En direct d’Israël. Écrit sous les bombes iraniennes
Cette semaine, nous avons lu la Paracha Zakhor en souvenir de l’ennemi d’Israël à travers les générations : Amalek. L’histoire de Pourim nous rappelle la volonté d’un homme d’État perse, Amane (de la lignée d’Amalek), de détruire physiquement les Juifs de son royaume ; cela se déroulait il y a près de 2 500 ans.
Alors que je me trouve en Israël sous les bombardements de drones et de missiles balistiques iraniens, je m’interroge pour savoir si c’est vraiment de la haine des Juifs dont nous devons nous souvenir ou plutôt de la passivité générale du monde concernant leur sort sur leur terre.
En effet, depuis presque le début de cette guerre contre l’Iran, j’observe les déclarations publiques, en particulier en France, et voilà que je lis, de la part de l’extrême gauche « passionnément antisémite » (Einthoven R.), l’habituel discours sur le prétendu impérialisme américano-israélien ; chez une autre partie de la classe dirigeante, ce sont les arguments d’un pseudo-gaullisme non interventionniste, non aligné, exprimé en dehors du contexte de la réalité de notre époque. Sans oublier que personne n’a vraiment la carrure d’un De Gaulle !
Je dois vous avouer que dans plusieurs déclarations, que ce soit celles du Président Macron, de Raphaël Glucksmann, Sarah Knafo, Fabien Roussel, Jordan Bardella, etc., si tous parlent de la liberté des Iraniens, personne n’évoque le sort des Israéliens sous les bombes, comme si cela relevait de la normalité ; en somme, tous s’habituent à ce qui ne devrait jamais l’être, à la « banalité du mal » (Hannah Arendt), à savoir tuer des Juifs, car les habitants d’Israël sont principalement de cette confession.
À mon humble avis, le moment de Zakhor vient aussi nous rappeler l’indifférence majoritaire du monde face au destin du peuple élu. Et cela n’est pas nouveau ; toute proportion gardée, ce fut le cas pendant la Shoah et, plus récemment, lors du massacre, des prises d’otages et des violences sexuelles perpétrées le 7 octobre 2023.
« Le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est l’indifférence. » (Elie Wiesel)
Au fond, plus que jamais, ces événements viennent nous parler du combat à mener contre cette froideur collective, car « elle tue à petits coups » (Gilbert Bécaud). La Torah nous indique à Pourim de nous souvenir (lecture de la Méguila relatant l’héroïque histoire d’Esther et de Mardochée), de faire un festin (Michté), comme jadis ce fut le cas, mais aussi de prendre soin de son prochain ; on s’attache d’ailleurs à lui offrir des mets (Michloa’h Manot) et à donner de l’argent aux pauvres (Matanot Laevyonim).
Enfin, le don du demi-sicle (Mahatsit Hashekel) rappelle la solidarité réciproque et égalitaire. Autant de mitsvot (ordre divin) mnémotechniques qui nous évitent le désintérêt pour les choses essentielles de la vie. C’est peut-être pour cela qu’il existe de nombreux intellectuels, chercheurs et inventeurs juifs qui ont changé la face du monde. Pour prendre un exemple, l’actrice Hedy Lamarr a contribué à la technologie qui a rendu le Wi-Fi possible.
Le Chabbat Zakhor est une piqûre de rappel face à l’égoïsme possible de l’être humain, ce que je reproche à ceux qui ne voient pas la souffrance des résidents de l’État hébreu en ces journées de guerre.
Nous continuons à lutter contre l’indifférence et, pour reprendre une pensée de Victor Hugo, ceux qui le font sont ceux qui survivent… quelles que soient les circonstances.
© Paul Fitoussi

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