Les Haredim surpassent Golani : la révolution que personne n’a vue venir. Par David Germon

Entretien diffusé sur la Chaîne 14 israélienne — 29 mars 2026

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« La révolution que Lapid ne voulait pas voir »

El Hanan Waserman, sergent-chef de réserve, ancien chef du bureau de recrutement haredi de la brigade Hashmonaïm, vient de terminer son service actif après avoir combattu sur trois fronts — Liban, Gaza, Syrie. Dans ce premier entretien depuis sa libération, il lance un avertissement sans détour à la classe politique : la révolution du recrutement haredi est en marche — et ceux qui prétendent la défendre sont en train de la saborder.

Yinon Magal de Aroutz 14, surpris dès l’introduction : « Comment ça se peut — il est haredi, il a combattu au Liban, à Gaza et en Syrie, et il vient d’être libéré jeudi dernier ? Chapeau ! »

Alors, vous êtes vraiment Hashmonaïm ?

Je suis Hashmonaïm. Je me suis engagé il y a huit ans dans Netzah Yehuda — que Dieu soit loué. Et dès la création de la brigade Hashmonaïm, j’ai été appelé au drapeau pour aider à sa mise en place, pour construire ce que nous appelons un vrai foyer haredi au sein de Tsahal.

Quelle est la différence entre Netzah Yehuda et Hashmonaïm ?

Hashmonaïm est une brigade — un cadre beaucoup plus large. Mais la vraie différence, c’est que nous touchons une population qui ne se serait jamais enrôlée jusqu’ici. C’est ça la nouveauté. Tsahal lui-même a compris que pour recruter des Haredim, il faut ouvrir de nouvelles plateformes — et il le fait. Chez Hashmonaïm, il n’y a aucun compromis sur le plan de la loi religieuse, ni sur la vision du monde haredi. Celui qui s’engage sait exactement où il arrive. Il n’y a pas de question sur l’étude de la Torah — c’est une obligation, pas une option. Voilà ce qui nous distingue de toutes les autres unités. C’est le travail que nous faisons depuis plus d’un an et demi.

On vous dit plus stricts que la yeshiva la plus rigoriste d’Israël. Certains vont jusqu’à dire : « Qui n’étudie pas qu’il s’engage — vous êtes plus religieux que les religieux. » C’est une provocation ou une réalité ?

Chacun fait son propre jeu — disons ça comme ça. Mais sérieusement : il faut distinguer. Quelqu’un qui n’a pratiquement aucun lien avec le monde des yeshivot peut s’engager chez nous — et il y a sa place. Quelqu’un qui vient de ce monde mais a choisi d’en sortir — il y a aussi sa place. Ce que nous ne faisons pas, c’est parler au nom des fils de la Torah authentiques — ceux dont la Torah est vraiment et uniquement la vocation. Eux, personne ne les recrute, et personne ne devrait le faire. Mais le garçon qui regarde un peu vers l’extérieur, qui est encore haredi authentique, attaché à la pratique — jusqu’ici il n’avait pas de maison. Aujourd’hui il en a une.

La brigade vient d’être classée première de Tsahal — condition physique, exercice de section, combat. La manchette était sans équivoque : « Les Hashmonaïm ont dépassé Golani — résultats surprenants aux tests de combat des brigades. » Comment des garçons sortis des yeshivot surpassent-ils des unités aguerries ?

Parce qu’ils ont fait une coupure radicale dans leur vie — sans filet, sans aucune préparation préalable. Ils sont arrivés à zéro absolu — zéro condition physique — et ils sont devenus les meilleurs dans plusieurs domaines à la fois. Pas seulement dans les bataillons : la brigade a créé sa propre unité de reconnaissance — un commando de brigade — qui a obtenu les meilleurs résultats dans les exercices de combat au corps à corps et de prise de terrain. Le meilleur. Parce qu’ils ne viennent pas pour être un soldat de plus. Ils viennent pour être les meilleurs. Et il faut aussi saluer les commandants qui sont là, et la patience avec laquelle ces hommes arrivent.

Une explication simple : des hommes qui n’ont jamais fait de sport progressent très vite au départ — l’effet débutant. Non ?

En partie. Mais quelqu’un qui commence à s’entraîner progresse vite — et après deux mois, beaucoup arrêtent. Ce qui fait la différence ici, c’est qu’ils ne viennent pas cocher une case. Il n’y a pas « trois ans de service et c’est fini ». Ils arrivent avec une grande mission : être combattants, défendre le peuple d’Israël. C’est pour ça qu’ils réussissent.

Même en pleine opération de combat, certains soldats continuaient à étudier. Vous l’avez vécu ?

