendre à bas prix, et parfois même d’acheter de l’électricité plus chère pour honorer ses obligations. Elle subit donc un manque à gagner considérable.

C’est cela, en pratique, vendre à perte.

Pourquoi la France a accepté ces règles

Ces mécanismes sont issus de la politique énergétique européenne, que la France a acceptée et mise en œuvre.

L’objectif affiché était d’introduire de la concurrence, de faire baisser les prix et de créer un marché unique. Mais cette approche reposait sur une erreur de fond : l’électricité n’est pas un bien ordinaire.

Elle a également été influencée par les choix énergétiques allemands.

Après Fukushima, sous l’impulsion de Angela Merkel, l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire et de s’appuyer davantage sur les énergies renouvelables intermittentes, complétées par le gaz.

Dans un système où le prix est fixé par le gaz, ce modèle conduit mécaniquement à des prix élevés pour l’ensemble de l’Europe, y compris pour les pays comme la France qui disposent d’une électricité moins coûteuse.

La responsabilité centrale de  François Hollande

La rupture politique majeure intervient sous François Hollande.

Pour des raisons électorales, dans le cadre d’un accord avec les écologistes, il décide de réduire la part du nucléaire et de fermer Centrale nucléaire de Fessenheim, pourtant fonctionnelle.

Ce choix a eu des conséquences profondes :

C’est à ce moment que la France commence à affaiblir volontairement son principal atout énergétique.

La responsabilité de  Emmanuel Macron

Emmanuel Macron n’a pas corrigé immédiatement cette orientation.

Il confirme la fermeture de Fessenheim, maintient l’objectif de réduction du nucléaire et laisse EDF s’affaiblir financièrement, notamment sous l’effet des mécanismes de marché.

Ce n’est qu’à partir de 2022, face à la crise énergétique, qu’un changement de cap intervient, avec une relance du nucléaire.

Mais ce revirement est tardif.

Le coût réel : financier, énergétique et stratégique

Les conséquences sont considérables.

Sur le plan financier, le mécanisme ARENH a entraîné un manque à gagner cumulé de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour EDF, dont environ 8 à 10 milliards pour la seule année 2022. Ces pertes ont dû être compensées indirectement par l’État, donc par les contribuables.

Sur le plan énergétique, la France a perdu une partie de sa capacité de production pilotable, s’est retrouvée plus dépendante des importations et a été exposée aux fluctuations des prix du gaz.

Sur le plan stratégique, elle a perdu une partie de sa souveraineté énergétique, c’est-à-dire sa capacité à maîtriser ses prix et ses choix.

Enfin, le coût en temps est majeur : relancer une filière nucléaire nécessite au minimum dix à quinze ans. Le retard accumulé se paiera durablement.

La nouvelle politique nucléaire : un redressement tardif

Depuis 2022, la France a engagé un retour au nucléaire avec des projets de nouveaux réacteurs et un réinvestissement dans la filière.

Mais ce redressement intervient après une décennie de désorganisation et d’hésitations. Les effets ne seront visibles que dans plusieurs années.

Ainsi

La France disposait d’un atout stratégique exceptionnel en produisant l’essentiel de son électricité de manière indépendante.

Cet atout a été affaibli par des décisions politiques nationales, notamment sous François Hollande, prolongées puis corrigées tardivement sous Emmanuel Macron, et aggravé par une organisation européenne qui ne valorise pas les avantages industriels existants.

Le résultat est simple : un pays capable de produire une électricité bon marché s’est retrouvé à la payer au prix du gaz et à vendre une partie de sa production à perte.

Ce n’est pas une fatalité.

C’est une faute politique majeure.

© Paul Germon

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