Lundi s’ouvre devant la cour d’assises de Bobigny un procès dont chacun pressent la gravité: l’affaire dite « Yad Mordehai » concerne des violences sexuelles présumées commises sur des enfants dans l’environnement d’un établissement scolaire juif parisien.
Un tel procès jugeant un crime visant des enfants met aussi à l’épreuve autre chose que la seule responsabilité pénale d’un homme. Il interroge le comportement d’un environnement, d’une institution, voire d’une communauté entière confrontée à un drame qui surgit en son sein.
C’est en effet là que surgissent deux tentations opposées, également dangereuses: la première étant celle du silence, par peur du scandale, souci de protéger une institution, crainte d’offrir des armes à ceux qui n’attendent qu’un faux pas pour attaquer, la seconde étant celle de l’instrumentalisation, cette joie mauvaise de transformer un crime individuel en accusation collective, de faire d’une faute particulière la preuve d’un prétendu dysfonctionnement culturel, religieux ou communautaire.
La justice n’a été inventée que pour distinguer les responsabilités individuelles: un crime, s’il est établi, engage celui qui l’a commis. Il n’engage ni une religion, ni une communauté, ni un peuple.
Lundi, Tribune juive suivra ce procès: lorsqu’un crime vise un enfant, aucune loyauté institutionnelle, aucune prudence politique, aucune peur du scandale ne doit jamais primer sur la protection des victimes.
Notre communauté sait que chaque faille pourra être exploitée contre elle dans son entièreté, et que ceux ceux qui nourrissent des fantasmes anciens seront à leur affaire.
C’est précisément pour cette raison que l’exigence devra être plus forte encore. La justice n’est pas une menace pour notre communauté.
Le procès qui s’ouvre à Bobigny devra établir les faits, entendre les victimes, confronter les responsabilités.
Mais il rappellera aussi à chacun une règle morale simple, qui dépasse cette affaire et toutes les autres : une communauté ne se déshonore jamais en affrontant la vérité. Elle ne se fragilise jamais en protégeant ses enfants. Son honneur se mesurera à son courage de regarder ses failles en face.
Sarah Cattan
