Tribune Juive

Ces Juifs qui veulent être des « Chrétiens comme les autres ». Par Gilles Bellaïche

Ces Juifs qui veulent être des « chrétiens comme les autres »

Par Gilles BELLAÏCHE

ISRAEL IS FOREVER/Morechet Jacques KUPFER – Toulouse

Ces Juifs qui veulent être des « chrétiens comme les autres »

Par Gilles BELLAÏCHE

ISRAEL IS FOREVER/Morechet Jacques KUPFER – Toulouse

Je me suis souvent demandé pourquoi on trouvait parmi le peuple juif tant « d’intellectuels » (notamment français comme A. Finkielkraut, D. Horvilleur, A Sinclair, F. Encel, …) qui étaient le plus souvent critiques de leur propre peuple, y compris en pleine guerre ; j’ai longtemps mis un tel comportement sur le compte d’une simple haine de soi telle que théorisée par T. Lessing. Haine de soi comme conséquence pour les Juifs en exil, d’une volonté féroce de s’intégrer au maximum dans le pays d’accueil en montrant la patte la plus blanche possible et en défendant leur statut social chèrement acquis ; sans oublier une volonté de s’assimiler en refusant leur statut de minorité qu’ils considèrent comme un fardeau inutile. Mais curieusement, on constate toutefois le même phénomène en Israël (Haaretz, Y. Golan, …).

A présent et aux vues des évènements récents tant en Israël qu’ailleurs, je pense qu’il faut aller plus loin dans l’analyse du phénomène car limiter ces comportements à la seule « haine de soi », me semble trop restreint.

Au-delà donc de la simple haine de soi, il me paraît de plus en plus clair que ces « intellectuels », tout en rejetant leur identité propre, montrent combien ils veulent surtout ressembler à tous les autres ; et cela pose le problème de la négation de leur propre appartenance identitaire ; ils se prétendent Juifs mais veulent surtout ressembler et se fondre dans tout ce qui n’est pas juif, pour être « comme les autres ». Ce faisant ils nient leur appartenance identitaire non pas seulement par honte du fait juif, mais aussi par la volonté acharnée d’être comme tout le monde, c’est-à-dire le contraire de l’appartenance juive.

En effet, être juif c’est d’abord accepter de faire partie d’un peuple singulier avec une histoire singulière, mais aussi avec une mission singulière vis-à-vis des autres peuples ; et c’est exactement ce que ces « Juifs » veulent rejeter, c’est-à-dire nier leur essence juive.

Ainsi, on en déduit que ce sont des Juifs de naissance qui n’ont pas (ou plus) voulu être juif, et apporter au monde ce que les Juifs ont toujours apporté à l’humanité, c’est-à-dire de montrer le chemin de la vérité et de la justice, sans compromissions.

Bien évidemment cet attribut confère une charge parfois lourde et dangereuse, et l’histoire ancestrale de peuple juif est truffée de brimades, de discriminations, d’humiliations, de persécutions, de violences, de pogroms, de tentatives d’éradications depuis les Babyloniens de Nabuchodonosor au 6ème siècle avant JC jusqu’à la Shoah Nazie au milieu de 20ème siècle.

Mais le peuple juif est toujours là, et plus fort aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été ! C’est le bénéfice de cette charge, que de continuer à exister malgré toute cette ribambelle d’Amalek.

Oui, faire partie du peuple juif isole à jamais, mais magnifie aussi ; voilà son destin.

Ces « Juifs » d’apparence ne veulent pas jouer cette partition et préfèrent jouer avec les plus nombreux ; grand bien leur fasse, mais ce faisant ils se mettent d’eux-mêmes à l’écart du peuple juif, en dehors de celui-ci ; c’est cela qui les caractérise particulièrement : penser, agir, se comporter comme toute le monde n’est pas juif.

Alors à tous ces Juifs d’apparence, je leur dis : franchissez le pas une bonne fois pour toutes et abandonner cette appartenance qui vous pèse tant ; nous vous libérons volontiers de cette charge trop lourde pour vos épaules ; nous n’avons pas besoin de vous pour la porter, et si un jour vous ouvrez enfin les yeux, vous pourrez toujours réintégrer ce peuple, comme le font aussi tous ces non Juifs qui s’engagent pour en faire partie.

En attendant tenez-vous loin de nous ; s’il vous plait.

On peut penser à première vue que ce type de comportement est propre à l’exil, que de vivre dans des pays non juifs favorise cette assimilation des esprits, mais force est de constater qu’on trouve ces mêmes Juifs d’apparence, en Israël ; ils disent et militent parfois bruyamment pour exiger parfois violemment qu’Israël devienne un « pays occidental comme les autres », et que cet état doit être le « pays de tous ses habitants » sans distinction ni spécificité. On les a entendus revendiquer dans la rue ces exigences durant des mois avant le 7 octobre, qualifiant le gouvernement fraichement élu de non démocratique et d’illibéral.

Cela démontre que le fait de vivre en exil n’est pas la cause de cette dénégation identitaire, mais seulement une situation aggravante et accélératrice.

Alors on peut se poser la question de savoir quelle est la cause profonde de ce phénomène ; pour répondre correctement à cette question, il faut chercher les caractéristiques communes à ces 2 groupes de personnes.

Et ce qui apparaît alors comme une caractéristique commune à tous ces gens est la distance qu’ils ont mis entre eux et le judaïsme (traditionnel) ; en effet, on constate chez eux qu’ils se sont complètement assimilés cultuellement à la société occidentale largement chrétienne, y compris en Israël, et qu’ils veulent penser comme elle, vivre comme elle, agir comme elle ; or, être juif n’est pas cela ; être juif c’est d’abord garder le lien avec sa mystique ancestrale et sa pratique rituelle traditionnelle, comme les Juifs en exil l’ont fait durant deux mille ans, parfois dans la douleur. Au passage notons que le « judaïsme réformé » ou plutôt « déformé » (comme le disait mon maître JK z’l), n’est qu’une variante de cette forme d’assimilation.

Une autre caractéristique de ces gens est le traitement qu’ils font subir aux autres en les traitant dans le meilleur des cas d’extrémistes, d’illuminés et dans le pire des cas de messianiques voire même de suprémacistes, ne comprenant pas que c’est leur propre identité séculaire qu’ils méprisent ainsi. C’est comme cela qu’ils se mettent d’eux-mêmes hors du peuple juif. Un jour viendra où le Herem rétabli, ils seront définitivement exclus du peuple juif et ne pourront donc plus revendiquer fièrement cette appartenance millénaire qu’ils ne méritent pas.

© Gilles Bellaïche, Israël is forever/Morechet Jacques Kupfer-Toulouse

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