Tribune Juive

« Où est-il? » Par Sarah Cattan

Depuis quelques jours, une question hante les rues de Téhéran, les réseaux sociaux iraniens, les chancelleries occidentales et probablement aussi quelques satellites israéliens : où est passé Mojtaba Khamenei ?

Le nouveau guide suprême de l’Iran a été nommé dimanche. C’est une promotion prestigieuse : chef spirituel, chef politique, chef militaire, guide des croyants, incarnation du régime. Un poste qui, normalement, s’accompagne d’un petit détail : apparaître.

Or, depuis sa nomination, le guide suprême est introuvable.

Certes, ses portraits sont partout. Sur les banderoles, sur les écrans géants, sur les affiches officielles. Il reçoit symboliquement le drapeau de son père défunt sous le regard de l’ayatollah Khomeini. Une succession parfaite, presque hollywoodienne.

Il y a juste un problème : le héros de l’affiche n’est pas sur scène.

Officiellement, tout va bien. Le fils du président iranien l’assure : Mojtaba Khamenei est « sain et sauf ».
Une formule diplomatique qui, dans certaines régions du monde, signifie simplement : il respire encore, et c’est déjà pas mal.

Un ambassadeur iranien a tenté d’être un peu plus précis : blessé aux jambes, à la main, au bras… et probablement pas en état de prononcer un discours.

Ce qui, pour un guide suprême fraîchement nommé, ressemble un peu à la situation d’un chef d’orchestre qui ne peut ni lever les bras ni monter sur scène.

Les experts occidentaux ont une hypothèse simple : le bunker.
Un bunker profond. Très profond. Peut-être tellement profond qu’on capte à peine le Wi-Fi.

Car Mojtaba a vu ce qui est arrivé à son père, à sa mère et à son épouse lors du bombardement initial.
Dans ces conditions, on comprend qu’il privilégie une stratégie militaire très prudente : la doctrine de l’invisibilité totale.

C’est une innovation stratégique intéressante.

Pendant des décennies, le régime iranien a cultivé l’image d’une puissance défiant le monde entier. Désormais, il semble expérimenter un nouveau concept : la dissuasion par disparition.

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Dans les rues de Téhéran, certains continuent pourtant de scander son nom lors des rassemblements officiels.

Mais la nuit, d’autres voix montent des fenêtres : « Mort à Mojtaba ! »

Et sur les réseaux sociaux, la question circule avec une ironie mordante :

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Où est-il ?

Dans un bunker ? Dans un hôpital secret ? Dans un tunnel ?
Ou simplement en train de réfléchir au sens très concret de la fonction de guide suprême lorsqu’on devient, en même temps, la cible prioritaire d’Israël et des États-Unis ?

La République islamique a déjà connu des crises. Elle a survécu à des guerres, à des sanctions, à des révoltes. Mais elle expérimente aujourd’hui une situation inédite : un guide suprême omniprésent sur les affiches… et absent partout ailleurs.

En somme, un pouvoir théologique qui a inventé une nouvelle figure politique : le guide suprême… en mode furtif.

Et pendant ce temps, à Téhéran, la question continue de circuler, mi-moqueuse, mi-inquiète :

Où est-il ?

© Sarah Cattan

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