Le XVIIIe siècle est assurément celui des premiers grands mélomanes. Dans un portrait en musique de Marie-Antoinette, Marianne Vourch nous fait découvrir les goûts musicaux de la plus célèbre Reine de France.
Ce livre est formidable. D’une part, il réhabilite culturellement la plus célèbre reine de France ; en outre, il se pose au-dessus des basses polémiques concernant la vie de Marie-Antoinette d’Autriche ; au reste, il s’agit d’un portrait accessible à tous, permettant d’initier les jeunes et leurs ainés à une figure incontournable de l’Histoire, grâce au souffle intemporel de la musique classique.
Portraits en musique
Marianne Vourch est coutumière des biographies musicales. Outre ses nombreuses émissions sur France Musique, on lui doit la création des éditions Villanelle, chez qui elle a publié quantité de livres-disques pour enfants racontant moult compositeurs, tels Chopin… Mozart… Tchaïkovski… Vivaldi… et tant d’autres ; ainsi qu’une collection autour du Journal intime de…, mettant en scène le parcours de chanteurs, danseurs et musiciens divers sous la forme d’un journal intime apocryphe publié simultanément en livre et en podcast sur France Musique. De cette façon peut-on découvrir (entre autres) la vie de Bach… Léonard Bernstein… Edith Piaf… Nina Simone… ou Rudolf Noureev.
La nouvelle collection des éditions Villanelle traite de Portraits en musique. Le premier tome est consacré à Marie-Antoinette. Il s’agit de raconter l’existence de la plus célèbre Reine de France à travers les compositions de l’époque et ses propres goûts musicaux ; car, n’en déplaise aux républicains bas du front, l’épouse de Louis XVI était une mélomane avertie. De sa tendre enfance autrichienne à sa triste montée sur l’échafaud, elle fut curieuse de découvrir les mélodies qui firent l’enchantement des cours européennes de la fin du XVIIIe siècle, parmi lesquels celles de Joseph Haydn… Jean-Baptiste Lully… Jean-Philippe Rameau… Antonio Vivaldi… et, bien entendu, son compatriote Mozart.
Un peu d’histoire
Marie-Antoinette manifesta très tôt un intérêt dans le domaine des arts. Elle meubla et décora ses appartements de Versailles et Trianon avec un raffinement et une rare implication pour une souveraine. Afin de satisfaire son goût prononcé du spectacle : théâtre… musique… opéra… Louis XVI chargea l’architecte Richard Mique de lui édifier un véritable théâtre au sein du château de Versailles ; il s’agit d’un espace lyrique privilégié, habilement dissimulé derrière les frondaisons par une entrée discrète. Les travaux furent achevés au printemps 1780 et l’inauguration eut lieu le 1er juin de la même année. De 1780 à 1785, Marie-Antoinette usa de son Petit Théâtre de deux façons. Commanditaire de spectacles, la Reine sollicita des œuvres qui témoignaient de son goût pour la musique de son temps : elle fit jouer Gluck, Grétry, Sacchini, et Le Barbier de Séville de Giovanni Paisiello, créé à Saint-Pétersbourg devant Catherine II, il fut interprété pour la première fois en France à Trianon en 1784.
Des anecdotes à profusion
Le livre de Marianne Vourch commence aux adieux à l’Autriche, lorsque la jeune Marie-Antoinette quitte Vienne pour Paris, elle écoute alors Mozart et Haydn, pour s’achever le mercredi 16 octobre 1793, jour de sa décapitation place de la Révolution – ex place Louis XV et actuelle place de la Concorde. Le livre est ponctué d’anecdotes racontant maints détails historiques avec un petit air curieux et passionnant. Par exemple, lorsque la Reine traversa Paris pour la dernière fois, le peintre Jacques-Louis David l’attendit à un angle de la rue Saint-Honoré. « Il l’aperçoit, assise dans une charrette, vêtue d’un déshabillé blanc et d’un fichu de mousseline croisé sous le menton (…). David, antimonarchiste, annote froidement son esquisse, inscrivant ces mots : « Marie-Antoinette allant à l’échafaud, dessin de David le peintre, l’un de ses juges. » *
Autre anecdote pittoresque. Les femmes de l’époque ne jouaient jamais d’instrument à vent, car, disait-on, le souffle risquait de déformer les traits de leur visage. La Reine « pratiquait (donc) le chant, le clavecin – le piano n’existait pas encore – et le ballet, mais la harpe était son instrument favori. »* ; Ce Portrait en musique de Marie-Antoinette regorge d’historiettes qui en font le sel ; un livre adapté à tous les âges, avec un QR code fort utile qui, sans nul doute, séduira les plus jeunes. Il permet un accès numérique gratuit à une lecture musicale au format audiolivre : soixante-dix minutes lues par l’auteur, facilitant les écoutes familiales ou en groupe pour une meilleur transmission didactique.
L’élégance des belles choses
Marianne Vourch a en elle l’élégance des belles choses. Elle replace la musique dans son véritable contexte : celui de tous les jours, dans une interaction continue avec l’Histoire. Outre sa maison d’édition, ses livres et ses émissions de radio, elle propose des rencontres thématiques. Chacun de ses rendez-vous dévoile les mystères des partitions, mais aussi les liens indéfectibles entre l’histoire de la musique, des hommes et des arts. Ce sont des instants de poésie, d’émotions et de découvertes autour des mots, des sons et des regards dans le cadre exceptionnel de la salle Cortot – Paris XVII.
Les prochaines rencontres auront lieu le samedi 8 mars 2026, il s’agira d’y découvrir le royaume des fées en écoutant les cinq pièces de Ma mère l’Oye pour piano à quatre mains de Maurice Ravel ; également le samedi 16 mai, avec au programme le cygne blanc de Tchaïkovski, en l’écoute de son célèbre Lac des cygnes. Et c’est chaque fois passionnant. Toutes générations confondues.
* Passage extrait du livre.
© Jérôme Enez-Vriad
© Février 2026 –Esperluette Publishing & Tribune Juive
« Portrait en musique de Marie-Antoinette »
Un livre de Marianne Vourch
Éditions Villanelle
111 pages couleur – 19,90 €
Éditions Villanelle : https://editions-villanelle.com
Salle Cortot : https://sallecortot.com
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Jérôme Enez-Vriad, Producteur et chroniqueur culturel, est auteur, notamment de Berlin : La frontière de nos jours, et Shuffle: journal devenu roman
