

Entretien exclusif — Lieutenant-colonel A., commandant de l’équipe d’intervention, Force 100 — Tsahal Propos recueillis par Gadi taub | Émission Shomer Saf (Gardien du Seuil) | Mars 2026 Traduit de l’hébreu et adapté pour publication
Pendant dix-huit mois, leurs noms ont été associés aux pires accusations : viol, torture, sadisme. La Force 100 — unité d’intervention d’élite composée de réservistes de Tsahal — assurait la sécurité des terroristes du Hamas détenus à Sde Teiman. Un reportage télévisé, une vidéo partiellement floutée, une instruction judiciaire : dix soldats arrêtés, humiliés, détruits financièrement. L’acte d’accusation a finalement été retiré. Le parquet a conclu qu’il n’existait aucune preuve univoque d’infraction. Le commandant de l’équipe, le lieutenant-colonel A., parle. Visage couvert. Sans filtre.
I. LA FORCE 100 : ANATOMIE D’UNE UNITÉ D’ÉLITE
Lieutenant-colonel A., avant d’entrer dans le vif du sujet, présentez-vous et présentez votre unité.
J’ai commencé ma carrière dans les parachutistes. Je suis lieutenant-colonel — rav-seren en hébreu. Depuis plus de vingt ans, je fais des réserves dans des unités combattantes. J’ai la quarantaine. Je continue. Ce service, cette mission de servir mon peuple et l’armée — c’est une chance et un devoir. Je suis fier d’en faire partie.
Qu’est-ce que la Force 100, exactement ? Sa mission, son statut dans l’armée ?
La Force 100 est une unité d’intervention — une unité d’élite de Tsahal dont la fonction exclusive est de répondre aux incidents extrêmes. Aux situations qui peuvent basculer en méga-attaque en quelques minutes. L’équipe d’intervention est la première à arriver sur tout incident qui dérape. Quand le commandant du site nous alerte, nous avons quelques minutes pour être opérationnels et sur place.
Notre équipe est composée de soldats issus de toutes les unités d’élite de l’armée — des réservistes. Des parachutistes, des commandos Duvdevan, des unités spéciales Egoz, des membres de la Sayeret Tsanchanim. Chacun vient avec son bagage. C’est un melting-pot de soldats chevronnés.
On vous a présentés comme des kahanistes, des extrémistes religieux. Que répondez-vous ?
C’est du délire. La Force 100, c’est la quintessence du kibboutz hagaluyot — le rassemblement des exilés. Des soldats de toute la société israélienne, de toutes les unités, de tous les horizons. Des laïcs, des religieux, des gens du centre, du nord, du sud. Pas de politique dans l’armée — ça n’existe pas, ça ne devrait pas exister.
Ceux qui ont essayé de nous peindre en fanatiques avaient une agenda précise. Ils construisaient une narrative qui leur était utile. Il y a une élite israélienne qui se définit en partie par le fait de mépriser ce qu’elle appelle les ‘Likoudniks, les Kahanistes’. Nous étions la cible parfaite. Des réservistes, sans avocat médiatique, sans réseau.
« Ils ont pris le soldat de première ligne — le plus facile à attaquer — parce qu’il est sans défense face au système. »
Comment sélectionne-t-on les membres de la Force 100 ?
Deux semaines de sélection intensive. Combat rapproché, endurance physique extrême, exercices psychologiques. Seuls les plus résistants — physiquement et mentalement — passent. Mais je veux être clair : la brutalité n’est pas un critère. On cherche la maturité. La capacité à contenir l’horreur sans s’y perdre.
C’est pourquoi nous choisissons des réservistes — des hommes de quarante ans avec des familles, qui ont vécu des choses. Vous ne pouvez pas mettre n’importe qui dans cette unité. Il faut des gens suffisamment adultes pour tenir debout face au pire de l’humanité. Et pourtant — rien ne peut vraiment vous préparer à ça.
II. L’ENFER DE SDE TEIMAN : CE QUE PERSONNE NE MONTRE
Décrivez-nous concrètement le dispositif de Sde Teiman — qui est où, qui fait quoi.