Oui. Même au cœur des opérations, des questions se posaient sur la maison d’étude. Certains ressentaient le manque — ils voulaient continuer à apprendre même dans ces conditions. Il y a une signification profonde à ça. Ces heures difficiles, cette vie dure par rapport à leurs camarades du même âge — ça crée quelque chose en vous. Ce n’est pas une posture. C’est un attachement réel. Et ça dit beaucoup sur qui sont ces hommes.

Quel était exactement votre rôle au bureau de recrutement ?

Je m’occupais exclusivement des candidats de Hashmonaïm — pas des Haredim en général. Identifier les profils pertinents, créer le lien entre eux et les officiers recruteurs de la brigade, les accompagner vers l’engagement. Un périmètre précis, une cible précise.

Tsahal a-t-il vraiment fait des efforts pour aller vers les Haredim — ou c’est du discours ?

Sans ambiguïté — avant la guerre et après. Tsahal a soif de cette main-d’œuvre. Il n’a pas le choix. Alors il construit des plateformes, il s’adapte, il crée des brigades entières. Ce n’est pas de la générosité — c’est de l’intérêt mutuel. Et cet intérêt mutuel est la meilleure garantie que le processus va continuer. Il faut aussi le préciser : ce n’est pas seulement pour les combattants. Il existe des unités de soutien au combat pour ceux qui ne souhaitent pas être en première ligne. Le haredi qui veut s’engager a plusieurs maisons dans Tsahal, pas une seule.

Vous pouvez parler maintenant que vous êtes libéré. Que répondez-vous à ceux qui réclament un recrutement par obligation légale — ou pire, par coercition ?

Ce sont deux choses différentes, et il faut arrêter de les confondre. Le changement dans la société haredi est en train de se produire — depuis des années. La guerre lui a donné un coup de pied en avant décisif. Ce changement est réel, il est en marche. Ne venez pas l’empêcher de se faire. Ni par la coercition pure, ni par des campagnes politiques qui utilisent ce débat comme arme électorale. Lapid, Bennett, toute la gauche — chaque vague de pression a produit l’effet inverse. À chaque cycle de recrutement, on a observé une baisse du nombre de volontaires, un nombre respectable de réfractaires qui ne se sont pas présentés — à cause du climat de confrontation qui s’est créé. Ce n’est pas de la guerre pour recruter. C’est de la guerre pour la guerre. Pour accumuler des votes et du capital politique. Et ça continuera — parce que quand les Haredim commenceront vraiment à s’engager en masse, ces mêmes voix trouveront autre chose à redire.

Et une amnistie de recrutement — ça aiderait ou pas ?

Oui, ça aiderait. Pas parce que ça forcerait qui que ce soit — mais parce que ça donnerait du calme. Les familles seraient moins sous pression. Et ça rendrait beaucoup plus facile le contact entre les candidats potentiels et les officiers recruteurs. Si ça se concrétise — tant mieux.

Qu’entendez-vous de la part des candidats au quotidien ?

Des conflits intérieurs immenses. D’un côté, un garçon qui veut s’engager et devenir combattant. De l’autre, un frère qui a reçu une convocation et risque d’être considéré comme réfractaire, voire d’aller en prison. Ce tiraillement est réel et douloureux. C’est pour ça que j’insiste : il faut baisser les flammes, baisser le niveau sonore. Laisser ce processus se faire. Il avance bien — et c’est important de le souligner. Il n’a pas besoin d’être instrumentalisé.

L’animateur : « Il y a des gens qui n’ont aucun intérêt à ce que ça marche — et qui sabotent délibérément quelque chose de nécessaire pour ce pays. »

C’est exactement ça. Et c’est ce qui est tragique. Ce qui se construit ici — avec Hashmonaïm, avec les autres unités adaptées — c’est quelque chose de nécessaire, de fragile, et de réel. Le saboter pour des raisons politiques, c’est nuire directement à la sécurité d’Israël.

Un mot pour les Haredim qui vous écoutent ?

Soyez forts dans votre esprit. Celui dont la Torah est vraiment et uniquement sa vocation doit rester dans sa Torah — c’est clair et nécessaire. Mais celui qui regarde vers l’extérieur, qui veut entrer dans le monde du travail ou ailleurs — il a aujourd’hui un foyer dans Tsahal. Une maison grande et digne, dans les unités combattantes comme dans les unités de soutien au combat. L’armée fait un effort énorme pour l’accueillir, parce qu’elle a compris qu’elle a besoin de lui. Ce qui se passe ici est un changement historique.

Note de rédaction : cet entretien est le premier volet d’une conversation plus longue. El Hanan Waserman n’a pas encore évoqué ses expériences de combat personnelles à Gaza, au Liban et en Syrie — une suite est prévue. À l’issue de l’interview, Yinon Magal a conclu : « Le peuple d’Israël s’en souviendra. C’est un changement stupéfiant. Force à toi. »

© David Germon

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