Tribune Juive

Lutte contre l’antisémitisme : David Reinharc, un éditeur engagé

David Reinharc prend la parole devant l’ambassade d’Algérie à Paris pour demander la libération de Boualem Sansal, le 16 mai 2025. AFP / © Leo VIGNAL

« Dans une époque où soutenir Israël et le peuple juif peut être dangereux, David Reinharc s’impose comme un éditeur résolu et un homme de conviction ». Raphaël Jerusalmy*

Ceux, nombreux, qui se dressent aujourd’hui contre la vague de haine qui déferle sur Israël et le peuple juif savent que, pour que leur voix porte, ils peuvent compter sur David Reinharc : cet éditeur parisien, penseur et visionnaire, ne craint ni les menaces, ni les boycotts, et les livres qu’il publie, il les soutient par conviction, malgré tous les risques que cela implique dans un contexte profondément hostile à toute expression de soutien à Israël. 

Le catalogue des parutions de sa maison d’édition, à lui seul, rend compte de la force de son acte de résistance et de son inlassable ténacité. Il manifeste aussi son intelligence tactique : les vastes projets éditoriaux que lance David Reinharc cherchent souvent à fédérer de grands esprits pour éviter de laisser chacun s’épuiser dans une lutte solitaire.  

Juste après les massacres du 7 octobre, il entreprend avec la professeure Sarah Fainberg la rédaction de 7 Octobre. Manifeste de l’effacement d’un crime, ouvrage collectif réunissant les contributions de nombreuses personnalités de premier plan qui s’opposent au négationnisme ambiant. Et il imagine alors ce procédé aussi bouleversant que novateur : chaque exemplaire sera personnalisé, parce que le premier plat sera frappé du nom de l’une des 1 160 victimes, à laquelle un bref hommage sera ensuite rendu sur le rabat de la couverture. Révolté tant par le meurtre du docteur Sarah Halimi que par l’incompétence de la justice, Reinharc publie L’invisible de la rue Vaucouleurs, un recueil contenant les réactions de 250 personnalités. 

« Au-delà du devoir de mémoire, il appelle au ralliement autour d’elle » 

Et de déclarer alors : « À la démission des institutions judiciaires, il aurait été impardonnable d’en ajouter une autre : notre silence. » C’est pour cette même raison qu’il publie de nombreux textes et témoignages ayant trait à la Shoah : non pas uniquement par devoir de mémoire, mais pour appeler au ralliement autour de cette mémoire, et ainsi mieux pouvoir mener un combat malheureusement bien actuel. Dans le même esprit, il diffuse à grande échelle Le Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation, outil d’auto-défense à l’usage de tout un chacun, qui sera distribué à des milliers de décideurs, d’écoliers, d’étudiants, de responsables communautaires et de membres de mouvements de jeunesse.

Porter la parole sur le terrain

J’ai eu, ces derniers mois, le privilège de travailler aux côtés de David Reinharc. À l’occasion de la sortie de Tribunes de guerre. 2023-2025, nous avons mené ensemble, en France et en Suisse, sur plusieurs semaines d’affilée, une tournée de conférences auprès des publics les plus divers. Nous leur avons proposé de déconstruire ensemble les mécanismes de la désinformation et de rétablir la vérité. Ce périple m’a donné l’occasion de voir à l’œuvre un éditeur véritablement engagé, capable de monter au créneau pour diffuser la bonne parole, avec sa voiture chargée de bouquins, un cerveau empli d’étincelles, et une âme pleine de rêves. 

Le manifeste Pour Boualem Sansal, paru en mars 2025, ou encore ce texte du politologue Mohamed Sifaoui, Musulmans, osez la laïcité !, qui prêche l’ouverture d’esprit et une inscription de la foi islamique au cœur de la Cité – tous ces livres montrent à quel point David Reinharc est un homme d’action, qui mène ses combats directement sur le terrain. Sa maison d’édition permet à des plumes de haut vol, aujourd’hui souvent brimées ou censurées, de s’exprimer en toute liberté : Jean-Claude Milner, Rémi Brague, le Père Patrick Desbois, Gérard Garouste sont parmi ceux-là – on pourrait en citer de nombreux autres. 

