Tribune Juive

« Madame la sénatrice Hélène Conway-Mouret: Israël n’est pas un état arabe ». Par Johann Habib

Madame la Sénatrice, plus violente que la haine est la dénégation de l’identité de l’Autre.

Johann Habib

Échange avec la Sénatrice Hélène Conway-Mouret – 2 mars 2026

Le 2 mars 2026, la sénatrice des Français établis hors de France, Madame Hélène Conway-Mouret, a adressé le message suivant à des Conseillers des Français de l’étranger :

« Madame la Conseillère, Monsieur le Conseiller,

Je tenais à vous exprimer mon plein soutien et mes pensées les plus solidaires depuis le déclenchement des bombardements iraniens qui mettent à mal la souveraineté et la sécurité des États arabes ainsi que la stabilité de la région et qui nous engagent à partager la responsabilité de sa protection.

J’espère que vous et vos proches êtes en sécurité et vous remercie pour votre engagement en lien avec notre réseau diplomatique et consulaire pour assurer la sécurité de nos ressortissants.

En tant que conseillère et conseiller des Français de l’étranger, votre rôle est précieux pour apporter un soutien aux Français de l’étranger dans ce moment où leur sécurité est menacée.

Vous pouvez compter, en tous les cas, sur mon soutien et, avec toute mon équipe, je demeure à votre écoute.

Bien à vous,
Hélène Conway-Mouret »


Ma réponse

Madame la sénatrice,

Je ne parle qu’en mon nom et en celui de ma famille, réveillée à 1h17 du matin, mais sans être prophète, je peux vous dire qu’à 3h ou 5h il en sera de même, du fait des attaques massives et aveugles du régime sanguinaire des mollahs iraniens et du Hezbollah libanais sur la population civile d’Israël.

Nous sommes extrêmement choqués par votre message qui, je l’espère, a été écrit par une « intelligence artificielle » rivalisant de manque de clairvoyance avec la stupidité naturelle de certains collaborateurs parlementaires.

Israël n’est pas un « pays arabe ». C’est le seul État juif et démocratique de la région. Le seul État à l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme, qu’il s’agisse des milices du Hezbollah, des Houthis, du Hamas ou du terrorisme d’État iranien.

Nous sommes un petit pays de 10 millions d’habitants qui lutte contre un pays 60 fois plus grand et 10 fois plus peuplé dont les dirigeants n’ont qu’une obsession : nous détruire, et ce depuis 1979.

Nous sommes aussi un pays où vivent environ 250 000 Français.

Vous avez suffisamment d’expérience, Madame la sénatrice, pour que je ne m’étende pas sur la nature de votre mail. Car plus violente que la haine est la dénégation de l’identité de l’Autre.

Si vous avez du courage politique, ce dont je ne doute pas, vous seriez inspirée de publier un rectificatif de ce message dans les meilleurs délais.

Dans l’attente et de l’abri municipal où je me trouve, je vous prie de croire, Madame la sénatrice, en l’expression de ma parfaite considération.

______

3ᵉ mail – Réponse de la sénatrice

Monsieur le Conseiller,

Je suis navrée que le message de solidarité que je vous ai adressé n’ait pas été compris dans l’esprit dans lequel il a été envoyé. Il s’adressait à l’ensemble des conseillères et des conseillers des Français de l’étranger de la région, indépendamment de leur géographie, dans un souci d’inquiétude et de soutien sincère.

De plus, il est inutile d’être aussi offensant à l’endroit des collaborateurs parlementaires, de surcroît des miens, dont le travail est précieux. Dans le cas présent, c’est moi qui ai écrit ce message sans passer par mon équipe car il m’importe de créer un lien de proximité avec les élus des Français de l’étranger que vous êtes, en particulier dans pareil contexte.

Je souhaite que vous et vos proches demeuriez en sécurité et partage votre désarroi et votre peur face à cette situation dramatique. Soyez assurée de ma vive inquiétude et de ma pleine mobilisation quant aux événements qui secouent le Proche et Moyen-Orient et à ses conséquences directes sur nos communautés françaises de l’étranger concernées.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller, l’expression de mes salutations distinguées.

Hélène Conway-Mouret


Hélène CONWAY-MOURET


4ᵉ mail – Ma réponse

Madame la sénatrice,

Vous n’avez apparemment pas compris le sens de mon mail.

Israël n’est pas un « pays arabe », nous ne faisons pas partie du « monde arabe » et votre persistance dans votre réponse à amalgamer la population ici présente est de deux choses l’une:
Soit une lacune béante de connaissance de la région, auquel cas je vous invite à venir nous visiter pour la première fois afin que vous compreniez les nuances qui semblent vous échapper. En tant que sénatrice des français de l’étranger, c’est fondamental et peut-être qu’enfin, vous pourrez condamner le hezbollah ce qu’à ma connaissance vous n’avez jamais fait.

Soit une volonté politique de ménager les uns et les autres (je ne vois dans aucun de vos deux emails le mot « Israël » ) afin de préserver un équilibre artificiel – il faut penser à votre réélection vous avez raison.

Cela dit je me permets de corriger: ce n est pas parce que nous courons aux abris plusieurs fois par jour (et à l’instant à cause dudit hezbollah) que nous avons un quelconque « sentiment d’insécurité » contrairement aux français des Émirats ou d’Arabie Saoudite, nous sommes (hélas) habitués à subir les attaques aveugles de nos chers voisins , sur notre population civile.

Je pense également que les français d’Israël sont admiratifs et ont une grande confiance en Tsahal, car ce sont nos enfants, nos frêres, nos amis, nos collègues.

Je suis certain que si je vivais à Paris (ville ou je suis né et ai vécu 34 ans) , je me serais senti réellement en insécurité compte tenu de l’antisémitisme galopant dans l’indifférence générale.

Par ailleurs, je ne visais pas particulièrement votre équipe que je ne connais pas, mais à d’autres qui ont été impliquées dans le paroxysme de la violence dans les dramatiques événements vécus en France ces dernières semaines.

Chère Madame la sénatrice, vous illustrez par notre échange l’impossibilité depuis la fin des années 90 des français juifs d’être sympathisant PS ce que j’ai été jusqu’à ce qu’à cause de la fameuse doctrine Boniface, je me suis senti exclu et stigmatisé par mes camarades.

Vous avez encore la possibilité de changer de cap, sinon, ne vous étonnez plus que les juifs de France fassent l’alya et ne se sentent plus chez eux dans ce si beau pays qu’est la France.

Je vous prie de croire, Madame la sénatrice, en l’expression de ma parfaite considération.

Johann Habib

© Johann Habib

Me Johann Habib est Avocat fiscaliste franco-israélien

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