Tribune Juive

Gaza-Iran : la même tactique perverse. Par Daniel Sibony*

Curieusement dans les guerres actuelles, on se tire dessus de façon ciblée ou pas, de préférence ciblée (les GPS font le travail) mais il n’y a pas vraiment de stratégie, de mouvements de troupes habiles, qui faisait dire naguère que tel général avait du génie. Parfois, il y a des ruses retentissantes comme contre le Hezbollah). Il y a ce qu’on appelle en anglais intelligence, soit les infos qu’on ramasse pour que l’échange de projectiles soit le plus efficace. Sinon, toute l’intelligence est dans les objets techniques.

En revanche, cela n’exclut pas des erreurs stratégiques comme par exemple, celle d’attaquer l’Afghanistan après le 11 septembre 2001 et d’y mener une guerre de 20 ans pour rien, au lieu d’attaquer déjà l’Iran.

Mais il y a un invariant pervers. Pour le voir, comparons l’actuelle guerre d’Iran à celle de Gaza : dans les deux cas les tunnels sont essentiels pour cacher les armes et cacher les combattants. Détruire les tunnels l’un après l’autre est une tâche titanesque et à vrai dire impossible, parce que l’ennemi, entre-temps, active d’autres facteurs : l’opinion occidentale, pour la mettre de son côté. Dans la guerre de Gaza, cette opinion ne supportait pas les victimes civiles surtout les enfants, façon pour elle et pour le Hamas qui la manipule, de réclamer le cessez-le-feu et donc, la victoire du Hamas. Aujourd’hui, avec la guerre d’Iran et les attaques que l’Iran mène sur les sites pétroliers, il veut lui aussi ameuter l’opinion ; ce serait celle des consommateurs, qu’il s’agit de faire râler pour quelques centimes d’augmentation – pendant que les dirigeants oublient de rappeler voire d’utiliser les énormes réserves qu’on a. Le but est d’amener le quidam à dire qu’il y en a marre de cette guerre, pour que le régime des Mollahs se maintienne.

C’est une manœuvre grossière mais qui peut fonctionner…

Du reste, sur la chaîne publique, on entend plus la malveillance envers Trump et Israël que l’antipathie pour le régime des Mollahs.

Cette stratégie d’activer l’opinion mondiale invite à mieux l’identifier. Or cette opinion, en fait occidentale, c’est celle à qui on donne la parole dans les micros-trottoirs, les petites enquêtes où l’on choisit ensuite les réponses que l’on diffuse pour que l’enquête dise ce qu’on veut ; le « on » étant les différentes rédactions dont on sait qu’en majorité, elles n’aiment pas Israël parce que c’est un « État colonial » et qu’elles n’aiment pas les États-Unis parce qu’ils sont impérialistes. On voit à quel niveau de profondeur ces médias puisent leur progressisme pour prétendre formater l’opinion et la brandir comme un facteur objectif et décisif. Le résultat est tout trouvé : l’opinion mondiale est contre la guerre, elle est donc pour le maintien du régime des Mollahs ; mais si on le lui disait, à cette fameuse opinion, ça la révolterait.

Encore faut-il qu’elle ait la parole, cette opinion…

Tout cela pour cacher que l’opinion gauchisante en Europe et aux États-Unis jouit de se faire entuber par l’islam radical. J’ai lu l’opinion d’un sociologue démocrate, Mersheimer, qui dit que l’erreur de l’Iran c’est de n’avoir pas déjà fabriqué la bombe nucléaire, car cela aurait empêché toute attaque.

Être soi-disant progressiste et être pour le régime des Mollahs, cela exprime la haine immense que l’on a pour ses origines. Et comme je l’ai souvent dit : l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine. Et on entend cette haine chez ce brave démocrate qui dit que les chefs iraniens auraient dû prendre comme modèle le chef de la Corée du Nord que personne n’ose attaquer puisqu’il a l’arme nucléaire ; il dit que ce que ce que l’Iran a de mieux à faire c’est d’infliger de lourdes pertes aux États-Unis, à Israël et à l’économie mondiale ; on voit donc un prof en train de professer qu’il faut que des obscurantistes démentiels frappent son pays et frappent bien sûr Israël parce que ces deux pays ont déclenché la guerre et qu’il faut préserver le pouvoir des Mollahs. Cela m’a rappelé l’appel poignant d’un certain Barnavi à Macron pour qu’il prenne des sanctions contre Israël, en disant : Allez-y, c’est un petit pays, ce sera très marquant.

Cela paraît un peu fou, mais les affects et les passions frôlent parfois la folie ; tout comme l’amour et la haine ; c’est ce couple qui dirige toutes les guerres et celle-là spécialement.

Un détail intéressant : à Gaza, Israël a perdu 20 ans pendant lesquels il a laissé le Hamas faire ses tunnels et se préparer. En Iran, l’Amérique a perdu 20 ans, plus 5 ans, à laisser les Mollahs faire des tunnels beaucoup plus grands, fourbir des armes plus meurtrières et préparer sa bombe. Maintenant, le travail est plus dur et tout comme à Gaza, et d’ailleurs, comme en Afghanistan, la difficulté se révèle être politique. 

Comment mobiliser le peuple et quoi mettre à la place des Mollahs ? C’est la même question et la même impasse qu’à Gaza, cette fois au niveau gigantesque de l’Iran.

Autre détail qui rappelle les enjeux éthiques et politiques ; ce petit drone iranien très dur à intercepter s’appelle « Shahed » ; c’est le nom qu’on donne aux martyrs qui se suicident en faisant le plus mal possible ; en réalité, son sens précis c’est « le témoin » ; l’homme ou le drone kamikaze témoigne pour Allah, il témoigne de sa foi sans borne pour son dieu Allah qui a maudit les juifs et les chrétiens ; et les fidèles lui donnent raison puisque les juifs et les chrétiens qui mènent cette guerre font des victimes. Le cercle vicieux se referme comme pour l’opinion mondiale que l’on fabrique.

Cela nous rappelle en passant que ce dieu Allah du Coran n’est pas le Dieu biblique qui, lui, ne maudit pas les juifs et les chrétiens. Le sens de cette guerre, c’est de vaincre un État qui veut graver dans les faits le discours d’Allah sur les juifs et les chrétiens ; et qui a commencé en armant le Hamas, le Hezbollah, les Houthis, les milices irakiennes. C’est le même combat qu’à Gaza, et la même difficulté 

Espérons que cette guerre contre des ténèbres médiévaux apporte un peu de lumière même si on peut regretter qu’elle arrive si tard. Mais pour les causes justes, il n’est jamais trop tard.

© Daniel Sibony


*Dernier ouvrage paru : « La Torah, une lecture laïque ». Éditions Odile Jacob. février 2026

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Auteur de Les non-dits d’un conflit, le Proche-Orient, après le 7 octobre

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