Il y a trois cercles concentriques. Le cercle extérieur : des gardes de police militaire. Ce sont des soldats — des femmes pour environ soixante-dix pour cent d’entre elles. Elles ne pénètrent jamais dans l’enceinte intérieure. Elles sont équipées de matraques et de Tasers, mais pas d’armes à feu. Et en pratique, vous n’allez pas demander à une jeune fille de dix-huit ans d’utiliser une matraque ou un Taser dans ces circonstances.
Le deuxième cercle : des soldats armés à l’extérieur des grillages. Puis le cœur du dispositif — le hangar, l’enceinte elle-même — c’est notre territoire exclusif. Personne d’autre n’entre. Ni les gardiennes, ni le commandant du site, ni les officiers supérieurs. Seulement la Force 100. C’est nous et eux.
Et ‘eux’, c’est combien de détenus face à combien de vos soldats ?
Dix soldats face à cent, cent vingt détenus. Dix contre cent vingt. Et à l’intérieur du hangar, nous n’avons pas d’armes à feu. Nos tireurs d’élite — qui font partie intégrante de la Force 100 — sont positionnés à l’extérieur de l’enceinte. Si la situation dégénère au-delà d’un certain seuil, nous basculons immédiatement vers les armes à feu. Mais dans le hangar, nous travaillons avec des boucliers, des Tasers, des chiens d’attaque. C’est la doctrine. Dix contre cent vingt.
Décrivez-nous physiquement ce hangar.
C’est une structure de type hangar — ouverte à l’intérieur, recouverte de barbelés sur les côtés, fermée uniquement par le haut. Une enceinte grillagée entourée de fil de fer barbelé. Cent à cent vingt hommes dedans. Des hommes qui savent très bien ce qu’ils font, qui connaissent les procédures, qui savent exactement jusqu’où ils peuvent aller.
On a beaucoup parlé des cas de gardiennes en danger. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Oui. Il y a eu des cas — documentés — où des gardiennes ont été empoignées physiquement à travers les barreaux, tirées de force vers l’intérieur, par des détenus suicidaires qui voulaient les tuer ou s’en servir comme otages. C’est pour ça que nous existons. C’est pour ça qu’on nous appelle. Chaque incident de ce type, c’est une intervention de notre équipe.
Et il y a une chose que je veux que les gens comprennent : quand vous voyez la vidéo de cette soldatesse qui filme un détenu en disant ‘mignon, tu as fait pipi’ — cette femme gardait des hommes qui ont peut-être brûlé les amies d’enfance de ses amies. Des hommes qui ont violé des femmes jusqu’à la mort. Qui ont décapité des enfants. Et elle devait non seulement les surveiller pour qu’ils ne s’évadent pas, mais aussi veiller à leur bien-être, s’assurer qu’ils ne se fassent pas de mal entre eux, qu’ils aient à manger. Voilà la réalité dans laquelle ces femmes opéraient. Cette petite vidéo résume toute la situation.
« Rien ne peut vous préparer à regarder le mal absolu droit dans les yeux — pas de formation, pas de manuel. »
Quelle était la formation des membres de la Force 100 pour gérer ces situations extrêmes ?
Nous avons été formés par des vétérans de l’unité Massada — l’unité d’intervention du Shin Bet qui opère dans les prisons civiles israéliennes. Des commandants de Massada, des professionnels aguerris de la lutte antiterroriste en milieu carcéral. Nous avons appris d’eux tout l’art de la lutte contre le terrorisme en environnement fermé. Je suis fier de dire que nous avons été formés par les meilleurs.
L’usage des chiens d’attaque a également été au cœur des accusations. Expliquez leur rôle réel.
Les chiens sont des combattants à part entière — des membres de l’équipe. Le dressage de ces animaux est un art en soi. Mon maître-chien est un expert de premier rang. Je le regarde avec admiration.
Quand nous entrons dans l’enceinte avec le chien, il porte une muselière. Mais un chien muselé reste une arme. Sa présence, son comportement, sa réaction — tout ça a un effet dissuasif immense. Et si la situation l’exige, le chien peut agir de multiples façons même avec une muselière. Je préfère ne pas entrer dans les détails techniques pour des raisons opérationnelles. Mais ne croyez pas que le chien muselé est un chien neutralisé.