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Avec Pierre-André Taguieff, il vient de publier LFI. Anatomie d’une perversion : encore un texte fort, qui lui vaudra bien des inimitiés – et cela, à tous les étages. Car il faut avoir conscience qu’en France, pas moins de 30 % des libraires refusent d’exposer ou de vendre les livres des éditions David Reinharc qui ont trait à la désinformation et à l’antisémitisme. Ou qu’un jeune stagiaire, nouvellement employé par la maison, a soudain demandé à rompre sa convention de stage au motif que son patron, David Reinharc, « niait le génocide des Palestiniens » et publiait des textes signés d’auteurs « d’extrême-droite », tels que Pascal Bruckner, Philippe Val et Boualem Sansal. 

Le combat que mène Reinharc ne se limite d’ailleurs pas à la défense d’Israël. Une série d’ouvrages est consacrée au pari écologique. D’autres, comme le fameux Nous sommes des millions à être seuls. Pour en finir avec l’égoïsme ordinaire, analysent la situation de la société française actuelleUn livre comme Afrique Monde. La parole aux Africains rassemble les plus grands intellectuels africains contemporains qui expriment leur refus que l’Afrique succombe à la fatalité de la mauvaise gouvernance et à celle de l’exil forcé de sa population. Ils ont rebâti la France, de Bernard Attali, offre un vibrant hommage, préfacé par Emmanuel Macron, à une génération de femmes et d’hommes qui se sont dévoués, dans l’après-guerre, pour relever et moderniser la France. Ouvrant d’autres perspectives encore, Philippe Jaccottet. Tous feux éteints, qu’il a publié jadis en tant que directeur littéraire, nous donne à entendre une poésie de l’incertitude et de la fragilité.

Relier les vivants, les morts et l’histoire

Amoureux depuis l’enfance de la boxe anglaise et des chiens, mais aussi de Isaac Bashevis Singer et de la pensée juive, Reinharc a grandi à l’ombre mystérieuse des disparus de sa famille exterminés durant la Shoah ; une famille dont il n’est resté que son père, enfant caché, et sa grand-mère. Selon lui, cette histoire tragique lui impose un devoir de lutte, à la fois éthique et politique ; et l’édition lui apparaît très tôt comme le meilleur moyen de mener cette bataille. Il fait alors son entrée dans le monde du livre, sous l’aile bienveillante du légendaire Daniel Radford qui, après une brillante carrière chez Laffont, Lattès, Ramsay, Stock, finit par monter sa propre maison, Bibliophane-Daniel Radford. 

« Radford montre à son émule la voie d’une édition engagée et qui n’a pas froid aux yeux » 

Éditeur hors-norme, passionné par le judaïsme auquel il s’est converti, Radford montre à son émule la voie d’une édition engagée et qui n’a pas froid aux yeux. À la question de savoir pourquoi il a tant voulu devenir éditeur, Reinharc répond : « parce que je m’inquiète toujours de savoir si, lorsque je me retourne pour regarder au-dessus de moi, derrière les nuages, comparaissant ainsi devant l’escorte secrète de mes fantômes, je n’ai pas à rougir. » Et il ajoute : « C’est aux livres qu’il revient de coudre le passé au présent, les vivants aux morts, et aussi de faire valoir les vertus des liens, des fidélités, des devoirs ». 


Cette articulation serrée entre héritage et actualité, cette défense acharnée d’Israël et du peuple juif, ce courage intellectuel et moral, tout cela est éminemment louable. Mais par-delà les remous de l’histoire et la lutte contre l’antisémitisme, ce que pérennise un engagement tel que celui de David Reinharc, c’est l’auguste tradition de l’éditeur qui, de la Renaissance aux Lumières, se donne pour mission de défendre la vérité face à la bigoterie, la justice face à l’iniquité. Et s’impose donc avant tout comme un aventurier de l’esprit.  

© Raphaël Jerusalmy

Source: Le JDD ‌https://www.lejdd.fr/Societe/lutte-contre-lantisemitisme-david-reinharc-un-editeur-engage-169764


*Raphaël Jerusalmy, diplômé de l’école normale supérieure, ancien officier du renseignement militaire israélien, est un écrivain franco-israélien. Il est expert sur la chaîne de télévision I24news et LCI ainsi que l’auteur de six livres chez Actes Sud. 

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