TJ est invité par le Limoud au Forum
« Tikoun Olam: réparer le monde hier, aujourd’hui et demain »
Lorsque je parle de « Tribune juive », j’ai tendance à dire « mon journal », alors que je n’en suis qu’une cheville ouvrière. Je l’appelle aussi -en comité intime- : « mon trésor ». En avant donc pour une présentation … à distance!
Bien sûr, « Tribune juive » existait bien avant que j’en sois, et de tout cela je vais vous dire quelques mots : D’où vient « Tribune juive » -son histoire et cet héritage-, Ce qu’elle est devenue -le repositionnement éditorial-, mais aussi Ce qu’elle veut être -un espace de débat ouvert dans un moment de fracture-.
« Tribune juive », c’est une histoire: un journal né pour faire entendre une voix juive.
« Tribune juive » est une aventure éditoriale ancienne dans le paysage français. Le journal est fondé par un homme que je respecte et admire, pour qui j’ai de l’affection et avec qui je suis en lien constant : mon ami le rabbin Jacquot Grunewald qui reprend, en 1965, la direction du mensuel « Bulletin de nos communautés d’Alsace et de Lorraine », créé en 1945, et le renomme en 1968 « Tribune juive ». Des noms illustres mettront leur touche au titre : d’Yves Derai à Jean-Pierre Allali, en passant par Pierre Besnainou, Ivan Levaï, Yves Azeroual, Michaël Abizdid.
En 2012, le titre est repris par André Mamou qui en est toujours le Directeur, et qui fit équipe avec Yves Sroussi, Line Tubiana, Michèle Delinon, Sylvie Bensaïd, ces 2 dernières étant toujours présentes avec Emmanuel Lacombe, notre webmaster, fidèles et efficaces lorsque la mer est calme et lorsque, plus généralement, le temps est à la tempête.
J’ai moi-même, il y a une dizaine d’années, été recherchée puis « trouvée » par le Directeur actuel, André Mamou, à l’occasion d’un billet que j’avais écrit en novembre 2015 et qui fut publié en Israël, au soir des attentats qui défigurèrent et ensanglantèrent Paris. On me proposa de venir écrire pour « Tribune juive ».
La vie du journal, ou la vie tout court, avec ses aléas, a fait que j’ai été amenée à gérer « Tribune juive », qu’il s’agisse du site ou des magazines papier qu’à l’époque nous publiions 4 fois par an. Même si écrire m’a depuis terriblement manqué, c’est avec enthousiasme que j’ai voulu, avec mon équipe, relever ce challenge : la question n’étant pas seulement de faire survivre un titre, mais de lui redonner un rôle dans le débat contemporain.
L’idée originelle est simple mais ambitieuse : offrir une tribune.
Une Tribune. Pas une institution. Pas un organe communautaire officiel. Une tribune. Un lieu où peuvent se croiser des sensibilités différentes, des analyses politiques, des débats intellectuels. Au fil des années, le journal a accueilli des journalistes, des historiens, des écrivains, des intellectuels renommés, de France et d’étranger, de toutes confessions, et s’est imposé comme un espace de réflexion libre dans la presse juive francophone.
Une nouvelle étape : la reprise et la transformation
Le paysage médiatique avait changé, avec l’explosion du numérique, la fragmentation des publics, la polarisation politique, et, last but non least, la montée d’un nouvel antisémitisme.
Dans ce contexte, un média juif ne pouvait pas être simplement un journal communautaire de plus. Il devait être un lieu de réflexion intellectuelle, un observatoire politique, et parfois un lieu d’alerte.
Nous avons donc engagé plusieurs transformations : l’ouverture du journal à de nouvelles plumes -journalistes, avocats, intellectuels, chercheurs, le développement numérique via des articles quotidiens, débats, tribunes, analyses, et, assez récemment, le dialogue, voire le partenariat, avec d’autres médias, sites ou Associations : je pense notamment au partenariat qui s’est créé avec Radio Kol Aviv, sur laquelle j’intervenais jadis comme chroniqueuse, à celui qui existe avec le BNVCA, à notre lien amical avec Mosaïque, celui avec Schibboleth Actualit de Freud, et, demain peut-être, les Éditions David Reinharc.
Vous le voyez : « Tribune juive » est devenu un média vivant, inscrit dans le débat public.
Avant de poursuivre plus avant, je ne peux ni ne veux faire l’économie d’un sujet duquel Paris ( restons modestes ) parle : notre fameux « virage à droite » : « C’était le fleuron de la presse communautaire », a commencé dimanche dernier Alain Finkielkraut, que je respecte profondément par ailleurs, au micro de Frédéric Haziza sur radio J, « mais ce journal a pris un désolant virage à Droite », a-t-il poursuivi, avant que l’animateur se croie autorisé à surenchérir et à le qualifier … « d’abject ».