Comment la Force 100 maintient-elle l’ordre sans déclencher d’émeutes généralisées ?
L’intimidation ne vient pas des coups ou des cris. Elle vient de la posture. De la détermination. De la cohésion. Quand dix hommes de la Force 100 entrent dans ce hangar, les détenus savent à qui ils ont affaire. Nous ne ‘jouons pas la comédie’. Si un détenu résiste, il résistera à des soldats qui savent exactement quoi faire. Et il le sait. C’est ça, la force de dissuasion.
Je dois aussi corriger une idée reçue : la Force 100 n’est pas là pour ‘garder’ les détenus. Ce n’est pas notre rôle. Nous sommes une force de réaction aux incidents extrêmes. Nous sommes en état d’alerte permanent. En quelques minutes, nous sommes à l’intérieur. Et quand nous entrons, nous entrons en force.
III. LE 5 JUILLET : ANATOMIE D’UN LYNCHAGE
Revenons à l’incident précis. Que s’est-il passé ce jour-là, dans l’ordre chronologique ?
Quatre détenus palestiniens ont été transférés de la prison d’Ofer vers notre site. L’un d’entre eux avait été formellement signalé par le Shin Bet comme particulièrement dangereux. Les trois premiers ont subi la fouille de routine — deux minutes par détenu, sans incident. Puis arrive le quatrième. La procédure s’applique. Normalement.
Qui était exactement ce quatrième détenu ? Les médias l’ont présenté de façons très contradictoires.
C’est là que le mensonge est le plus flagrant. Les documents officiels — du Shin Bet, de l’unité de renseignement 504 — l’identifient sans ambiguïté possible : c’est un officier opérationnel de la Saraya Djabaliya, une unité d’élite du Hamas. Dans l’une de ses auditions, il s’est identifié comme membre des Brigades Izzedine al-Qassam.
Sa cote de dangerosité ? La plus élevée parmi tous les détenus présents ce jour-là. Il était le seul à être ligoté aux mains ET aux pieds. Le seul. Pas les trois autres — lui seul. Parce que les renseignements le désignaient comme une menace extrême.
Et pourtant — les médias l’ont présenté tour à tour comme un ‘policier’, un ‘civil’, un ‘réfugié du camp de Djabaliya’. Certains ont même dit que le camp de Djabaliya était un simple lieu géographique et non une désignation opérationnelle. C’est faux. Quand un document du Shin Bet écrit ‘unité opérationnelle de Djabaliya’, il n’y a aucune ambiguïté possible sur ce que ça signifie.
[Note : La directive interne de la procureure générale interdisait de traiter les policiers du Hamas comme des combattants ennemis, même pris en flagrant délit dans une zone de combat actif. Les détenus connaissaient l’existence de cette directive et l’utilisaient systématiquement dans leurs dépositions pour se présenter comme des civils.]
Le reportage de Guy Peleg sur Channel 12 est au cœur de cette affaire. Qu’y avait-il réellement dans cette vidéo ?
Commençons par le montage. Le reportage combinait des images provenant de deux dates différentes : le 1er juillet et le 5 juillet. Or le 1er juillet, ce détenu n’était même pas dans notre enceinte. Il n’est arrivé que le 5. Quelqu’un — Peleg, la chaîne, ou les deux ensemble — a délibérément assemblé ces deux séquences pour construire une narrative. Je veux savoir qui a fait ce montage. Et je le saurai.
Ensuite, le floutage. Un écran pixelisé au niveau du bassin d’un soldat. Qu’est-ce que le téléspectateur comprend automatiquement ? Que quelque chose d’inavouable se passe là, quelque chose de si horrible qu’on ne peut pas le montrer. C’est une manipulation pure. Parce que le parquet lui-même — dans sa décision de classer l’affaire — a conclu qu’il n’existait dans cette vidéo aucune preuve univoque d’infraction. On a flouté du vide. Du néant. Et derrière ce néant, ils ont construit un procès mondial.
« On a flouté du néant. Quatre-vingt-dix millions de personnes ont regardé ce floutage — et ont conclu au pire. »
Peleg affirme avoir vu la vidéo non floutée et y avoir constaté une infraction. Que lui répondez-vous ?
