Tribune Juive

Guerre contre l’Iran : On nous dit que Trump et Israël gagnent, mais concrètement, c’est quoi « gagner » ?

L’Iran ne déclarera jamais être vaincu. Une déclaration de victoire du fanfaron Trump ne peut pas être retenue. Alors, quel est le critère objectif et crédible pour déterminer quand l’Iran aura perdu cette guerre ?

Dans une guerre sans capitulation formelle de l’Iran (comme c’est le cas ici, où Téhéran refuse déjà toute reddition et continue les ripostes asymétriques), la « défaite » ne peut pas reposer sur une déclaration unilatérale des belligérants. Pourtant nous pouvons raisonnablement supposer que la raclée phénoménale qu’infligent les Etats-Unis et Israël à la république islamiste n’aura qu’une seule issue.

Les lecteurs de Dreuz me disent, dans leurs messages en privé, qu’ils sont saturés du narratif mainstream (« c’est l’impasse », « l’Iran mène une guerre d’usure », « le piège asymétrique de l’Iran va se refermer sur les Etats-Unis et Israël »…) que poussent Le Monde, BFMTV et encore France Info. Ils veulent connaître les faits. Entre le « tout va bien, on a gagné » et « c’est l’Apocalypse, la 3e Guerre mondiale est là, les Iraniens vont envahir l’Europe », il y a un espace pour une analyse objective.

Globalement, l’impression donnée au public français est que les États‑Unis et Israël gagnent militairement la confrontation, mais que la guerre d’usure, les risques d’embrasement régional et le coût humain rendent la situation loin d’être stabilisée.

Ce qui mène à la question cruciale : quels sont les critères mesurables qui prouvent qu’une guerre est gagnée ?

1. Partir des objectifs de la guerre

La guerre en Iran se trouve actuellement dans une phase où l’évolution militaire est relativement favorable : les États-Unis s’emploient sans relâche à priver l’Iran de sa capacité à utiliser son outil de guerre le plus essentiel — les attaques de drones et de missiles —, qui est au cœur même de toute la stratégie iranienne, peut-on lire dans une analyse de l’Institute for the Study of War (ISW)1.

Pour dire que l’Iran a « perdu », on doit s’éloigner des discours politiques, et se tourner vers les faits stratégiques observables. On doit examiner si les Etats-Unis et Israël ont atteint l’essentiel de leurs propres objectifs déclarés, même sans reddition formelle de l’Iran.

Les objectifs officiels américano‑israéliens tournent autour de quatre points :

  1. empêcher l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire,
  2. détruire ou neutraliser son arsenal balistique et ses moyens de production,
  3. affaiblir les réseaux terroristes régionaux,
  4. neutraliser ses capacités navales,

Avec en toile de fond, car le président Trump et le Premier ministre Netanyahou ont clairement expliqué que là n’était pas un objectif de leur part, mais leur contribution au droit à l’autodétermination du peuple iranien, un changement de régime majeur.

2. Critères militaires concrets

Il existe heureusement des critères mesurables et indépendants des déclarations.

L’Institute for the Study of War, un think tank non partisan, affirme que :

Conclusion

Comme les principaux outils de frappe de l’Iran sont systématiquement affaiblis, alors la trajectoire générale du conflit est favorable aux États-Unis et on se dirige vers la victoire.

3. Critères politiques et stratégiques

Au‑delà du militaire pur, on peut aussi regarder si l’Iran doit accepter des contraintes nouvelles qu’il refusait avant la guerre :

Dans ce cadre, l’Iran pourrait continuer à proclamer sa résistance tout en ayant, de fait, perdu si la nouvelle configuration régionale et les accords post‑conflit entérinent l’essentiel des buts de guerre américains et israéliens.

Devenez « lecteur premium », pour avoir accès à une navigation sans publicité, et nous soutenir financièrement pour continuer de défendre vos idées !

En tant que lecteur premium, vous pouvez également participer à la discussion et publier des commentaires.

Montant libre

Mensuel – 5€/mois

Abonnement Mensuel

Annuel – 50€/an

Abonnement Annuel

4. Pourquoi la « reddition » formelle n’est pas indispensable

Le droit et la pratique de la guerre montrent qu’une défaite peut être constatée sans acte de capitulation classique : ce qui compte, c’est d’abord la perte effective de la capacité de poursuivre la guerre à un niveau significatif et éventuellement la soumission, volontaire ou contrainte, à des conditions imposées.

En d’autres termes, même si l’Iran ne dira jamais « nous avons perdu », un observateur extérieur honnête pourra juger qu’il a perdu le jour où :

En résumé, l’Iran aura perdu quand des sources neutres (ne vous fatiguez pas, vous n’en avez pas, en France, ou alors vous ne les verrez jamais à la télé) attestent collectivement que sa menace existentielle est éliminée pour des années et qu’il ne peut plus ni combattre ni survivre en l’état. Ce n’est pas une date précise, mais un seuil vérifiable.

© By Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.com.

  1. https://understandingwar.org/research/middle-east/the-war-in-iran-operational-progress-but-challenges-remain/ ↩︎

Quitter la version mobile