On me dit souvent : Tribune juive aurait « viré à droite ». Ces critiques existent. Je ne les éluderai pas. Mais elles posent une question plus profonde : qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui, « de droite » ou « de gauche », lorsqu’on parle des Juifs, d’Israël et de l’antisémitisme ? Pendant longtemps, la presse juive française s’inscrivait assez naturellement dans un univers intellectuel plutôt progressiste. Mais le paysage a changé et aujourd’hui, certaines choses très simples sont devenues idéologiquement suspectes : dire que l’antisionisme peut être une forme d’antisémitisme, refuser l’alliance entre certaines causes progressistes et des mouvements islamistes, défendre le droit d’Israël à exister et à se défendre. Dans le climat actuel, nommer ces réalités est immédiatement perçu comme un « virage à droite ». Peut-être. Ou peut-être est-ce simplement un retour à une forme de lucidité. Chacun conviendra que la question est mal posée, la vraie question étant de savoir où donc est passé le centre de gravité du débat public.
Celle qui vous parle, sans avoir jamais été encartée, était ce qu’on appelait jadis « une femme de gauche ». Depuis une dizaine d’années, plusieurs phénomènes ont profondément changé la situation : la montée de l’antisémitisme islamiste, la radicalisation d’une partie de la gauche, l’importation du conflit israélo-palestinien dans les universités et les mouvements militants, la banalisation d’un antisionisme devenu parfois la nouvelle langue de l’antisémitisme.
Face à cela, beaucoup de médias ont choisi la prudence. Parfois le silence. Nous, nous avons fait un autre choix : nommer les choses. Et dans le climat actuel, il se trouve que nommer certaines réalités vaut au locuteur les qualificatifs -qui se veulent infamants- d’islamophobe, « de droite » », et pourquoi pas « d’extrême droite ».
Or « Tribune juive » n’est pas un journal partisan. Ce n’est ni un journal du RN, ni un journal de LR, ni un journal dévolu au parti présidentiel. C’est un journal qui considère que la lutte contre l’antisémitisme n’est pas négociable, que la défense d’Israël fait partie de l’identité d’une grande partie du judaïsme contemporain, que la lucidité politique doit primer sur les réflexes idéologiques. Et si cela nous place parfois à contre-courant du consensus médiatique, nous l’assumons.
Nous l’assumons,Mais il faut être très clair : Tribune juive n’est pas un journal fermé. Au contraire. C’est un journal de tribunes. Nous publions des analyses, des désaccords, des débats. La seule ligne rouge est simple : le respect du débat démocratique, la lutte contre l’antisémitisme, et la clarté revendiquée concernant notre soutien à Israël face à ceux qui prônent son effacement. Pour le reste, nous pensons que le judaïsme français a besoin de pluralisme intellectuel, Car une communauté qui ne débat plus devient une communauté qui s’appauvrit : c’est ainsi que TJ a donné la parole à des rabbins concernant l’euthanasie ou l’homosexualité et l’a donnée aux femmes qui se battent pour conduire les cérémonies religieuses.
Le rôle d’un média juif aujourd’hui
Nous vivons un moment historique troublé. Les Juifs d’Europe redécouvrent des questions que l’on croyait appartenir au passé : sécurité, visibilité, rapport à la République, rapport à Israël. Dans ce contexte, un média comme « Tribune juive » doit être libre, lucide, courageux.
Libre, parce que la parole juive ne doit pas être confisquée. Lucide, parce que les illusions politiques sont souvent dangereuses. Courageux, parce que certaines vérités sont devenues difficiles à dire. Au fond, « Tribune juive » essaie simplement de rester fidèle à son nom : une tribune. Une tribune pour penser, débattre, et parfois déranger. Mais toujours pour comprendre le monde tel qu’il est.
Un mot sur les temps forts de « Tribune juive«
Le repositionnement duquel je vous parle n’est pas seulement une ligne éditoriale. Il s’est aussi incarné dans des moments forts. Nous avons par exemple accueilli des voix majeures du débat intellectuel, comme Georges Bensoussan, dont les analyses sur l’antisémitisme contemporain ont marqué toute une génération. Il s’est trouvé qu’au moment du procès « fou » qui lui fut fait, face à la frilosité de certains soutiens que tous nous escomptions, nous avons, en ouvrant nos pages à des journalistes, des avocats, des chercheurs, des essayistes, été contraints d’évoquer la « puissance » des Juifs de cour, leur manque de courage, cette interrogation ancienne, presque biblique, sur la relation entre les Juifs et le pouvoir, entre loyauté, prudence et liberté de parole. Un débat qui n’est pas nouveau dans l’histoire juive. Mais qui est redevenu brûlant.
