Tribune Juive

L’Affaire Francesca Albanese, les méandres de l’ONU. par Francis Moritz

Limites structurelles et rapports de force internationaux

Le Général De GAULLE appelait l’Onu « Ce Machin ô combien inutile et même dangereux » Comme il avait raison.  Les faits, rien que les faits :

1. L’affaire Francesca Albanese : un conflit politique plus qu’administratif

La rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Une première remarque, c’est l’exception unique. C’est la seule rapporteuse en charge d’un seul territoire. Francesca Albanese, est au centre d’une crise diplomatique après des déclarations faites lors d’une conférence à Doha.
Les États-Unis ont pris des sanctions contre elle, et plusieurs pays européens (France, Allemagne, Italie notamment) ont demandé sa démission, l’accusant de partialité et de politisation de son mandat. Elle est d’ailleurs persona non grata en Israel.

Mais, point institutionnel essentiel, qu’il faut connaître et mettre en perspective :

Ni les États-Unis, ni la France, ni aucun État seul ne peut la révoquer.

Seul l’organe suivant peut le faire :
United Nations Human Rights Council

Ce Conseil comprend 47 États élus, sans membres permanents, et la décision est politique et prise à la majorité.

Cela signifie concrètement  que:

Conclusion :

L’affaire Albanese est un affrontement politique entre États occidentaux et majorité du Conseil des droits de l’homme. Ce que les pays occidentaux demandeurs savent parfaitement. La demande n’a donc pratiquement aucune chance d’aboutir. Il s’agit d’une posture.

2. L’ONU et Israël : un cas statistiquement unique

Fait documenté depuis des années :

À l’Assemblée générale de l’ONU et au Conseil des droits de l’homme :

Ce phénomène s’explique par la structure des votes :

L’ONU fonctionne sur un principe simple :

1 pays = 1 voix.

Ce n’est pas un tribunal, c’est une assemblée politique.

Que la République Islamique proclame depuis 47 ans, avec ses affidés Hezbollah, Hamas, Houthis son intention d’éliminer Israël, n’entraine aucune réaction de l’Onu. Au contraire les assemblées générales successives trouvent l’occasion de condamner Israël. Qu’un état membre veuille détruire un autre état membre et l’attaque en permanence ne trouble pas l’institution qui fonctionne sous l’influence d’une majorité de pays qui soutiennent officiellement ou officieusement la République Islamique d’Iran.

3. Les limites structurelles de l’ONU

Problème central :

L’ONU n’a pas d’armée.

Elle dépend :

Les 5 puissances avec veto :

Donc :

Conclusion :

Dès qu’une grande puissance est impliquée, l’ONU est bloquée.

4. Exemple concret : la FINUL au Liban

United Nations Interim Force in Lebanon est déployée depuis 1978 au Sud-Liban.

Sa mission (résolution 1701) :

En pratique :

Cette force qui coute de l’ordre de 500 millions de dollars par an, fait de la figuration. Elle ne remplit aucune des trois missions objet de son mandat. En revanche, on constate sa très grande passivité voire même mansuétude sur les activités des terroristes du Hezbollah au sud Liban. De fait elle est inutile.

Pourquoi la FINUL n’agit pas ?
Parce qu’elle :

Donc :

La FINUL observe, patrouille, écrit des rapports, mais ne peut pas imposer la résolution 1701.

C’est une force d’interposition, pas une force de combat. Son inutilité est clairement établie et son mandat ne sera sans doute pas renouvelé. Ce que tous les grands amis du Liban savent depuis le premier jour, mais évitent d’aborder le sujet. Ils n’en font d’ailleurs pas plus, si ce n’est en appelant régulièrement au « cessez en vue d’une solution diplomatique » Cela fait quarante ans qu’on prétend le faire, dans l’impuissance totale. Alors que tout le monde sait très bien que c’est le Hezbollah qui a gangrené ce pays au bord de l’effondrement total. Les grands amis de toujours et la Finul se comportent en spectateurs passifs et impuissants ; l’état du Liban en lambeaux en témoigne hélas. Israël est donc le seul à faire « le sale boulot » que l’Onu ou ses membres éminents n’ont pas pu ou pas voulu faire. Cherchez l’erreur.

5. En miroir : les États agissent hors ONU

Quand l’ONU est bloquée, les États agissent sans elle. Ce qui s’applique bien entendu également à ceux qui, selon la cause défendue, se réclament du droit international, qui a bon dos en la matière.

Exemples :

Conclusion :

Le droit international fonctionne quand les grandes puissances sont d’accord.
Sinon, c’est le rapport de force qui décide. Ce qui est le plus souvent le cas.

6. Les trois niveaux du système international

NiveauFonction
ONULégitimité juridique
ÉtatsPuissance militaire
CoalitionsCapacité d’action
Grandes puissancesVeto

L’ONU produit :

Mais elle ne peut pas :

7. Conclusion générale

L’affaire Albanese, la FINUL, les résolutions contre Israël, les coalitions hors ONU, tout cela montre la même réalité :

L’ONU est une organisation juridique(à géométrie variable) et morale( de moins en moins),
mais le pouvoir réel reste entre les États, surtout les plus puissants parce que les plus craints.

Et la règle fondamentale du système international reste :

Ce n’est pas la même chose d’être
– un petit État ou une grande puissance
– un allié d’une grande puissance ou non
– dans un conflit stratégique ou non.

N’oublions pas que le système international n’est pas un système judiciaire.
C’est un système politique basé sur le rapport de force.

Nous vivons dans ce monde.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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