Tribune Juive

Alexandre Devecchio : « Creil, de l’affaire du voile islamique à la victoire de LFI »

Beaucoup d’observateurs voient dans ces lynchages symboliques, plus qu’un chahutage politique, l’expression d’une partition communautaire en marche. illustrez-vous / stock.adobe.com

– Dès 1989, la controverse sur le foulard islamique à Creil et la capitulation de la gauche ont préparé le terrain à «la nouvelle France» de Jean-Luc Mélenchon.

L’image est terriblement symbolique : l’ancien maire PS de Creil, Jean-Claude Villemain, pourchassé et harcelé par les partisans du nouveau maire, le LFI Omar Yaqoob le jour de la disparition de Lionel Jospin. L’ancien édile, qui avait laissé sa place en 2024 à sa première adjointe, Sophie Dhoury-Lehner, est filmé dans les escaliers, puis dans la rue, par une femme qui le poursuit tandis qu’au loin des militants insoumis crient leur joie. Le cas de Jean-Claude Villemain n’est pas isolé. À Mantes-la-Jolie ou au Blanc-Mesnil, les maires sortants ont également été victimes d’humiliations à la limite de la violence de la part de sympathisants LFI. Beaucoup d’observateurs voient dans ces lynchages symboliques, plus qu’un chahutage politique, l’expression d’une partition communautaire en marche. Rappelons que le nouveau maire de Creil a partagé sur les réseaux sociaux des messages de soutien à l’imam Iquioussen, expulsé de France pour appel à la haine contre les juifs.

Dans la ville de l’Oise, la scène revêt un caractère édifiant. En effet, depuis 1918, Creil était dirigée par les socialistes. En 1989, la commune s’était fait connaître de toute la France pour avoir été le théâtre de la première grande controverse nationale autour du foulard islamique. Cette année-là, alors que la France vient de célébrer le bicentenaire de la Révolution, trois élèves sont exclues du collège Gabriel-Havez, qui comptait 500 musulmans sur 870 élèves, pour avoir refusé d’enlever leur voile en classe. L’islamologue Gilles Kepel révélera des années plus tard que les trois jeunes filles avaient été instrumentalisées par l’Union des organisations islamiques en France (UOIF), porte-étendard des Frères musulmans. À l’époque, l’affaire divise la gauche. SOS Racisme, par la voix de son porte-parole Harlem Désir, s’alarme du « retour en force » des « idées assimilationnistes », tandis que, dans Le Nouvel Observateur, Régis Debray, Alain Finkielkraut et Élisabeth Badinter dénoncent le « Munich de l’école républicaine » et mettent en garde contre le risque de dérive communautariste. Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, s’en remet à la décision du Conseil d’État qui, lui-même, renvoie la responsabilité d’une éventuelle interdiction aux chefs d’établissements. Une non-décision qui fit perdre quinze précieuses années à la France avant que la loi sur la laïcité de 2004 ne promulgue l’interdiction du voile à l’école. Rétrospectivement, on se dit que la montée en puissance de LFI, à Creil et dans nombre de communes de banlieue, était inscrite dans la capitulation de la gauche lors de l’affaire du foulard.

D’autant qu’après la controverse, sur le plan idéologique, c’est le multiculturalisme et l’antiracisme dévoyés de SOS qui l’ont emporté. À l’échelle locale, sur fond de basculement démographique, les élus locaux se sont livrés à tous les arrangements clientélistes. À l’échelle nationale, la stratégie Terra Nova, défendue par le PS, a préfiguré la « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon (l’antisémitisme en moins). Il faut se souvenir des drapeaux palestiniens et algériens accompagnant la victoire de François Hollande en 2012. En vérité, la gauche traditionnelle a préparé le terrain à La France insoumise qui, désormais, la chasse de ses mairies. Tandis qu’à Creil, Saint-Denis ou Roubaix, les habitants qui ne se reconnaissent pas dans la « nouvelle France » risquent de se sentir de plus en plus exclus.

© Alexandre Devecchio

Source: le Figaro Magazine

https://www.lefigaro.fr/vox/politique/alexandre-devecchio-creil-de-l-affaire-du-voile-islamique-a-la-victoire-de-lfi-20260325

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