Au moment de l’Affaire Sarah Halimi que nous avons suivie dès le premier jour et au plus près, nous nous en sommes pris aux dysfonctionnements judiciaires qui émaillèrent ce temps tragique pour la communauté juive française mais plus largement pour tout Français épris de justice. Si cette tragédie a bouleversé profondément les Juifs de France, elle a aussi révélé un malaise : celui d’une société parfois incapable de nommer clairement l’antisémitisme lorsqu’il surgit. Tribune juive a été l’un des lieux où cette colère, cette incompréhension et cette exigence de justice purent s’exprimer. Et ce n’est pas fini : plus que jamais nous sommes postés aux côtés de ceux qui se battent encore pour qu’un jour un procès ait lieu.
Avant le 7 octobre, nous avons publié un Dossier collectif intitulé « Le Monde-Israël : Un lynchage sans fin ».
Et quand arriva le 7 octobre, outre que nous perdîmes une majorité de nos plumes arabes, nous nous postâmes derrière l’Etat hébreu, sans pinailler plus avant sur la composition du gouvernement en place et élu démocratiquement, sans masturbation intellectuelle, en ordre de marche, ce qui nous a valu de mettre au taquet tous ceux, fussent-ils des nôtres, qui avaient bien évidemment le droit absolu d’exprimer leurs désaccords mais auxquels nous demandâmes de surseoir un peu, juste un peu, l’expression de leurs colères. Nous les avons publiés et encouragés, ces débats internes au monde juif lui-même — ce que certains ont appelé « la querelle des Juifs », oublieux qu’ une communauté vivante n’est pas une communauté silencieuse, et qu’elle est traversée par des désaccords, des interrogations, parfois même des tensions. Et c’est sain. C’est que ce jour-là, quelque chose s’était brisé. Pas seulement en Israël. Dans la conscience juive mondiale. Nous avons vu apparaître, sidérés, une fracture profonde dans les sociétés occidentales, une difficulté, parfois sidérante, à reconnaître la nature du massacre. Là encore, Tribune juive a essayé d’être ce qu’elle doit être : un lieu de lucidité.
Nous qui voulions faire de « Tribune juive » non pas un journal d’opinion figé, mais un lieu de confrontation intellectuelle, nous croyons l’avoir fait, persuadés qu’ un média n’a pas pour mission de confirmer les certitudes : il doit aussi poser les questions qui dérangent. Pari réussi : « Tribune juive » s’est imposée comme un lieu où des questions difficiles ont été affrontées. Ou aucun sujet n’a été tu.
Ainsi, la vraie question n’est peut-être pas : « Tribune juive » est-elle devenue un journal de droite ? La vraie question est : dans un moment où les repères politiques vacillent, où se situe encore la liberté de penser ? Et c’est précisément cet espace que « Tribune juive » essaie d’habiter. Et si « Tribune juive » suscite aujourd’hui des débats, n’est-ce pas parce que le journal a choisi d’affronter certaines questions que beaucoup préféraient contourner.
« Tribune juive » n’a pas été créée pour être confortable. Et aujourd’hui où les Juifs sont partout sommés de se taire, d’expliquer, de se justifier, dans ce moment de confusion, un journal comme « Tribune juive » n’a peut-être qu’une seule mission : refuser le silence. Refuser le silence sur l’antisémitisme. Refuser le silence sur Israël. Refuser le silence sur ce que vivent les Juifs aujourd’hui. Car une communauté qui n’a plus de voix devient vite une communauté dont on parle… sans elle. « Tribune juive » est simplement cela : un lieu où cette voix continue d’exister.
© Sarah Cattan

Il n’est pas obligatoire d’être juif pour apprécier Tribune juive ! En ce qui me concerne, j’ai besoin de ma dose quotidienne de TJ. Merci de m’obliger de me servir de mes cellules grises. Surtout, ne changez rien.
Je reprends ce que Jutta a déjà écrit : je ne suis pas juif mais j’ai quotidiennement besoin de TJ
Je rejoins Jutta. Il n’est pas nécessaire d’être juif pour aimer Tribune juive. Tribune juive a renforcé mes connaissances sur la culture et la religion juives et sur divers sujets. Combattre l’antisémitisme devrait être la préoccupation de tous les français. Hélas, notre société est divisée et les français sont trop passifs, ce n’est pas tolérable pour une démocratie comme la France. Tribune juive, c’est un espace de liberté où la parole est ouverte, quels que soient nos orientations politiques, notre confession, notre mode de pensée. C’est toujours un plaisir de vous lire.Continuez sur cette voie.
Bravo Sarah Cattan.
Je suis d’accord à 1000%. Vive Tribune Juive, un lieu de débat où le pluralisme est roi, contrairement au judaïsme institutionnel, qui met la poussière sous le tapis depuis des décennies.
Longue vie à Tribune Juive.