Je lui pose une question simple : montrez-moi le moment précis. Pointez l’image exacte où vous avez vu ce que vous prétendez avoir vu. Expliquez-le publiquement. Parce que tous les organes qui ont eu accès à la vidéo non floutée — les enquêteurs, les juges, le parquet — n’ont rien vu. Rien.
Peleg s’est terré. Il ne répond plus. Il n’est plus visible publiquement. Il sait ce qu’il a fait. Et nous, nous allons le poursuivre en justice civile jusqu’à ce qu’il s’explique devant un tribunal. Ce sera sans violence — je le dis clairement et sans ambiguïté : aucun appel à quelque acte que ce soit contre quiconque. Mais il y aura une reddition de comptes judiciaire.
L’enquête interne menée immédiatement après les faits — que disait-elle ?
C’est un point capital que tout le monde oublie. L’enquête n’a pas été déclenchée après la diffusion du reportage de Peleg. Elle a été conduite le lendemain des faits, comme c’est la procédure standard après tout incident impliquant l’usage de la force. Elle a été menée par des officiers supérieurs — deux grades au-dessus de moi — qui connaissent le terrain, qui comprennent ce qu’est une équipe d’intervention, qui vivent avec ce dispositif au quotidien.
Résultat de cette enquête : aucune faute constatée. Zéro. Aucune sanction, aucun avertissement inscrit au dossier, aucune remarque. Et les caméras de surveillance couvrent trois mois d’archives continues, depuis toutes les angles. Le parquet les a épluchées en intégralité. Ils cherchaient quelque chose. Ils n’ont rien trouvé. Ils nous ont quand même arrêtés.
IV. LA MACHINE JUDICIAIRE ET SES ACTEURS
Comment s’est passée votre arrestation ? Vous l’avez décrite comme traumatisante.
Ils sont venus un matin. Avec des menottes, devant ma famille. Quatre mois et demi de résidence surveillée, des restrictions financières sévères. Mais c’est au tribunal que l’absurde a atteint son comble.
Que s’est-il passé en salle d’audience ?
Le juge lui-même a dû intervenir à plusieurs reprises pour recadrer l’accusation. À un moment, les procureurs appelaient le détenu par son prénom — comme si c’était un citoyen ordinaire, une victime innocente. Le juge les a repris sèchement : il leur a demandé s’ils étaient prêts à traiter le cas d’un homme qui avait ‘tranché des têtes’ — ses mots — comme celui d’un être humain ordinaire. Tout est dans les procès-verbaux d’audience. Tout est consigné.
À un autre moment, le juge a dit à l’accusation qu’elle s’était ‘trompée’. Ce n’est pas moi qui le dis — c’est le juge, en séance publique, face au procureur.
Vous avez été interrogés par des enquêteurs de la police militaire — le MATZACH. Comment se sont passées ces auditions ?
Nous étions assis sous des néons blancs, face à des gens qui n’avaient jamais mis les pieds sur un terrain, jamais vu une zone de combat, jamais été confrontés à un détenu terroriste. Des gens qui ne savaient pas ce qu’est une équipe d’intervention. Qui ne savaient pas ce qu’est un usage de la force en milieu carcéral haute sécurité. Expliquez-leur. Expliquez-leur comment ça marche. Essayez.
Et l’un des responsables de l’enquête — en pleine procédure pénale, alors que le dossier était encore ouvert — est sorti publiquement dans les médias pour donner une interview. Dans le cadre d’un reportage télévisé. Dites-moi dans quel État de droit normal un enquêteur s’exprime publiquement sur une affaire en cours. C’est inacceptable. Et personne ne l’a sanctionné.
« L’enquêteur du MATZACH s’est exprimé publiquement en pleine procédure pénale. Dans quel État de droit est-ce acceptable ? »
La procureure générale Baharav-Miara est très présente dans votre récit. Quelle est sa responsabilité dans cette affaire ?
Sa responsabilité est double. D’abord, la directive : elle a émis des instructions internes interdisant de traiter les policiers du Hamas comme des combattants ennemis — même s’ils étaient pris en flagrant délit dans une zone de combat. Cette directive, les détenus la connaissaient. Ils s’en servaient dans leurs dépositions pour se présenter comme des victimes innocentes. C’est elle qui a créé ce cadre.
