
La folie du pouvoir iranien qui a bombardé les pays du Golfe, et au-delà des pays comme l’Azerbaïdjan ou Chypre – tout en prétendant le contraire, montre un mélange de désorganisation et de panique. Le résultat est que les pays sunnites – hormis la Turquie, et peut-être son protégé syrien – vont réaliser que finalement, être du côté d’Israël dans cette région n’est pas la plus mauvaise option.
Les choses bougent actuellement très vite : le président libanais Aoun a aujourd’hui indiqué son souhait d’initier des discussions directes avec Israël. Le Hezbollah est sous une pression maximale, parce que le peuple libanais en a assez des opérations de déstabilisation orchestrées par ce mouvement opéré par le pouvoir iranien. On lit de plus en plus de prises de position au Liban en faveur d’une paix entre le Liban et Israël, ce qui était un tabou il n’y a pas longtemps, avec la volonté de se défaire du Hezbollah, du moins sa branche militaire.
Ailleurs, le Qatar aurait annoncé expulser les responsables du Hamas qui refusent de condamner publiquement les bombardements iraniens contre le Qatar.
Cette guerre va déclencher un mouvement de plaques tectoniques accéléré au Moyen-Orient, et la reconfiguration des amitiés et des alliances sera probablement spectaculaire.
Il n’est pas certain que cela fasse l’affaire d’Erdogan, qui espérait tirer son épingle du jeu à Gaza en s’acoquinant avec le Hamas. Difficile de dire comment et quand les choses vont se stabiliser. La hausse rapide du prix du pétrole et les tensions sur les marchés financiers pourraient faire flancher Trump : n’oublions pas que les Américains sont fortement investis sur les marchés, notamment pour leur retraite. Nous entrons peut-être dans la phase la plus sensible de cette guerre, et les éventuels succès américano-israéliens pourraient conduire à des évolutions plus rapides que prévues.
Si tel est le cas, la République islamique pourrait se retrouver dans une position paradoxale : en voulant démontrer sa capacité de nuisance régionale, elle aurait surtout accéléré l’isolement stratégique qu’elle cherchait précisément à éviter. Les monarchies du Golfe, déjà méfiantes, auront désormais une démonstration concrète du danger que représente un régime prêt à frapper indistinctement ses voisins tout en niant toute responsabilité. Dans ces conditions, la normalisation avec Israël pourrait apparaître moins comme un choix idéologique que comme une assurance stratégique minimale.
Pour Téhéran, le risque est alors double. À l’extérieur, voir se consolider un axe de facto entre Israël, plusieurs États arabes et les États-Unis. À l’intérieur, devoir expliquer à une population déjà éprouvée par les sanctions et la crise économique pourquoi une stratégie censée projeter la puissance iranienne aboutit surtout à multiplier les ennemis et à rapprocher entre eux des pays qui, hier encore, se méfiaient profondément les uns des autres.
Les prochains jours seront donc déterminants. Dans les conflits armés, il existe toujours un moment où l’escalade peut encore être contenue, et un autre où la dynamique devient incontrôlable. Si les fronts continuent de s’élargir et si les marchés de l’énergie restent sous tension, la pression internationale pour imposer une forme d’arrêt des hostilités pourrait devenir considérable. Mais si, au contraire, les adversaires de l’Iran (et indirectement de la Chine) sentent que le rapport de force leur devient favorable, la tentation sera grande d’aller plus loin et de chercher à redessiner durablement l’équilibre stratégique de la région.
© Jean Mizrahi
