Donc, Emmanuel Macron est fâché. Tel Urbain II, il n’a pas apprécié « la multiplication préoccupante des violations du statut des Lieux Saints de Jérusalem » (communiqué sur X), dont la dernière en date fut l’interdiction faite au Patriarche latin (catholique, pour ceux qui ne suivent pas, car il y a plusieurs patriarches à Jérusalem) de pénétrer dans l’église du Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe des rameaux.
Urbain II, c’est le pape qui a appelé les Chrétiens à libérer ces mêmes lieux, en 1095. Il n’appréciait pas que les pèlerins chrétiens ne puissent y accéder, déjà empêchés, mais pas par les mêmes : à l’époque, par des autorités musulmanes qui y régnaient depuis le VIIe siècle.
Le malheur de l’Occident, et donc du monde, car l’un ne va pas vraiment sans l’autre, est que l’un de ses berceaux se trouve en Orient. Quelle tuile ! Un cardinal est interdit d’entrer dans une église à Jérusalem (une journée, une seule, certes pas n’importe laquelle, mais quand même : une seule journée, et sans doute par un excès de zèle de policiers israéliens chargés de garder l’endroit pour éviter que plus de cinquante personnes ne s’y rassemblent, au motif étrangement jugé fallacieux par certains que Jérusalem est en guerre et qu’un missile mal placé pourrait tomber sur le Saint-Sépulcre, ou pas loin, pendant la messe, comme sont interdits d’accès, pour le même motif, le mur des lamentations et le mont du Temple sur lequel trône la mosquée Al-Aqsa), un cardinal, donc, est empêché d’entrer dans son église en Orient et, en vertu de l’effet papillon, une tempête se déchaîne en Occident. Protestations à tous les étages. Macron, mais aussi Meloni, et bien d’autres.
On se demande si E. Macron ne va pas repartir en croisade, en profitant du fait que le Charles de Gaulle fait des ronds en Méditerranée, pour rétablir le cardinal dans tous ses droits, y compris celui d’entrer dans son église (que d’ailleurs il partage avec d’autres obédiences chrétiennes) et pour mettre fin, une fois pour toutes, à cette « multiplication préoccupante des violations du statut des Lieux Saints. » D’autres ont déjà fait remarquer qu’on s’émeut moins quand des Chrétiens sont massivement persécutés et même assassinés par des Musulmans au Proche-Orient ou en Afrique…
C’est l’occasion de rappeler qu’avant d’être conquis par les Musulmans, partis de l’Arabie qui n’était pas encore saoudite, le pourtour Nord et Est de la Méditerranée était entièrement chrétien, même s’il y subsistait quelques païens, et qu’avant d’être chrétienne, la Palestine, ainsi nommée en 135 par l’empereur Adrien pour tenter d’y effacer jusqu’au souvenir des Juifs rebelles à l’Empire romain, cette fameuse Palestine était… juive.
Et alors ? Alors rien, mais puisqu’on s’indigne d’une prétendue violation d’un statut pourtant « inviolé depuis des siècles », autant survoler les siècles jusqu’au bout.
Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël
Dernier ouvrage paru :
L’origine démocratique des génocides. Peuples génocidaires, élites suicidaires. L’harmattan. 2024