Ensuite, l’instruction elle-même. Elle a laissé se développer une procédure dont tout le monde savait — les juges, les officiers supérieurs — qu’elle était fragile, voire vide. Et pendant dix-huit mois, nos familles ont payé le prix de cette fragilité. Ce n’est pas la première fois que le parquet israélien se comporte ainsi. Rappelez-vous Meni Mazuz — le procureur général qui avait pratiquement prononcé la culpabilité du président Katsav devant les médias avant l’ouverture du procès. Ce sont les mêmes méthodes.
Les juristes militaires ont été évoqués dans ce contexte plus large. Quelle est la critique ?
Il y a un problème structurel dans l’armée israélienne, et pas seulement israélienne. Les juristes militaires — les avocats qui conseillent les commandants sur l’usage de la force — ne sont, pour la plupart, jamais passés par des unités combattantes. Ils n’ont jamais commandé une section, jamais senti ce que c’est d’être responsable de dix hommes face à cent vingt détenus. Comment peuvent-ils juger de la légitimité d’une décision prise en une fraction de seconde dans ce contexte ?
Pete Hegseth — le secrétaire américain à la Défense — a dit quelque chose de fondamental : les juristes militaires doivent exister pour permettre à l’armée d’être aussi létale que possible dans le cadre de sa mission. La fonction du juriste, c’est d’habiliter le combattant — pas de le paralyser. En Israël, c’est l’inverse qui s’est produit.
V. LES FAMILLES DANS L’OMBRE
Votre femme, vos enfants — comment ont-ils vécu ces dix-huit mois ?
Ma femme s’est effondrée à l’audience. De l’autre côté de la vitre de séparation, je l’ai regardée perdre connaissance. Des camarades de l’unité l’ont rattrapée. Ils lui ont aspergé le visage d’eau froide pour la ranimer. Je regardais ça de derrière le verre. Impuissant.
Mes enfants ont vu leur père à la une des journaux — et sur les écrans du monde entier. Sous la mention ‘violeur’. Quatre-vingt-dix millions de vues. Le parquet l’a lui-même mentionné comme un élément du contexte. Comment une petite fille doit-elle regarder son père à la télévision sous une telle manchette ? Vous imaginez ce que ça fait à un enfant ?
La ruine financière est aussi une dimension peu évoquée.
Nous nous sommes ruinés. Quatre mois et demi sans revenus, avec les frais juridiques, avec les contraintes de la résidence surveillée. Nous sommes encore en train de reconstruire. Nous avons des hommes en cours de leur cinquième ou sixième rotation de réserve depuis le 7 octobre. Des hommes qui ont des familles, des entreprises, des hypothèques. Et pendant dix-huit mois, ces familles ont été laissées seules dans un gouffre noir. Aucun de ceux qui nous ont poursuivis n’a pensé à elles. Pas une seconde.
« Nos familles ont porté l’enceinte sur leurs épaules pendant dix-huit mois. Personne ne les a vues.»
Depuis votre libération, avez-vous retrouvé les hommes de votre équipe ?
Ma famille. C’est le mot juste et le seul mot juste. Ces hommes sont ma famille pour toujours. Je commande vingt soldats. Dix d’entre nous ont été arrêtés. Nous nous sommes soutenus à chaque étape. Et certains m’ont dit, depuis ma libération, qu’ils se sentent ‘castrés’. Que la peur de mal faire — la peur d’être à nouveau la cible — a changé leur façon d’opérer. C’est l’objectif recherché par ceux qui nous ont poursuivis : paralyser le soldat de terrain.
VI. CONSÉQUENCES OPÉRATIONNELLES ET SUITE DU COMBAT
Quelles ont été les conséquences opérationnelles concrètes pour la Force 100 et pour la sécurité du site ?
Sde Teiman a été transformé — rénovations, nouvelles conditions de détention. L’enceinte telle qu’elle existait n’est plus dans sa forme originale. Mais les unités d’intervention restent indispensables dans tous les établissements militaires. Ce qui s’est passé après notre arrestation, c’est simple : les soldats restants se sont sentis paralysés. Ils ne pouvaient plus intervenir avec la même force, la même détermination.
