Tribune Juive

Face à Mélenchon La désertion des consciences. Par Sarah Cattan

Nombreux ils interviennent pour commenter les derniers propos de Jean-Luc Mélenchon: certains parviennent à condamner sans même nommer ce qu’ils condamnent. D’autres, les nouveaux courageux, répètent ad nauseam: « Il est en roue libre ».

Mais dites-moi: Où sont passés les universitaires qui publient tribune sur tribune pour dénoncer la moindre dérive lexicale à droite ? Où sont les sociologues médiatiques si prompts à analyser les « mécaniques de stigmatisation » ? Où sont les philosophes de plateaux qui parlent sans cesse de « responsabilité des mots » ? Où sont les grandes plumes de la gauche morale ?

Dites-moi encore: Pourquoi cette asymétrie ? Quand un responsable politique de droite évoque des « influences », le mot est disséqué pendant des semaines. Quand la presse est attaquée frontalement, les éditoriaux s’enchaînent. Quand une minorité est visée, la mobilisation est immédiate.

Mais ici ?

Ici, relativiser l’antisémitisme devient une « maladresse », parler de « réseaux » devient un « angle critique des médias », transformer une mobilisation contre la haine en procès géopolitique devient une « prise de position ».

Toujours la contextualisation. Toujours l’explication. Toujours la prudence.

Faillite morale

Nous y sommes. À la faillite morale. Car l’histoire européenne n’a jamais commencé par des slogans tonitruants: des glissements lexicaux ont été tolérés, des insinuations normalisées, des silences lâches sont devenus pléthore.

Les intellectuels français savent cela, l’enseignent, l’écrivent, le rappellent sans cesse.

Alors pourquoi cette retenue ici ?

La réponse dérange : reconnaître la dérive obligerait à admettre qu’elle vient de son propre camp.

C’est la désertion des consciences. À Tribune juive, vous nous avez réveillés, pour peu que nous nous fussions assoupis. Dans ce climat, un média peut céder à la facilité : contextualiser indéfiniment, équilibrer à l’excès, éviter ce qui dérange. Ou il peut choisir une ligne.

Lorsque l’antisémitisme est relativisé, lorsque la suspicion devient méthode politique, lorsque la vigilance devient sélective, nous le dirons. Non par goût de la polémique. Mais par exigence de cohérence. L’histoire démocratique n’enseigne pas seulement les ruptures spectaculaires. Elle enseigne aussi les érosions lentes : celles qui s’installent par répétition, par accoutumance, par silence.

À Tribune juive, nous ne prétendons pas détenir la vérité. Nous revendiquons une responsabilité. Celle de ne pas détourner le regard. De ne pas hiérarchiser les inquiétudes. De ne pas adapter nos principes au confort des camps. Nous nommons et nommerons ce que d’autres préfèrent taire. Cette phrase, loin d’être un slogan, a été, est, et sera plus que jamais notre ligne directrice.

© Sarah Cattan pour Tribune juive


Quitter la version mobile