Tribune Juive

Pourquoi Pékin ne versera aucune larme si le régime iranien tombe. Par Stéphane Goldin

La Chine a bien envoyé un émissaire spécial au Moyen-Orient pour jouer les médiateurs. Mais celui-ci semble avoir disparu des écrans radar. Pékin condamne la guerre, appelle au dialogue… puis observe, silencieusement, le déroulement des événements.

Lors d’un point presse, le ministre chinois des Affaires étrangères, a certes dénoncé le conflit en Iran. Mais il s’est soigneusement gardé de critiquer directement les États-Unis, laissant ouverte la perspective d’une visite de Donald Trump à Pékin, prévue du 31 mars au 2 avril.

En réalité, la Chine se trouve face à un dilemme stratégique inédit. En l’espace de quelques semaines, Washington a frappé militairement deux partenaires énergétiques majeurs de Pékin : le Venezuela, puis l’Iran. Officiellement, la Chine condamne ces opérations. Mais dans les faits, la situation pourrait bien servir ses intérêts.

Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, Pékin adopte une posture de spectateur prudent. Son inquiétude principale est simple : la sécurité de ses approvisionnements énergétiques.

La Chine dépend massivement du pétrole du Moyen-Orient. En 2025, la région a fourni 57 % des importations maritimes de pétrole de la Chine, soit près de 5,9 millions de barils par jour. L’Iran à lui seul représente environ 1,4 million de barils quotidiens.  

Autrement dit, toute perturbation du détroit d’Ormuz, pourrait mettre en difficulté Pékin mais la Chine a anticipé ce scénario. Grâce à des années de stockage, la Chine dispose d’environ 1,2 milliard de barils de réserves stratégiques, soit plus de trois mois d’autonomie.

De plus, contrairement à l’image souvent véhiculée, Pékin n’éprouve aucune affinité idéologique particulière avec le régime iranien.

L’intégrisme religieux est précisément l’une des idéologies que le pouvoir chinois combat le plus durement sur son propre territoire. Pour le Parti communiste chinois, les régimes théocratiques sont moins des alliés que des partenaires circonstanciels.

Si demain un régime plus stable, plus pragmatique et plus tourné vers l’économie apparaissait à Téhéran, Pékin pourrait même y voir une opportunité compte tenu de la position géographique de l’Iran qui se situe au carrefour de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de l’Europe et un lien stratégique pour la Route de la soie chinoise.

Mais l’avantage chinois ne s’arrête pas là.

Une guerre prolongée au Moyen-Orient signifie une consommation massive d’armements occidentaux. Missiles de croisière, systèmes radar, drones, munitions guidées : les stocks américains et européens pourraient fondre rapidement dans ce type de conflit.

Or ces armements reposent sur des métaux rares et des minéraux stratégiques dont la Chine contrôle une grande partie de la production et du raffinage mondial.

Autrement dit, pendant que Washington dépense ses missiles, Pékin renforce sa position industrielle.

Enfin, face à ce conflit, l’Europe apparaît plus divisée que jamais.

Pour la plupart des États européens, la priorité stratégique reste la Russie. La guerre en Iran n’est donc pas perçue comme leur guerre.

Résultat : l’Union européenne oscille entre déclarations diplomatiques et prudence stratégique.

L’Allemagne adopte une ligne clairement favorable à Israël , tandis que la France privilégie une posture plus critique, en partie pour se démarquer de la politique américaine.

Cette fragmentation réduit mécaniquement le poids européen dans la crise.

Dans ce conflit, chacun croit défendre ses intérêts : Washington affirme contenir l’Iran, Israël veut neutraliser une menace stratégique, et Téhéran cherche à survivre.

Mais à des milliers de kilomètres du champ de bataille, une puissance observe patiemment.

La Chine.

Et si le régime iranien venait à tomber demain, Pékin ne verserait probablement aucune larme.

Car dans le grand jeu géopolitique mondial, la Chine sait que le chaos des autres est souvent le prélude à ses propres gains.