Et les terroristes, eux, le savaient. Ils l’ont vu. Il y a eu des cas de soulèvements où la force de réponse n’était plus capable d’intervenir à pleine puissance. Le danger pour nos soldats a augmenté directement après notre arrestation. Directement. Les détenus ont ri. J’ai eu des retours de personnes encore en service.
Voulez-vous encore servir dans cette unité après tout ce que vous avez traversé ?
Sans hésitation. La Force 100, c’est une légende. Je suis fier de chaque mission accomplie, de chaque journée passée avec ces hommes. Mes compagnons m’attendent. Il reste des ennemis — le Hezbollah, le Hamas, d’autres. Le travail est immense. Et c’est mon travail.
Ce que j’ai traversé — le procès, la résidence surveillée, la destruction — ne m’a pas brisé. Ça m’a convaincu que je dois continuer. Pas seulement pour moi. Pour que ce qui nous est arrivé n’arrive plus jamais à un autre soldat de première ligne. C’est la raison pour laquelle je suis là aujourd’hui, à parler. C’est la raison pour laquelle la Force 100 sera partout — au Parlement, dans les tribunaux, dans les rues, dans l’armée. Nous ne nous taisons plus.
« Quand un homme n’a plus rien à perdre, il n’a plus peur de rien. Et ça, ça change tout. »
Un mot pour conclure — à l’intention du peuple israélien, et de vos hommes.
Je veux commencer par remercier Dieu. Ce chemin — les turbulences, les chutes, les remontées — je l’ai senti à chaque instant accompagné. Dans le bien comme dans le pire.
Au peuple d’Israël : vous nous avez vus. Vous étiez là. Vous avez porté nos familles quand elles ne pouvaient plus se tenir debout. Vous avez élevé notre moral quand tout semblait brisé à l’extérieur. Nous vous en sommes redevables pour toujours. Nous n’aurions pas tenu sans vous.
À nos avocats — Avi Ami Ram et Lior Port — je ne sais pas encore comment les appeler. Pas seulement des avocats. Des commandants. Une famille. Ils ont été choqués, eux aussi — ils me l’ont dit à plusieurs reprises : ‘C’est la première fois que nous voyons quelque chose comme ça.’ Ils nous ont défendus jusqu’au bout, jusqu’au sang. Ils ont subi du harcèlement, des dissimulations de preuves, des mensonges. Et ils n’ont pas lâché. Je leur dois tout.
Et aux familles de mes soldats : vos épouses, vos enfants, vos parents — ils ont tout supporté en silence. Ce silence était leur combat à eux. Nous ne l’oublierons jamais. La guerre continue. Le tikkoun — la réparation — ne fait que commencer. Et nous irons jusqu’au bout.
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GLOSSAIRE & NOTIONS CLÉS
À l’usage du lecteur francophone — termes militaires, judiciaires et géopolitiques
Force 100 (Koah Meah / כוח 100)
Unité d’intervention d’élite composée de réservistes de Tsahal, recrutés parmi les meilleures unités combattantes israéliennes. Mission exclusive : neutraliser les incidents extrêmes dans les centres de détention militaires (émeutes, prises d’otages, attaques entre détenus ou sur le personnel). Seule unité habilitée à pénétrer physiquement dans les enceintes de détention.
Sde Teiman (שדה תימן)
Base militaire dans le désert du Néguev, reconvertie après le 7 octobre 2023 en principal centre de détention pour les combattants du Hamas et autres terroristes capturés lors de l’opération à Gaza. Fermée et partiellement rénovée après la médiatisation de l’affaire de la Force 100 ; ses conditions de détention ont été rapprochées de celles d’un établissement pénitentiaire civil.
Shin Bet (שב »כ — Shabak)
Service de sécurité intérieure de l’État d’Israël, équivalent de la DGSI française ou du MI5 britannique. Chargé notamment du renseignement sur les organisations terroristes, de la protection des personnalités officielles, et de la production des évaluations de dangerosité des détenus. Ses rapports sur les prisonniers constituent des pièces centrales dans les procédures de détention.
