
Vous voulez reconnaître un antisémite ? Vous voulez savoir si vous l’êtes vous-même ? C’est très simple : indignez-vous, comme Emmanuel Macron, de l’interdiction faite au Patriarche latin de Jérusalem de célébrer la messe des Rameaux. Et vous aurez votre réponse.
Pourquoi ? Parce que vous aurez réagi instinctivement, sans vérifier, sans comprendre, en cédant à un réflexe brut : accuser les Juifs. « Salauds de Juifs » qui empêchent les Chrétiens de prier le jour des Rameaux, et qui « persécutent » un prélat de haut rang.
Sauf que la réalité est tout autre.
Depuis trois semaines, TOUS les lieux de culte à Jérusalem sont fermés. Tous. Juifs, chrétiens, musulmans. Le mur de l’Ouest (ou mur dit « des lamentations ») est lui aussi inaccessible aux fidèles juifs. Aucune lubie « discriminatoire », ni une mesure « diabolique ». C’est une mesure de sécurité. Des missiles sont tirés par l’Iran et ses relais. L’un d’eux est tombé récemment à proximité immédiate de la vieille ville de Jérusalem, tout près du Dôme du Rocher. Une foule rassemblée aurait garanti un massacre à grande échelle.
Mais ça, personne ne veut le voir. On préfère réagir au quart de tour et s’indigner contre ces Juifs « d’extrême-droite » qui oppriment les pauvres Chrétiens, en oubliant qu’au Moyen Orient, Israël est le seul pays où la population chrétienne s’accroît rapidement, à l’inverse de tous les autres pays de la région.
Depuis hier matin, c’est le même cirque : indignations en chaîne, accusations délirantes, procès d’intention. Les « méchants Juifs » empêcheraient les Chrétiens de célébrer les Rameaux. Il suffit d’ouvrir les réseaux sociaux pour constater l’ampleur du dérapage. Et, évidemment, les propos antisémites y fleurissent sans retenue. Une occasion rêvée de lâcher ce qui bouillonne en silence.
Et au sommet, Emmanuel Macron, avec son tweet misérable accusant Israël de discrimination.
Mémoire courte, au passage : en 2020, pendant le Covid, il avait lui-même interdit les offices religieux en France. Egalement pour des raisons de sécurité, autrement plus critiquables. Mais là, curieusement, ça ne posait aucun problème.
Ce qui est frappant, ce n’est pas seulement la désinformation. C’est la vitesse à laquelle elle est avalée, relayée, amplifiée. Dès qu’il s’agit d’Israël ou des Juifs, plus personne ne vérifie rien. L’accusation suffit.
Mais surtout, cela révèle autre chose : un réflexe profond, enraciné. Une pulsion collective prête à surgir à la moindre occasion. Peu importe les faits. Peu importe la réalité. S’il y a une opportunité de s’indigner contre les Juifs, elle sera saisie.
Emmanuel Macron ne corrigera rien. Il est satisfait. Il a joué son rôle : défendre les chrétiens contre des Juifs présentés comme oppresseurs. Et il n’est pas seul. Marion Maréchal, entre autres, a suivi sans la moindre vérification. Réflexe pavlovien, encore et toujours.
En revanche, quand des communautés chrétiennes sont massacrées ailleurs — au Moyen-Orient, en Afrique aujourd’hui — silence total. Pas un mot. Pas une indignation. Actuellement les villages chrétiens de Syrie sont assiégés par les Islamistes du président Al Charaa, vous croyez que Macron et tous les indignés en diraient quelque chose ? Non. Silence, la Syrie est le pré carré de la France, restons silencieux, comme vis à vis du Hezbollah au Liban, pour avoir l’illusion de conserver de bonnes relations avec les pouvoirs locaux.
Chez Macron et les autres, l’indignation est sélective. Elle ne s’active vraiment que lorsqu’elle permet de frapper les Juifs… sans avoir l’air de le faire.
Dégoût.
© Jean Mizrahi
