Tribune Juive

Avis aux faussaires: Israël n’est pas un héros – C’est un État. Par Yael Bensimhoun

Ces derniers jours, une séquence de Thomas Guénolé circule largement. On l’y voit, installé avec cette nonchalance ridicule qu’on lui connaît, poser une question censée être embarrassante, et d’ailleurs largement diffusée : « Si Israël agit au nom des droits des femmes en Iran, pourquoi n’envoie-t-il pas ses missiles en Arabie saoudite ? »

La formule se veut ironique et habile. Elle est surtout hors sujet, car elle repose en réalité sur un contresens.

Non, sieur Guénolé, Israël n’a certainement pas attaqué l’Iran pour défendre les femmes iraniennes ou les opprimés. Savez-vous pourquoi ? Tout simplement parce que l’État hébreu n’est pas une ONG et n’a pas vocation à agir en arbitre moral du Moyen-Orient, ni en garant universel des droits humains. Son rôle est de se défendre, exactement comme tout État confronté à une menace directe et assumée. Pour rappel, le drapeau d’Israël est bleu et blanc, il n’est pas une cape de super-héros.

Depuis des années, le régime iranien finance, arme et organise des forces hostiles aux frontières d’Israël. Il proclame ouvertement son intention de faire disparaître l’État juif et construit patiemment une capacité de nuisance qui n’a rien de théorique.

C’est cette réalité, et aucune autre, qui motive l’action de Tsahal.

Cela n’empêche en rien une autre réalité d’exister : chacun peut regarder ce qui se passe en Iran, voir la situation des femmes et des opposants, et souhaiter sincèrement que cela change. Mais ce regard, aussi légitime soit-il, ne constitue pas le moteur de l’action israélienne.

C’est précisément à partir de là que le raisonnement se déforme. Dès qu’on attribue à cette action une intention qu’elle n’a pas, on quitte le terrain des faits.

Tout le reste relève alors d’une reconstruction a posteriori, d’une narration plaquée de l’extérieur par ceux-là mêmes qui refusent d’admettre que l’État d’Israël puisse, tout simplement, se défendre sans avoir à se justifier moralement à chaque instant.

Dès lors que l’on remplace ce point de départ par une intention plus acceptable, le débat se déforme. Une action de défense devient une intervention supposément humanitaire, que l’on peut ensuite juger incohérente en la comparant à d’autres situations. La question « pourquoi ici et pas ailleurs » ne tient que parce que le problème a été mal posé.

Ce déplacement ne relève pas seulement d’une confusion. Il tient aussi à un procédé bien rodé : on prête à Israël des intentions qu’il n’a pas, puis on s’en moque ou on les retourne contre lui. S’il agit, ce serait pour se donner bonne conscience ; s’il ne correspond pas à cette image, alors son action devient suspecte.

Le piège est là.

Car, malheureusement, les Israéliens que nous sommes finissons parfois par y entrer nous-mêmes, en cherchant à habiller notre défense d’une justification morale qui n’a pas lieu d’être.

Cette logique, qui n’en est pas une, finit par s’infiltrer dans notre propre manière de parler.

On la lit sur les réseaux, on l’entend dans les débats et dans certaines déclarations, y compris celles de Benjamin Netanyahu lorsqu’il s’adresse aux Iraniens en évoquant leur avenir. L’intention est compréhensible, mais elle suggère que cette guerre devrait être accompagnée d’une promesse, comme si elle ne pouvait pas se suffire à elle-même.

Or une conséquence, même souhaitable, ne devient pas pour autant une cause. Qu’un régime affaibli ouvre des perspectives pour sa population, ce que l’on souhaite de tout notre cœur, ne change rien à la nature de l’action engagée.

Présenter ces effets comme une intention déplace imperceptiblement le raisonnement. On ne parle plus d’une nécessité, mais d’une justification. On introduit l’idée que se défendre ne suffit pas, qu’il faudrait en plus démontrer une utilité extérieure pour être légitime.

Et ce glissement a un coût.

Il affaiblit la position dans le débat, parce qu’il impose de répondre à des attentes qui ne devraient pas exister. Il fragilise face aux accusations, puisqu’il oblige à argumenter là où il suffirait d’affirmer. Il finit surtout par atteindre la manière même dont on se perçoit, en laissant s’installer le doute sur un droit pourtant élémentaire.

Lorsqu’un État en vient à présenter sa défense comme autre chose qu’une nécessité, il la défend moins clairement, et peu à peu moins fermement.

Or aucun pays n’est tenu de transformer sa sécurité en cause universelle. Aucun n’est sommé de prouver que son action bénéficie à d’autres pour être légitime. Tous agissent en fonction de ce qui menace leur existence.

Sauf pour Israël.

Dans son cas, la règle se modifie. La légitime défense devient discutable, encadrée, conditionnée, comme si elle devait répondre à des critères particuliers. Ce traitement à part révèle moins une exigence morale qu’une difficulté persistante à accepter Israël comme un État parmi les autres.

La réalité, pourtant, reste simple.

Un État menacé se défend.

Ce droit ne dépend ni des effets produits ailleurs, ni d’un bénéfice pour d’autres populations, ni d’un récit moral qui viendrait l’accompagner.

Il tient à une seule chose : la nécessité de continuer à exister.

Israël n’est pas en guerre pour sauver les femmes et le peuple iraniens, même si l’on peut espérer que ce conflit ait des conséquences bénéfiques pour eux.

Israël est en guerre parce que son existence est en jeu.

Et cela devrait suffire.

© 𝗬𝗮𝗲𝗹 𝗕𝗲𝗻𝘀𝗶𝗺𝗵𝗼𝘂𝗻

Diplômée  de littérature  française, Yaël Bensimhoun s’est établie en Israël il y a près de 20 ans . C’est là qu’elle conjugue  l’amour  de sa langue d’origine et celui du pays  auquel elle a toujours senti appartenir. Elle collabore depuis plusieurs années à des journaux et magazines franco-israéliens.

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