Unité 504 (יחידה 504)
Unité de renseignement militaire israélien spécialisée dans la collecte humaine (HUMINT — Human Intelligence). Elle gère le recrutement de sources, les interrogatoires et l’exploitation du renseignement humain en territoire ennemi. Ses rapports sur les détenus servent à établir leur profil et leur dangerosité.
Unité Massada (מצדה)
Unité d’intervention du Shin Bet déployée dans les prisons civiles israéliennes. Spécialisée dans la gestion des détenus dangereux et des incidents carcéraux. Elle a formé les cadres de la Force 100 aux techniques d’intervention en milieu pénitentiaire hostile. Son expertise est spécifiquement adaptée aux environnements haute sécurité.
Saraya Djabaliya / Brigades Izzedine al-Qassam
La Saraya Djabaliya désigne une formation opérationnelle du Hamas (branche armée) basée dans le camp de réfugiés de Djabaliya, dans le nord de la bande de Gaza — l’un des bastions historiques des Brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du Hamas. Le détenu impliqué dans l’incident du 5 juillet y était officiellement affilié selon les documents du Shin Bet.
Rav-Seren (רב סרן)
Grade militaire israélien correspondant au lieutenant-colonel (commandant en France). C’est le grade du commandant interviewé, désigné uniquement par son initiale ‘A.’ pour des raisons de sécurité.
MATZACH (מצ »ח — Police militaire de Tsahal)
Corps de police militaire des Forces de défense israéliennes. Chargé des enquêtes criminelles impliquant des militaires, de la discipline interne et de la protection des personnalités. Dans cette affaire, les enquêteurs du MATZACH ont conduit les interrogatoires des membres de la Force 100.
Procureure générale — Baharav-Miara
Gali Baharav-Miara a occupé le poste de Procureure générale de l’État d’Israël (Attorney General). Dans cette affaire, elle est notamment mise en cause pour des instructions internes controversées interdisant de traiter juridiquement les membres de la police du Hamas comme des combattants ennemis — même capturés en zone de combat actif — ouvrant ainsi la voie à des dépositions mensongères de détenus se présentant comme civils.
Kibboutz hagaluyot (קיבוץ גלויות)
Expression hébraïque signifiant littéralement ‘le rassemblement des exilés’. Renvoie historiquement au retour du peuple juif de la diaspora vers Israël. Utilisé ici de façon métaphorique par le commandant pour décrire la composition diverse de la Force 100 — un melting-pot de soldats venus de tous les horizons de la société israélienne.
Shin Gimel (ש »ג)
Abréviation hébraïque désignant le soldat en faction ou de première ligne (shomer givul). Dans ce contexte, le terme renvoie plus largement au combattant de terrain — le maillon opérationnel le plus exposé, par opposition aux officiers d’état-major, aux juristes ou aux responsables politiques.
Tikkoun (תיקון)
Terme hébreu signifiant ‘réparation’ ou ‘correction’. Dans la tradition juive, il renvoie à l’idée de réparer ce qui est brisé — dans le monde ou dans l’âme. Utilisé ici par le commandant dans un sens à la fois personnel (sa reconstruction) et collectif (le combat pour que la justice soit rendue).
7 octobre 2023
Date de l’attaque terroriste du Hamas contre Israël — la plus meurtrière de l’histoire du pays. Plus de 1 200 civils et soldats tués, 250 personnes prises en otage et emmenées à Gaza. Cette attaque constitue le contexte opérationnel, émotionnel et politique de toute l’affaire de la Force 100 et de la création du centre de détention de Sde Teiman.
Pete Hegseth
Secrétaire américain à la Défense nommé sous l’administration Trump. Cité dans cet entretien pour sa position sur le rôle des juristes militaires : il a déclaré que leur fonction devait être d’habiliter l’armée à être ‘aussi létale que possible’, et non de la paralyser par des contraintes juridiques excessives.
Entretien diffusé sur l’émission « Shomer Saf » (Gardien du Seuil), animée par Gadi Ezra.
Traduit de l’hébreu, condensé et structuré pour publication en format long. Fidélité aux propos originaux préservée.
© David Germon


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