Shabbat shalom à tous ☀️

Pourquoi Pékin ne versera aucune larme si le régime iranien tombe. 

La Chine a bien envoyé un émissaire spécial au Moyen-Orient pour jouer les médiateurs. Mais celui-ci semble avoir disparu des écrans radar. Pékin condamne la guerre, appelle au dialogue… puis observe, silencieusement, le déroulement des événements.

Lors d’un point presse, le ministre chinois des Affaires étrangères, a certes dénoncé le conflit en Iran. Mais il s’est soigneusement gardé de critiquer directement les États-Unis, laissant ouverte la perspective d’une visite de Donald Trump à Pékin, prévue du 31 mars au 2 avril.

En réalité, la Chine se trouve face à un dilemme stratégique inédit. En l’espace de quelques semaines, Washington a frappé militairement deux partenaires énergétiques majeurs de Pékin : le Venezuela, puis l’Iran. Officiellement, la Chine condamne ces opérations. Mais dans les faits, la situation pourrait bien servir ses intérêts.

Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, Pékin adopte une posture de spectateur prudent. Son inquiétude principale est simple : la sécurité de ses approvisionnements énergétiques.

La Chine dépend massivement du pétrole du Moyen-Orient. En 2025, la région a fourni 57 % des importations maritimes de pétrole de la Chine, soit près de 5,9 millions de barils par jour. L’Iran à lui seul représente environ 1,4 million de barils quotidiens.  

Autrement dit, toute perturbation du détroit d’Ormuz, pourrait mettre en difficulté Pékin mais la Chine a anticipé ce scénario. Grâce à des années de stockage, la Chine dispose d’environ 1,2 milliard de barils de réserves stratégiques, soit plus de trois mois d’autonomie.

De plus, contrairement à l’image souvent véhiculée, Pékin n’éprouve aucune affinité idéologique particulière avec le régime iranien.

L’intégrisme religieux est précisément l’une des idéologies que le pouvoir chinois combat le plus durement sur son propre territoire. Pour le Parti communiste chinois, les régimes théocratiques sont moins des alliés que des partenaires circonstanciels.

Si demain un régime plus stable, plus pragmatique et plus tourné vers l’économie apparaissait à Téhéran, Pékin pourrait même y voir une opportunité compte tenu de la position géographique de l’Iran qui se situe au carrefour de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de l’Europe et un lien stratégique pour la Route de la soie chinoise.

Mais l’avantage chinois ne s’arrête pas là.

Une guerre prolongée au Moyen-Orient signifie une consommation massive d’armements occidentaux. Missiles de croisière, systèmes radar, drones, munitions guidées : les stocks américains et européens pourraient fondre rapidement dans ce type de conflit.

Or ces armements reposent sur des métaux rares et des minéraux stratégiques dont la Chine contrôle une grande partie de la production et du raffinage mondial.

Autrement dit, pendant que Washington dépense ses missiles, Pékin renforce sa position industrielle.

Enfin, face à ce conflit, l’Europe apparaît plus divisée que jamais.

Pour la plupart des États européens, la priorité stratégique reste la Russie. La guerre en Iran n’est donc pas perçue comme leur guerre.

Résultat : l’Union européenne oscille entre déclarations diplomatiques et prudence stratégique.

L’Allemagne adopte une ligne clairement favorable à Israël , tandis que la France privilégie une posture plus critique, en partie pour se démarquer de la politique américaine.

Cette fragmentation réduit mécaniquement le poids européen dans la crise.

Dans ce conflit, chacun croit défendre ses intérêts : Washington affirme contenir l’Iran, Israël veut neutraliser une menace stratégique, et Téhéran cherche à survivre.

Mais à des milliers de kilomètres du champ de bataille, une puissance observe patiemment.

La Chine.

Et si le régime iranien venait à tomber demain, Pékin ne verserait probablement aucune larme.

Car dans le grand jeu géopolitique mondial, la Chine sait que le chaos des autres est souvent le prélude à ses propres gains.

Shabbat shalom à tous ☀️

© Stéphane Goldin

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