Tribune Juive

Le panache. Par Sarah Cattan

Il y a des moments politiques qui dépassent leur propre échelle. Ces municipales parisiennes en font partie. Qui avaient un parfum local. Qui prennent soudain un goût de présidentielle: on croyait élire un maire. On découvre un pays.

A Tribune juive, nous avons interviewé Sarah Knafo. D’aucuns nous l’ont reproché. Nous expliquant doctement qu’il y aurait des lignes à ne pas franchir. « Vous avez basculé », nous fut-il dit. Avec cette indignation confortable des temps médiocres : celle qui ne pense pas, mais qui désigne. Il y aurait des voix qu’il ne faudrait pas entendre. Des noms qu’il ne faudrait pas prononcer. Des conversations qu’il faudrait éviter. C’est toujours ainsi que commencent les paresses intellectuelles : par des interdits.

Nous avons choisi l’inverse. Nous avons choisi la conversation. Le dernier luxe des esprits libres — et la première ennemie des certitudes molles.

Aujourd’hui, la politique répond.

10,40%. Un score que les commentateurs s’empresseront de qualifier de “faible”.
Ils se trompent.

10,40%, en deux mois, avec un programme lu, chiffré, travaillé — dans un pays qui ne lit plus — c’est un fait politique.

Ce chiffre, dans un pays où l’on ne lit plus, où l’on survole, où l’on consomme la politique comme une image, est une anomalie.

La décision

Mais ce chiffre n’est rien. Et le vrai fait politique est ailleurs. Il est dans la décision. Se retirer. Renoncer à soi pour empêcher pire que soi. Accepter de ne pas gagner pour ne pas laisser gagner ce que l’on combat. Cela a un nom. Cela s’appelle le sens de l’honneur.

Pendant ce temps, la comédie continue. On nous explique, avec gravité, avec componction, avec cette assurance tranquille des aveugles, que tout se vaut.

Que se taisent donc ces commentateurs pleutres et sans envergure qui défilent de partout pour répéter ad nauseam que le danger serait partout et nulle part.

Ce signe = est devenu la grande paresse française. Une paresse morale. Intellectuelle. Une lâcheté politique.

Non. Tout ne se vaut pas. Non, on ne met pas sur le même plan ceux qui regardent ailleurs quand les Juifs sont pris pour cible — et ceux qui, au minimum, nomment les choses. Non, on ne confond pas une stratégie politique avec une faillite morale.

La vérité est plus simple. La honte, aujourd’hui, n’est pas là où on nous l’indique depuis vingt ans. La honte, c’est de continuer à mentir sur la réalité du pays. D’entretenir des équivalences fausses pour ne jamais avoir à choisir.

Face à cela, le geste de Sarah Knafo. Un geste imparfait, discutable, politique — donc humain. Mais un geste clair. Un geste qui tranche. Qui assume. Qui dit : Je prends mes responsabilités.

C’est rare. C’est même devenu exceptionnel. Car le fond du problème français est là. Dans ce pays que nous sommes devenu et qui commente tout, mais choisit de moins en moins. Qui analyse, nuance, hésite — jusqu’à l’effacement. Ce pays où la clarté y est devenue vertu subversive.

Dans ce pays qui s’excuse de décider, Sarah Knafo tranche. Dans ce pays qui dilue tout, elle assume. Dans ce pays qui commente, elle agit.

Aujourd’hui, la politique française offre deux visages. La honte d’un côté. Le panache de l’autre. À chacun de regarder où il se tient.

© Sarah Cattan

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