Tribune Juive

Wauquiez / Retailleau. Par Paul Germon

Une évidence française à rappeler

L’excellence scolaire n’est pas la grandeur politique. Elle prouve une capacité à réussir des épreuves codifiées, pas à affronter le réel, le conflit, le risque, ni le tragique de l’histoire. La France continue de confondre intelligence et responsabilité, diplômes et courage, maîtrise technique et autorité politique.

La tyrannie douce des diplômes

En France, les diplômes fonctionnent comme un certificat moral implicite. Ils valent autorisation de parler, droit à gouverner, présomption de supériorité. Être normalien, énarque ou agrégé devient, dans l’imaginaire collectif, non plus une preuve de compétence académique, mais un signe de grandeur supposée. C’est une erreur lourde. Les diplômes attestent une capacité de travail, une intelligence analytique, une conformité à des codes d’excellence.

Ils n’attestent ni le courage, la vision, le sens du peuple, la capacité à décider contre son intérêt, ni l’aptitude à porter un destin collectif.

La politique n’est pas un concours prolongé. L’histoire n’est pas un jury. Et le peuple français n’a jamais élu un bulletin de notes.

Le malentendu Wauquiez

Laurent Wauquiez n’a pas échoué par manque d’intelligence, ni par insuffisance doctrinale, ni par excès de radicalité. Il a échoué par excès de calcul. Mais surtout, il a commis une faute politique majeure : il a cassé la dynamique de la droite républicaine. Au moment où une recomposition était possible, où une droite ferme mais républicaine pouvait redevenir audible, il a désorganisé, fragmenté, refroidi. En privilégiant la tactique interne il a découragé les cadres, il a désespéré les électeurs, il a laissé orphelins des Français républicains de droite et de gauche, déjà perdus dans un paysage politique illisible.

Ces électeurs n’attendaient pas un sauveur. Ils attendaient une ligne claire, un minimum de courage, un point d’appui. Ils ont trouvé des calculs, des manœuvres, des silences. Lorsque la fenêtre s’est ouverte, Laurent Wauquiez n’a pas regardé le destin de la France ; il a préféré contempler son propre reflet. Ce choix n’est pas neutre. Il a contribué à refermer une fenêtre politique alors même que le pays cherchait une alternative crédible.

La tactique personnelle comme faute politique

Dans certaines périodes, la tactique est une compétence. Dans d’autres, elle devient une faute. Quand l’intérêt personnel prime sur la dynamique collective possible, quand l’élimination du rival remplace la construction d’un projet, la politique cesse d’être nationale pour devenir domestique. On peut survivre ainsi dans un parti. On ne répond pas à une crise de régime de cette manière.

Le contrepoint Retailleau

Bruno Retailleau n’incarne ni la même brillance académique, ni la même sophistication tactique. Il n’en impose pas par le pedigree. Il impose autrement : par la constance, la clarté, le refus du double langage. Il parle moins. Il explique moins. Mais il assume davantage. Chez lui, la politique n’est pas une partie d’échecs interne. C’est une ligne tenue dans le temps, parfois inconfortable, mais lisible. Qu’on partage ou non ses positions, une chose demeure : sa boussole paraît moins indexée sur l’appareil que sur une certaine idée de la France et du peuple français.

Intelligence contre responsabilité

L’intelligence comprend. La responsabilité tranche. L’intelligence explique pourquoi c’est risqué. La responsabilité accepte le risque lorsque l’inaction est pire. L’histoire politique ne retient jamais ceux qui ont seulement compris.

Mémoire du peuple

Les Français oublient les discours. Ils oublient les nuances. Ils oublient les calculs. Mais ils se souviennent des rendez-vous manqués, de ceux qui ont hésité quand il fallait choisir, de ceux qui ont préféré leur carrière à une espérance collective.

Le vote n’est pas un concours. C’est un jugement silencieux.

Note de clôture (provisoire)

Être normalien n’est ni une faute ni un mérite politique. Ce n’est qu’un point de départ. La grandeur commence là où l’on accepte de risquer sa carrière pour autre chose que soi-même.

© Paul Germon

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